L'art de voler - A.Altarriba & Kim

Art de voler

- Denoël Graphic -

.

- Traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco -

Bon, c'est l'heure... L'heure de s'envoler... Le 4 mai 2001, le père d'Antonio Altarriba, âgé de 90 ans, saute du quatrième étage de sa maison de retraite... En relatant son existence intimement mêlée aux tempêtes qui ont ravagé l'Espagne et l'Europe du 20e siècle, son fils rend un vibrant hommage au courage, aux idéaux vaincus et à l'art si difficile de voler...

Tout est dit dans cette quatrième de couverture : cette BD est le roman ( graphique ) du père, devoir de mémoire sur le principe de l’histoire individuelle dans l’Histoire, une rétrospective espagnole à hauteur d’homme, le «  pacte du sang » envers le vaincu.

Le père de Antonio Altarriba est né en 1910 dans une famille rurale. Filant la métaphore du vol, le fils raconte à la première personne le douloureux, l’absurde, parcours du père à travers les violences du siècle, confronté dès l'enfance à la cupidité, l’exploitation, la loi du plus fort, de l’argent, du pouvoir ; du pouvoir de l’argent.

Sur un récit en quatre parties chronologiques ( 1910-1931 / 1931-1949 / 1949-1985 / 1985-2001 ), sur les planches et cases noir & blanc resserrées, ce sont les guerres espagnoles du siècle qui défilent, Révolution, anarchisme et communisme, Franco, nazisme, expatriation en France, la vie, ensuite, au pays où « le mieux était sans doute d’oublier qu’emporté par un idéal, il fut un temps où j’avais volé ». Un retour au pays qui ne sera qu’un long suicide des espoirs : « Ces changements trahissaient une tragédie personnelle aussi profonde qu’inavouable… […] Pour affronter le présent, ils devaient enterrer le passé… mourir pour rester vivant. »

Ces pages denses en fresque intime racontent la chute incessante d’un homme qui aspirait à lever les yeux vers le ciel, un homme toujours en deuil qu’on et qui s’écrase, lambeaux d’homme dont la dignité lui est littéralement arrachée, n’osant même pas transmettre son héritage idéologique à son fils. 

Si j’apprécie le noir & blanc qui se prête parfaitement à ce récit, j’ai regretté de ne pas découvrir parfois des planches pleine page qui marqueraient cet album marquant, qui auraient offert comme un temps de pause à cette lecture marquante. De nombreux personnages qu’il fut parfois difficile de distinguer, des décors à la fois précis et esquissés que j’aurai aimé mieux voir.

Toutefois, cet album reste remarquable, par le propos – le témoignage - mis en œuvre, en scènes, en mots, en images ; un album que je relirai. Les pages consacrées à l’accueil des exilés espagnols à la fin des années 30 en France ainsi que la dernière partie relatant la vie du père d’Antonio Altarriba en maison de retraite sont aussi bouleversantes que révoltantes.

Des notes en bas de pages précisent certaines références historiques de ce livre au père. En postface, Antonio Altarriba raconte le « prélude au décollage », sa relation à son père, l’origine de ce projet, en écriture, en BD, «  une fois que j’eus partagé ses guerres et l’eus accompagné dans ses dernières défaites. […] Ultime recours, sur le mode de la confession ou de la dénonciation, après que tout a échoué. »

.

-  Une chronique BD avec la complicité de Mo’ pour saluer son retour au Bar à BD ; une BD dont je lui dois la lecture an passant par ICI -

*

 

Commentaires (4)

1. Mo (site web) 09/07/2014

Joli retour à la BD Madame Marilyne ;)
Un album utile qui a la mérite de nous permettre de nous arrêter sur la guerre d'Espagne relatée à hauteur d'homme. Comme toi, j'avais trouvé cet album intéressant mais effectivement, cela manque de respirations à l'intérieur. C'est un peu comme le dessin de Sacco, il y a plein de petits détails, des jeux de hachures et ici, dans l'Art de voler, c'est tout ratatiné dans un petit format. Oui, on étouffe un peu. J'vais fait pas de pauses pendant la lecture... si je me rappelle bien... (parce qu'elle ne date pas d'hier :P)

2. Noukette (site web) 09/07/2014

Je lui ai longtemps tournée autour à celle-là... Et puis le dessin m'a un peu freinée j'avoue. Un jour, peut-être...

3. jérôme (site web) 09/07/2014

Je pense que je le lirai un jour, ne serai-ce que pour faire le contrepoids avec "Les temps mauvais" de Carlos Gimenez qui montre aussi la guerre d'Espagne à hauteur d'homme.

4. Marilyne 09/07/2014

@ Mo' : avec toi :) Je ne me décidais pas à la chroniquer cette BD. Je l'ai lue en plusieurs fois aussi, et c'était aussi bien, j'ai suivi les " chapitres ". Le dernier m'a retournée. J'aime bien ce format pour le roman graphique mais c'est vrai qu'il y a beaucoup dans ce récit, dans ce dessin, ils auraient mérité de profiter pleinement de l'espace.

@ Noukette : La première période est très courte en nombre de pages. Tu peux essayer en lisant celle-ci, parce que c'est vraiment un album à lire tout de même, il faut lui donner du temps.

@ Jérôme : oui, mais il ne faudrait pas réduire " L'art de voler " à un témoignage sur la Guerre d'Espagne ( une période dans le chapitre qui va jusqu'à l'après Seconde Guerre Mondiale ), il dit tellement plus cet album. Au-dela de la dimension " redonner paroles et vie au père ", c'est toute l'histoire de l'Espagne au 20ème, celle du peuple et des exilés espagnols, les séquelles des idéaux de la Révolution perdue, c'est à dire que cette BD raconte l'Espagne de Franco. La dernière partie est consacrée à la maison de retraite, la fin de cette génération...

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau