Anthony Browne

2009 est l’année Anthony Browne

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- Dans la forêt profonde -

Une nuit, j’ai été réveillé par un bruit épouvantable. Le lendemain matin, la maison était toute calme. Papa n’était pas là. J’ai demandé à Maman quand il rentrerait, mais elle n’avait pas l’air de savoir.

Mais que se passe-t-il dans la vie du nouveau héros d’Anthony Browne ? Et pourquoi doit-il traverser cette forêt profonde – habitée de personnages de contes célèbres – pour parvenir à retrouver son papa ?

- Editions Kaléidoscope ( et Lutin Poche de L’Ecole des Loisirs ) -

Anthony Browne, à la fois auteur et illustrateur, signe des albums dans lesquels il s’attache à raconter les émotions de l’enfant, ses angoisses, le secours de son imaginaire.

C’est particulièrement le cas dans celui-ci, raison de mon choix.

Le jeune héros de cette histoire traverse une forêt interdite pour se rendre chez sa grand-mère alors même qu’il est inquiet de la disparition de son père dans la nuit, disparition à propos de laquelle sa mère ne lui apporte aucune réponse. Ce trajet est un voyage initiatique. Sur la route qui serpente, l’enfant rencontre les personnages des contes classiques : sur la trame du Petit Chaperon Rouge, il croise Boucle d’Or, Hansel et Gretel…

Ces rencontres sont significatives, elles sont autant de points de focalisation de l’angoisse du garçon. Par les récits traditionnels et ses symboliques, l’enfant exprime ses inquiétudes, les extériorise à sa façon, tentant de les surmonter en leur donnant une forme, une image. Ce sera celles des dangers et des peurs que les contes mettent en scène pour répondre à une réalité angoissante : se perdre, être seul, abandonné dans un environnement inconnu perçu comme hostile et terrifiant, la perte d’un parent et l’incompréhension d’une situation qui le dépasse parce que cloisonnée au monde des adultes, le sentiment d’être rejeté, de plus être aimé, sont autant de thèmes récurrents de la psychologie enfantine et donc de la littérature pour la jeunesse.

Cette mise en abyme allégorique des souffrances et de la solitude de l’enfant renvoie directement à l’analyse de B.Bettelheim, son approche psychanalytique des contes, leur fonction cathartique, leur message.

L’illustration joue pleinement son rôle : l’album développe deux points de vue par la couleur. D’un côté le réalisme coloré, d’un autre la forêt et les personnages au crayon en dégradé de tons gris cauchemar, un monde différent, étrange, menaçant à l’image des branches des arbres sur la couverture qui semblent des épines. L’atmosphère est sombre, l’angoisse et le malaise sont palpables.

La profondeur des sentiments mis en scène, le caractère fortement émotionnel de cette histoire peuvent paraître comme une difficulté de lecture, d’autant qu’elle dépasse la peur traditionnelle du loup qui donne tant de frissons de plaisir aux plus jeunes. La peur ici n’est pas liée à la dévoration, elle est bien plus affective.

Elle sera évidemment compensée par un épilogue rassurant et chaleureux, libérant les tensions du récit : arrivé à la maison de sa grand-mère, l’enfant y découvre son père venu prendre soin de la mamie malade. Sur les six dernières pages la couleur est revenue. Elles présentent les portraits des trois adultes apaisants et consolants – les trois personnes les plus importantes pour l’enfant – aux sourires épanouis les bras grands ouverts pour accueillir le petit héros parvenu au terme de son voyage. Anthony Brown traduit parfaitement visuellement le réconfort de l’enfant à la vue des adultes espérés, et ce pas seulement par les expressions affectueuses et les visages confiants qu’ils affichent, mais aussi par l’usage du gros plan ( le parent essentiel et suffisant aux yeux de l’enfant ) et par la perspective qu’il choisit : celle de ce jeune garçon, un regard vers le haut. Comme souvent dans ses livres, l’auteur-illustrateur nous rappelle ainsi la fragilité des enfants, leur immense besoin d’amour, d’attention, d’explications

Au delà de cet aspect terriblement sérieux, l’album convie ses lecteurs à une promenade au pays du merveilleux. Les illustrations relèvent du jeu de piste à partager, révélant de multiples détails en référence aux contes qui peuplent cette forêt – une citrouille, un rouet au pied d’un arbre, les profils de trois ours qui se devinent sur un tronc, une massue d’ogre pendant d’une branche, un drôle d’arbre feuillu entortillé qui pousse droit vers le ciel, des oiseaux qui picorent des miettes de pain non loin d’une hache…- et invitent à la relecture.

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Sur cette même thématique des angoisses enfantine pour les plus jeunes lecteurs, l’album Billy se bile est très intéressant.

Browne billysebile

Billy se fait de la bile. Tout l’inquiète, surtout ce qui n’existe que dans son imagination. Et malgré les câlins rassurants de ses parents, il en perd le sommeil…Une nuit, Billy se confie à sa mamie qui lui apporte, dans le creux de sa main, un remède aussi étonnant qu’efficace !

- Editions Kaléidoscope ( et Lutin Poche de L’Ecole des Loisirs )

A partir du thème classique des difficultés d’endormissement, proche du jeune lectorat, Anthony Browne invente le doudou anti-soucis : la mamie de Billy lui propose de confectionner  » des poupée tracas  » , coutume pratiquée par les enfants guatémaltèques.

Chacune est nommée et costumée différemment selon la peine ou la préoccupation dont elle a la charge le soir venu. Ces angoisses ne sont jamais précisément citées dans l’album, seulement symbolisée,  conférant ainsi à l’histoire un évident caractère d’universalité et une réelle potentialité d’identification tout en préservant l’intimité du sujet. L’enfant confie ses peurs, les transfère sur les poupées chaque soir, les exprime et les reconnaît donc, s’en détache alors, jusqu’à ce qu’il parvienne à assumer lui-même ses  » tracas  » dans un épilogue qui ne manque pas de saveur et de tendresse, invitant l’enfant lecteur à grandir en douceur.

De quoi rassurer les petits, en leur proposant, pourquoi pas, l’usage momentané  » d’une poupée tracas « , mais surtout cette lecture qui met des mots sur l’heure souvent difficile du coucher et montre que l’adulte peut la comprendre, dédramatisant ainsi la situation.

Cet album, c’est aussi  » la touche Anthony Brown « . Pour qui souhaite le découvrir, il me paraît l’un des plus représentatifs quant à son travail sur les cadrages et les regards, sur ses couleurs et motifs de prédilection, sa façon de toujours mêler une part d’imaginaire à travers des objets quotidiens, de les détourner à la manière des surréalistes, sur une histoire toujours ancrée dans un contexte réaliste.

 » La grande majorité de mes livres ne traitent pas, comme certains semblent le croire, de gorilles ou de chimpanzés, ils parlent d’émotions «   Anthony Browne ( phrase extraite de son discours prononcé lors de la remise du prix Andersen en 2000 )

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