Le journal de Peter - Sébastien Perez & Martin Maniez

 Le

Peter, un jeune orphelin, raconte sa vie dans son journal. Dans un monde trop triste et trop gris, il s’invente bientôt un univers peuplé de fées, de pirates et d’Indiens… et devient le célèbre Peter Pan !

- Milan Jeunesse 2009 - Collection Albums Animés -

Cet album est une merveille, sa conception parfaite, le récit abouti.

Il relate l'histoire du jeune Peter, enfant des rues amnésique qui attend sa mère, l'appelle, part à sa recherche dans ce Londres de la fin du XIXème siècle pour finir exploité sur les docks, là où il se laissera aller à son imaginaire pour s'évader, s'envoler.

En tant qu'adulte, femme et mère, j'ai été particulièrement sensible à la beauté de ce livre, à celle des illustrations de M.Maniez, particulièrement émue par ce texte qui commence chacun des écrits du journal par un Maman et les clôt parfois par des " Bonne nuit, A demain, Un ange tout comme toi, ma maman, Je t'aime " qui déchirent le coeur.

" Maman,

Je ne sais pas pourquoi je suis ici, ça ressemble à une de ces maisons où les enfants attendent leurs parents...

La surveillante m'a simplement amené dans cette grande chambre. Elle m'a laissé une couverture, un oreiller et un cahier. Elle m'a conseillé d'y écrire toutes mes pensées, pour aider ma mémoire à revenir.

Elle m'a appelé Peter...mais je pense que, ce prénom, elle l'a inventé..."

Le jeune lecteur, quant à lui, sera entraîné par le récit d'aventures façon David Copperfield, enthousiasmé par les manipulations et l'aspect non formel de ce livre qui en font un album ludique riche d'images et de documents : présentant véritablement l'aspect d'un cahier ancien broché, les pages épaisses sont jaunies, parsemées d'annotations, de croquis, de taches d'encre, d'eau, d'auréoles témoignant de son passé. Photos sépia, coupures de presse aux contours irréguliers révélant le découpage hâtif d'une petite main, plan, lettres à décacheter, la couverture du roman de JF.Cooper Le dernier des Mohicans même, sont soigneusement collés dans ce volume à la fois journal de bord et journal intime.

A travers le quotidien de cet enfant triste, celui de ses six camarades de chambre, se dessinent jour après jour les évènements, les éléments qui vont nourrir son imaginaire pour lui offrir un monde meilleur : l'un pleure en affirmant qu'ils sont " tous des enfants perdus, des bébés tombés du landau ", un autre refuse de se séparer d'une flûte de pan...Peter découvre la figurine d'une fée agitant gracieusement ses clochettes dans une boite à musique et rencontre un marin poursuivi par des mouches ainsi qu'un capitaine-poissonnier brandissant un crochet, obsédé par l'écoulement du temps, les yeux rivés sur sa montre à gousset, Peter croise une famille indienne sur le port...

La trame reprend l'idée cruelle ( développée par Régis Loisel dans sa BD Peter Pan - pour adulte - racontant aussi l'enfance et les origines de Peter avant qu'il ne devienne Peter Pan ) que le capitaine Crochet serait le père de cet enfant, abandonné par sa mère se refusant à élever le fils d'un tel homme.

Pour le lecteur adulte, cet album émouvant dépeint clairement le syndrome qui porte le nom du héros, Peter Pan, celui généré par un tel manque affectif - et donc une situation d'angoisse permanente - que la personne atteinte ne peut, ne veut plus grandir. Pour le jeune lecteur, ce sera plutôt une belle lecture, un récit d'aventure, une quête dont le trésor n'est pas d'or, un conte qui le fera rêver au pays imaginaire, celui de Nulle Part et peut-être n'attachera-t-il pas d'importance à la déchirante vérité que dévoile donc l'épilogue; épilogue à la lecture difficile, il est vrai, puisqu'il s'agit de lettres manuscrites, lettres prouvant la rupture entre James Hook et Margaret Barry (...), l'abandon de leur enfant avec photos à l'appui ( des photographes D.Cickens & H.Sholmes - London ).

Double niveau de lecture adaptée au lectorat respectif, l'émotion et les références pour les uns, l'aventure et le merveilleux pour les autres et l'évidente nécessiter pour tous de (re)venir à la version originale de James M.Barrie pour mêler la magie de ces deux livres.

Le travail d'illustrations de Martin Maniez est accompli, adoucissant le récit, lui donnant une fraîcheur plus touchante encore, sa part d'enfance. A l'inverse de la technique d'Anthony Browne, ce sont les rêves qui se parent de couleurs sur ces pages, les teintes douces et chaleureuses de l'aquarelle, les portraits d'enfants aussi, images pures, la réalité étant crayonnée, en camaïeu de tons passés. La variété et la qualité des dessins participent pleinement à l'atmosphère de ce récit : des tableaux fouillés au crayon, la précision du trait, le réalisme des visages et des expressions sont saisissants, tandis que les représentations des scènes et des personnages de Neverland sont inspirées de l'univers du conte, de l'imaginaire enfantin.

En fin d'album, Martin Maniez offre à ses lecteurs une galerie de portraits des illustres habitants du pays de Nulle Part en illustrations pleine page.

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Journal de peter 2

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Journal peter 800

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Il est possible de feuilleter l'ouvrage sur le site des éditions Milan ICI -

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Pour l'Heure du Conte, hommage à l'enfance avec Mina qui s'envole pour Neverland -

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Commentaires (4)

1. jerome (site web) 31/12/2014

Un des premiers billets que j'avais mis sur le blog il y a cinq ans. C'est un superbe objet-livre, j'avais vraiment beaucoup aimé.

2. Marilyne 31/12/2014

Je ne suis pas étonnée ! Très ancien billet pour moi aussi, datant du blog spécialisé jeunesse " A lire au pays des merveilles ", l'occasion était parfaite pour remettre en avant cet album, aussi beau qu'émouvant, d'ouvrir cette page jeunesse dans cette thématique :)

3. Anne (site web) 31/12/2014

Je suis émerveillée et touchée par ton billet !

4. Mina (site web) 31/12/2014

Quelle bonne idée de remettre à l'honneur cet album, qui semble magnifique. Comme Anne, touchée et émerveillée par cette interprétation, ce double regard.

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