Loin des hommes

 

Loin des hommes

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1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

- Film français - 1H40 - Sortie le 25/01/2015 - Long métrage de David Hoelhoffen -
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Ce que j'appelle un beau film, prenant, émouvant, visuellement splendide par la place accordée aux paysages, à l'immensité de ces terres algériennes; un beau film porté par la qualité d'interprétation de ces deux acteurs principaux comme par tous les seconds rôles, des rôles forts et rudes, rôles principaux dont l'extrême sensibilité affleure en permanence. Reda Kateb et Viggo Mortensen sont magnifiques. Cette double tension, générée par le contexte et cette relation, est plus que latente, omniprésente, d'autant plus saisissante au coeur de ces moments pudiques, ces quelques mots d'intimité entre ces deux hommes, ces regards soucieux l'un de l'autre, ces gestes retenus. Ce qui se confie en courtes phrases, en partageant l'eau, la galette, le temps de pause dans le silence des montagnes ou du soir. Ces quelques mots, ces temps, qui leur arrachent un sourire. A nous aussi.
 
Loin des hommes parce que ces deux hommes se trouvent pris dans une tourmente qui deviendra historique et parce que cette tourmente ne les concerne pas. Pas encore. C'est le début de la guerre d'indépendance d'Algérie. La rébellion. C'est à la fois la toile de fond et le sujet de ce film. Un film viril, un film de combat de guérilla. Ces deux hommes n'auraient pas dû se rencontrer. L'un s'est exilé, après avoir servi pendant la Deuxième Guerre Mondiale; un commandant natif d'Algérie devenu instituteur. Qui ne plaît pas trop dans la vallée avec son école dans laquelle " il n'y a pas de petits Français ". Ancien militaire gradé, il est considéré comme réserviste. C'est pourquoi un policier lui amène le second, meurtrier, une vendetta familiale, pour qu'il l'escorte jusqu'à la ville afin qu'il soit jugé. Ce trajet sur une piste de montagne qui ne devait durer qu'une journée, que Daru l'instituteur n'accepte qu'à regret. Daru est un homme en colère, un homme sans préjugés en colère contre la violence des hommes. Il y a donc cet homme qui ne veut plus tuer, qui ne veut plus croire qu'à la vie, qu'au respect de la vie, et cet autre qui veut mourir par la justice française, ce qui semble inexplicable. Leurs histoires. Leur chemin, dans tous les sens du terme, durera plus que cette journée car ils se trouveront aux prises avec les troupes " rebelles " qui se méfient d'eux, avec les soldats français, avec les colons, avec les membres de la famille qui cherchent vengeance... Chaque groupe voulant massacrer l'autre sans sommation. Une histoire de camps qu'il faut choisir, qui ne regarde pas l'Histoire, la complexité de la situation de tous ces hommes en Algérie. Alors, sans sommation non plus, Daru et Mohamed essaient de se protéger l'un l'autre face à leurs agresseurs, " l'ancien instituteur qui va me cacher " à l'adresse des indépendantistes, " ne tirez pas, il est avec moi, il n'est pas un rebelle " devant les soldats. 
 
Il m'a paru qu'il y avait quelques facilités lors de certaines scènes dans ce film, mais il faut reconnaître qu'elles pointent de nombreux aspects humains de cette guerre d'indépendance en Algérie - notamment lorsque apparaît que dans ce groupe de " rebelles " nombreux sont ceux revenus des combats en Europe pour la France - ainsi qu'une vision très concrète de la vie de chacun dans ce pays. Des scènes d'affrontements entre le FLN et l'armée française mais aussi des scènes brèves, puissantes, dures, bouleversantes sans que ne soit tiré un coup de feu, d'une violence terrible qui s'annonce encore pire comme celle où éclate la rage désespérée du colon ruiné dont on vient d'égorger tout le bétail, comme celle de la conversation entre le policier et Daru, le policier inquiet pour Daru lui rappelant les assassinats récents d'instituteurs, parce que maintenant " pour eux, nous sommes tous Français " ... Avec cette violence de la sobriété de ces scènes.
 
Ce film est inspiré d'une nouvelle d'Albert Camus intitulée L'hôte ( recueil L'exil et le royaume ). J'écris " inspiré " car dans ce texte d'une vingtaine de pages n'est raconté que la première nuit dans l'école entre Daru et l'Arabe qui ne porte pas de nom. Il n'y a pas d'explications, pas d'histoires de ces deux hommes. L'Arabe n'y parle pas français. Dans le film, les dialogues sont dans les deux langues, ce qui ajoute à l'émotion lors des scènes entre eux, ils alternent parfois dans la même phrase, selon ce qu'ils se disent... La nouvelle s'attarde sur les paysages, mis en valeur dans le film, sur la saison, sur cette terre pauvre, une terre de désert, de cailloux. Dans ce texte, c'est le plein hiver, l'école est sans enfant. C'est le vide. Le début de cette guerre d'indépendance y est évoqué au début et à la fin. Une belle nouvelle tout en atmosphère. Il me semble que le film la respecte.
 
Daru regardait le ciel, le plateau et, au-delà, les terres invisibles qui s'étendaient jusqu'à la mer. Dans ce vaste pays qu'il avait tant aimé, il était seul. "
 
 
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Ldh2
 
 
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- Présentation et bande-annonce sur le site Allociné ICI -

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Commentaires (2)

1. Kathel (site web) 16/03/2015

J'ai hésité à aller le voir, puis d'autres opportunités se sont présentées... Je me rattraperai sur petit écran.

2. Marilyne 16/03/2015

Il y a des périodes comme ça, heureusement, où nous avons un choix intéressant, il faut donc choisir :) Pas de doute que l'occasion se présentera sur petit écran.

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