La terre éphémère

 

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Sur le fleuve Inguri, frontière naturelle entre la Géorgie et l’Abkhazie, des bandes de terres fertiles se créent et disparaissent au gré des saisons. Un vieil Abkaze et sa petite fille cultivent du maïs sur une de ces îles éphémères. Le lien intense qui les lie à la nature est perturbé par les rondes des garde-frontières.

- Film géorgien - 1H40 - sortie le 24/12/2014 - Long métrage de George Ovashvili produit conjointement par l'Allemagne, la France, la République Tchèque, la Hongrie, le Kazakhstan et la Géorgie. -

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Un film fascinant qu'il est difficile de quitter lorsque l'écran s'éteint. On sort de la salle troublé et ému.

Ce film est quasiment muet. Si peu de paroles échangées, mais tant de regards, de gestes évocateurs, de scènes si simples et si signifiantes. Un film tout de symboles dans lequel les personnages ne portent pas de nom, pas de jeu identitaire. Justement...

L'histoire n'en est presque pas une, il s'agit plutôt d'une chronique dont le titre dit tout. La terre pérenne, ses cycles de générosité et de violence; le contexte géopolitique et les hommes, éphémères, leur générosité et leur violence.

Ce film raconte - montre - l'installation de ce vieil homme pour les saisons clémentes, du printemps à l'automne, dans une île provisoire créée par le fleuve, ce fleuve frontalier entre la Géorgie et l'Abkhazie, région autonome de la Russie. Une zone dangereuse, comme nous le découvrons, ce fleuve sur lequel patrouillent des militaires des " deux côtés ". Des regards et des mots lourds de méfiance et de tension s'échangent, des coups de fusil brisent le silence. On ne voit rien derrière les arbres des côtes, nous sommes sur l'île où ce vieil abkhaze s'installe avec sa petite fille pour planter le maïs qui les nourrira l'hiver suivant. A l'ouverture, le grand-père, ses gestes ancestraux, construire la cabane, préparer la terre, la semer, pêcher. Nous ne savons pas d'où ils viennent, lui et sa petite fille. Aller-retour en barque. Cet homme est impressionnant par sa volonté quotidienne; il est petit et il est grand, jour après jour sa fatigue et sa ténacité, gestes après gestes, moment après moment, ceux de pause à regarder le ciel en repas autour d'un feu. Rien est acquis mais il semble imperturbable, son " retrait " des troubles politiques est lourd de sens. La tension est palpable. Puis, entre les tiges de maïs sur l'île, un soldat découvert, blessé, caché, soigné, sans un mot échangé, encore, il parle géorgien, pas abkhaze.

L'enfant n'en est plus une. Une jeune fille qui, dans ce huis-clos naturel, devient une femme. Sa pudeur nouvelle dévoilée, elle devient femme. L'un des autres cycles de ce film. La jeune fille regarde les hommes qui passent, regarde ailleurs, fixe son grand-père. Un grand-père toujours tenace qui reconnaît le danger, qui connaît les hommes. Les conflits qui assaillent ne sont pas que politiques. Et juste ces paroles par lesquelles on apprend qu'elle est scolarisée, encore un an avant un diplôme. Il prie pour ce jour, jour d'après. 

Ce film est lent, esthétique, d'une réelle densité. La puissance de cette sobriété, une humilité aussi. Les prises de vues saisissantes, comme ces regards; vues sur les ombres, les mains, la terre et l'eau. Le parti-pris du réalisateur n'est pas aux explications, à la thèse. Peu importe que l'on ne maîtrise pas ce contexte géopolitique. C'est pourquoi on regrettera le mélo de la scène finale, inutile face à cette beauté rude et cette humanité. On regrettera seulement ça.

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- Présentation et bande-annonce sur le site Allociné ICI -

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Commentaires (5)

1. Aifelle (site web) 20/01/2015

Je l'ai raté, les horaires n'étaient pas du tout pratiques. Je crois que j'ai une chance avec le festival Télérama, j'attends le programme de mon cinéma.

2. niki (site web) 20/01/2015

je ne pense pas qu'il soit passé par ici - si c'est le cas, je l'ai raté et j'ai apparemment raté quelque chose

3. Marilyne 21/01/2015

@ Aifelle : j'ai dû aussi m'y reprendre à deux fois pour enfin le voir ce film, peu de cinéma, peu de choix d'horaires. C'est vraiment dommage ( d'autant que ce film a été un beau projet entre de nombreux pays ). J'espère, oui, que tu pourras le rattraper, je suis certaine que tu y seras sensible.

@ Niki : il est récent et pourtant il semble peu diffusé. Si tu en as l'occasion, ne la manques pas !

4. cristie (site web) 01/02/2015

Tu me tentes. Je vais regarder sur mon programme ciné si il passe !

5. Marilyne 01/02/2015

@ Cristie : si tu en as l'occasion, à découvrir, un moment " à part ". Et si tu n'as pas froid aux yeux et le coeur bien accroché, je te recommande Timbuktu, éprouvant mais un grand film ( que je ne parviens pas à chroniquer ) ( ça commence bien pour cette rubrique... ^-^ )

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