Le Camp-Volant – René Hausman

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Le Camp-Volant, c’est ainsi que, des Ardennes à la Lorraine, on désignait le vagabond dont le camp précaire pouvait être levé en toute hâte. Ici, René Hausman revient aux sources même de son inspiration, sur les traces de ces belles et terribles histoires narrées autrefois au coin du feu par sa grand-mère.

- Dupuis – Collection Aire Libre -

Un conte du passé, une chronique, une légende villageoise à laquelle se mêle le Petit Peuple, les esprits des campagnes.

 » Il arrivait qu’un rejeton de ces esprits élémentaires fût  » confié  » aux soins des hommes, en remplacement dun bébé qu’on ne devait jamais revoir. La grand-mère y croyait, prétendant que, presque toujours, fous de douleur, les parents, qui n’avaient rien vu venir, jetaient au feu le misérable avorton…Cette croyance jadis populaire, ce mythe du  » changelin  » servit de fil conducteur au récit qui va suivre…  » explique René Hausman dans les quelques pages d’un prologue en art-book dans lequel il se remémore ces histoires - parfois à dormir debout, c’est vrai, mais que j’écoutais dans la pénombre des soirs anciens - qui ont nourris son imaginaire.

Un récit cruel, un univers d’un réalisme cru hanté par les créatures de féerie. Le monstrueux de cette histoire ne vient pas des gnomes qui s’immiscent sur les pages mais bien de la misère humaine – misérable humanité -, sa brutalité, comme en témoigne la première scène, agressive, une scène de noces : la mariée est simplette mais pourra assurer une progéniture à la belle famille ayant du bien tout de même, le marié est une bête, un porc qui attise comme seul désir celui de l’égorger. Le viol institutionnel. Raconté comme ça, avec cette rudesse rustique.

Et pourtant il se dégage une beauté de ce récit, une tristesse teintée de fatalité, une compassion, cette beauté que raconte déjà l’illustration de couverture. L’atmosphère de cet album m’a rappelé celle du roman de Philippe Claudel Les Âmes grises. Il y a des silences lourds et chagrins dans cet album, un merveilleux désenchanté à la palette sobre, des couleurs en camaïeux qui n’altèrent en rien la profondeur des planches fouillées et fournies aux tons de la terre relevés de touches lumineuses de vie et d’enfance. Certaines séquences disent tout d’un désarroi qui donne le frisson.

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- Bulles belges au Bar à BD avec Mo' pour le mois belge organisé par Anne et Mina -

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Commentaires (5)

1. Mo (site web) 24/04/2015

Il a l'air splendide cet album. Il me semble avoir lu Jérôme sur cet ouvrage ; en tout cas, le titre m'est familier.
Je pense qu'il fera partie de mes prochains achats

2. Anne (site web) 24/04/2015

Le sujet est sombre mais qu'est-ce que j'aime de genre de dessin... J'aime ces bulles belges ! ;-)

3. Marilyne 25/04/2015

@ Mo' : il est très beau, prenant. J'ai beaucoup aimé ce mélange des genres, Féerie et le brutal du réalisme.

@ Anne : j'aime beaucoup aussi cet univers :)

4. Valérie (site web) 25/04/2015

les dessins sont superbes!

5. Marilyne 25/04/2015

Ah oui, très bel univers graphique qui donne envie d'en voir plus :)

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