Les nuits blanches du facteur

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Coupés du monde, les habitants des villages autour du lac Kenozero ont un mode de vie proche de celui de leurs ancêtres : c’est une petite communauté, chacun se connait et toute leur activité est tournée vers la recherche de moyens de subsistance. Le facteur Aleksey Tryaptisyn et son bateau sont leur seul lien avec le monde extérieur et la civilisation.

- Film russe - Sortie le 15/07/2015 - 1H40 - Réalisé par Andreï Konchalovsky -

Le synopsis dit le décor et le contexte, ceux d'une communauté oubliée, des familles de pêcheurs, des natifs, un facteur qui fait la liaison, distribuant bien peu de courrier mais surtout ayant la charge de verser les pensions d'Etat aux retraités, certains anciens militaires, des documents officiels et de livrer quelques fournitures comme du pain, des ampoules... Beaucoup de treillis, de thé, de cigarettes.

Sans complaisance ni misérabilisme ou contemplatif, ce film, c'est une chronique russe qui parvient, en toute simplicité et humanité, à raconter-rappeler à la fois cette vie dans l'immensité de la Russie loin des grandes villes d'une société devenue de consommation et de communication rapide, et l'ex-URSS. La caméra est tournée vers les gens, leurs vies, autant que vers les paysages. Profondément réaliste, ce film est mélancolique et pourtant il s'en dégage une lumière. 

Il ne faudrait pas croire que ce film est lent, cette communauté vit. Et chacun y (ap)porte son histoire, passée-présente.

Nous sommes invités dans ce village, dans les maisons. C'est bien le mot, invités à voir, à écouter, car, dans ce film, les acteurs ne sont pas des professionnels. Le facteur Aleksey Tryapitsyn joue son propre rôle, dans cette région de l'Arkhangesk qui est la sienne, au bord du lac Kenozero, une région du nord. Nous constatons d'ailleurs que chacun y porte son véritable prénom lors du générique.

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J'ai beaucoup aimé rencontrer ce facteur, découvrir ce village. Il est émouvant ce film. Surprenant aussi parfois. Dans ce contexte si réaliste, le réalisateur n'hésite pas à glisser quelques symboles et quelques images fortes qui soulignent le décalage avec ce qu'on appelle la modernité de la société russe contemporaine, avec cette télévision toujours allumée, ces émissions mode et paillettes, comme cette scène où le facteur va en ville, jusqu'à une base militaire, pour solliciter un moteur neuf pour son bateau immobilisé sans, que l'on n'aura ni le temps ni les moyens de lui fournir alors qu'il patiente pour sa demande devant le défilé accompagnant la sortie d'une fusée ou comme celle d'épilogue durant laquelle le facteur et un pêcheur fument dans le silence, au matin, sur ce canot renversé, alors que décolle, dans leur dos, derrière la forêt, cette fusée russe. 

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- Le billet de Dasola -

- BO sur le site Allociné ICI -

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Commentaires (4)

1. Anne (site web) 13/08/2015

Je note, en espérant qu'il passe par chez moi. Les deux bouquins que je présente demain et mardi prochain évoquent cette différence entre les villes et la lointaine Sibérie, et cette permanence de l'ancienne URSS. Ton billet fait donc écho...

2. Marilyne 13/08/2015

@ Anne : je sais bien que c'est le type de film que l'on ne trouve pas partout à l'affiche et pas très longtemps, c'est pour cela que je tarde pas trop à aller les voir. J'espère qu'il passera un moment par chez toi.
Deux lectures russes à venir, hum... :-)

3. Aifelle (site web) 13/08/2015

J'ai hésité à y aller, par peur de trop de contemplatif justement. Il passe encore, je vais de ce pas regarder les horaires ..

4. Marilyne 13/08/2015

@ Aifelle : non, pas de longues pauses contemplatives, du quotidien en continu, de nombreux personnages, quelques périples ( les scènes avec le petit garçon sont savoureuses ), des discussions. Je suis certaine qu'il t'intéressera.

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