Maus – Art Spiegelman

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« Maus raconte la vie de Vladek Spiegelman, rescapé juif des camps nazis, et de son fils, auteur de bandes dessinées, qui cherche un terrain de réconcialiation avec son père, sa terrifiante histoire et l’Histoire. Des portes d »Auswchwitz aux trottoirs de New York se déroule, en deux temps ( les années 30 et les années 70 ) le récit d’une double survie : celle du père, mais aussi celle du fils, qui se débat pour survivre au survivant. Ici, les Nazis sont des chats et les Juifs des souris. Oubliez vos préjugés : ces souris-là ont plus à voir avec Kafka ou Orwell qu’avec Tom et Jerry. Ceci est de la vraie littérature. » – Prix Pulitzer 1992 -

Maus ( souris en allemand ) est un témoignage multiple. C’est la Shoah, et c’est aussi le récit du poids de l’histoire familiale, celui de la relation particulière, conflictuelle avec le père – relation brute faite de non-dit, de déni -. Art Spiegelman est l’enfant de la paix, de la génération  » d’après « , né aux Etats-Unis. Il est aussi, et surtout, le deuxième fils, écrasé par le fantôme d’un frère disparu dans l’horreur des camps de la mort. Il a fallu des années à l’auteur pour trouver les mots et les images, pour se réconcilier avec le passé, avec sa famille, les accepter, les assumer, pour nous livrer cette BD, véritable roman graphique d’une qualité rare. Un roman terriblement humain. La lecture de ces planches privées de couleur peut sembler difficile, oppressante, sur deux aspects : le trait est sombre, chargé de détails, de textes; le malaise est pregnant. On lit, on relit, on scrute. Justement. En noir et blanc, les pages révèlent une puissance d’évocation saisissante.  Avec les visages réduit à l’apparence simpliste d’une souris, on se demande comment Art Spiegelman est parvenu à rendre une palette de sentiments aussi fine et complexe – j’ai envie d’écrire authentique, empathique, mais cette lecture bien plus que d’autres est une expérience intime – . C’est cette intransigeance de l’auteur qui ne s’accorde – ne nous accorde -  aucune concession, la sobriété de son récit qui fait la force de Maus. On la ressent physiquement. On prend un coup qui laisse une trace.  Art Spiegelman ne joue pas le jeu de l’interprétation.  L’usage des masques, le choix du zoomorphisme renforcent paradoxalement la réalité du propos. On ne peut pas éviter Maus.

Se souvenir et transmettre. Finalement Art Spiegelman l’a fait; le travail accompli force le respect.

Impressionnant, bouleversant, éloquent, quel serait le mot juste pour qualifier cet ouvrage ?

Voici ceux d’Umberto Eco : «  Maus est un livre que l’on ne referme pas, même pour dormir. Lorsque deux des souris parlent d’amour, on est ému, lorsqu’elles souffrent, on pleure. »

Plus de quinze ans après ma première lecture, l’émotion est intacte.

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