Anna Akhmatova, poétesse russe

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Ma bouche ne sait plus sourire

Le vent d’hiver glace mes lèvres.

C’est lorsqu’une espérance expire

Q’une chanson de plus s’élève.

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Anna Akhmatova ( 1889 – 1966, née Anna Andréïevna Gorenko, Akhmatova étant un pseudonyme – exigé par son père lors de la publication des premiers poèmes - inspiré du nom d’un ancêtre maternel ) est issue d’un milieu aisé. Elle étudie le droit et la littérature, apprend le français. A Kiev, lors de ses études, elle fréquente le poète Nikolai Goumilev qu’elle épouse en 1910 et dont elle aura un fils, Lev, en 1912, qui deviendra historien.

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Lors d’un séjour du couple à Paris cette année 1910, elle rencontre le peintre bohême italien A. Modigliani avec qui elle a une liaison. De cet amour restent une série de dessins et de célèbres toiles de nue. Anna Akhmatova consacrera à Modigliani un recueil de souvenirs ( publié en français par les éditions Harpo & : Amadeo Modigliani – Paris 1911 )

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Ses premiers poèmes sont publiés dans des revues. En 1912, le recueil  » Le soir  » paraît. Il sera suivi par  » Le Rosaire  » en 1914, puis  » La Foule Blanche  » en 1917. Le succès est au rendez-vous.

Figure de Saint-Pétersbourg, ville impériale et capitale culturelle même renommée Leningrad ( où l’on peut aujourd’hui visiter le Musée-appartement Anna Akhmatova ), elle ne quitte pas la Russie lors de la révolution bolchévique. Elle se sépare de N. Goumilev en 1918. En 1921, il est assassiné par la Tchéka, la police secrète soviétique.

Et  la  mort vers  toi  se penche
Sur la neige pâle.
Vingt huit  coups à  l’arme  blanche.
Cinq blessures par  balle.
Un  bien  triste   vêtement
Il  faut  que je  te couse.
Elle aime, elle aime le  sang
Notre  terre  russe.
-  Pour Goumilev – 1921 -
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Après deux remariages qui ne durent pas, Anna Akhmatova subit les persécutions du régime stalinien comme nombre de ses proches et amis des cercles littéraires dont les poètes Osip Mandelstam ( déporté, mort en Sibérie en 1938 ) et Marina Tsvétaïéva : interdiction de publication et de voyage dès 1922, surveillance. Egérie, il semble que seule sa notoriété l’ait protégée de l’arrestation et de la déportation. Son fils est renvoyé de l’université, arrêté à plusieurs reprises, condamné. Il ne sera libéré du goulag qu’en 1956.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, Anna Akhmatova écrit et publie à nouveau, des poèmes patriotiques qui sont aussi lus à la radio et placardés dans les rues, appelant à la résistance pendant le siège de Leningrad. A cette période, elle compose aussi Requiem, poème clandestin sur l’horreur de la dictature stalinienne. Devenue membre de l’Union des Ecrivains durant le conflit, elle est radiée dès 1946 pour  » érotisme, mysticisme et indifférence politique  » et calomniée. Pourtant, elle sera toujours reconnue et aimée, sa poésie transmise secrètement oralement, apprise par coeur pour la sauver de la censure, de la disparition.
 

Tout est prêt pour la mort

Ce qui résiste le mieux sur Terre, c’est la tristesse,

Et ce qui restera, c’est la Parole souveraine.

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Elle ne sera réhabilitée qu’après la mort de Staline en 1953. Seront enfin publiées, à partir de 1958, ses oeuvres qui témoignent dont ces Poèmes sans héros. Elle ne sera autorisée à quitter l’URSS qu’en 1964, alors nommée présidente de l’Union des Ecrivains.  
 
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Faible est ma voix, mais mon vouloir ne cède pas.

Et même, sans amour, je me sens plus légère.

Dans les hauteurs du ciel un vent souffle ample et pur

Et mes pensées ignorent la souillure.

La servante Insomnie a quitté mon chevet,

Je ne me morfonds plus près de la cendre grise,

Et sur la tour l’aiguille courbe de l’horloge

Ne me fait plus l’effet d’une aiguille qui tue.

Donc le passé sur moi perd son pouvoir.

La délivrance est proche. Je pardonne

En regardant la lumière qui joue

Sur le lierre mouillé par le printemps.

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- Portrait d’Anna Akhmatova par le peintre Yuri Annenkov – 1921 -

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Commentaires (4)

1. Tania (site web) 16/02/2014

Quelle poétesse et quel destin tragique ! Je garde un souvenir poignant de son appartement-musée à Saint-Pétersbourg.

2. Marilyne 17/02/2014

Quel souvenir en effet, et quelle poétesse, oui, l'une des plus chère à mon cœur je crois.

3. claudialucia (site web) 18/02/2014

Beau billet! Poèmes qui touchent!

4. Marilyne 19/02/2014

@ Claudialucia : belle et grande poétesse.

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