Au coeur de la tempête - Will Eisner

 

Aucoeurdelatempete

- Delcourt -

- Traduction Anne Capuron -

.

Ce roman graphique de pas moins de 200 pages relate l'histoire de la famille Eisner, leur parcours d'immigrants juifs d'Europe de l'Est depuis le début du XXème siècle. Pourtant, le récit n'a rien d'une fresque historique ou d'une saga, il est focalisé sur les " personnages " qui se racontent tour à tour. C'est l'Amérique certes, mais c'est surtout la vie familiale, le quotidien difficile, souvent précaire, un regard resserré profondément humain sans pathos ni concession. C'est hélas aussi une chronique de l'antisémitisme ordinaire.


Dans l'introduction, Will Eisner témoigne : " Fiction et réalité, en se mêlant peu à peu à des souvenirs sélectifs, ont débouché sur une réalité subjective. Et j'ai fini par m'en remettre à la justesse de la mémoire viscérale. Mon souvenir le plus indélébile de ces années-là est sans doute celui du préjudice insidieux qui imprégnait mon univers. "


Un récit foisonnant construit sur des flash-back, riche d'histoires et de personnages d'une lisibilité, malgré sa densité, remarquable. La maîtrise graphique et narrative, la fluidité de lecture des bulles et des dessins, pourtant compacts, m'ont impressionnée. Les pages de noir et blanc s'enchaînent naturellement bien que l'on passe d'une période à une autre, d'un passé à un autre. C'est le contexte social qui est développé, le contexte historique relevant de l'évocation de fond habilement mis en images par touches. le regard est porté sur l'atmosphère des rues, les mentalités, les relations entre les différentes communautés d'immigrants. Un regard autant extérieur qu'intérieur, la mémoire sollicitée par les scènes entraperçues dans ces paysages qui défilent à travers la fenêtre d'un train militaire, lien entre les vignettes, entre les époques.


Les contrastes des fonds noirs - fonds blancs éclairent les planches, exemptant les vignettes de cadre, les rythmant et donnant un relief magnifique aux portraits des personnages. le dessin est parfaitement abouti, expressif, éloquent, ne négligeant jamais les détails significatifs des décors malgré les plans rapprochés soignant les visages et les attitudes. On se laisse totalement prendre aux vues, on est pris par cette lecture qui nous entraîne sur les longs chemins des parents Eisner des ateliers viennois aux usines new-yorkaises. Des tableaux en mouvement, bien vivants, désarmants, écoeurants, émouvants.


" Dans la vie comme en dessin, Willie...il y a de la perspective ! "

.Tempeteeisner1

.

- Chronique précédemment publié sur mon ancien blog A lire au pays des merveilles ( il y a longtemps... ) -

*

Commentaires (4)

1. Mo (site web) 19/12/2014

Riche de nos échanges, je (re)lis ta chronique en lui prêtant une oreille attentive (plus attentive qu'à la première lecture je pense). Je verrais s'il est dispo pour l'emprunter la prochaine fois

2. Marilyne 19/12/2014

Ah oui, j'espère que tu pourras l'emprunter, j'aimerai beaucoup que nous poursuivions avec ce titre ( notamment :))
( et nous pourrions récidiver parce que j'ai toujours en note un autre titre ^^ )

3. keisha 20/12/2014

Pas de souci avec Eisner, j'en ai déjà lu plein à la bibli!

4. Marilyne 21/12/2014

Chanceuse ! ( et je me rends compte avec ton commentaire que je suis chanceuse parce qu'il m'en reste plein à lire :))

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau