Une si jolie petite guerre – Marcelino Truong

Marcelino truong

- Éditions Denoël -

Un roman graphique, récit historique et autobiographique catégorie coup de cœur. Comme l’indique le sous-titre, les pages relatent Saïgon 1961-63.

Marcelino Truong s’est livré à un véritable travail de mémoire, double travail puisque cet ouvrage tient à la fois de la chronique familiale et du documentaire. Il raconte ses années d’enfance au Vietnam où son père était en poste en tant qu’attaché culturel et traducteur officiel du président Diêm. Ce Vietnam côté sud, la République du Vietnam face au Nord communiste d’Hô-Chi-Minh.

Le récit alterne les scènes quotidiennes de la famille qui perçoit les échos des combats entre Nord et Sud – «  guerre révolutionnaire, une guerre subversive  » -, marquée par les attentats et la forte présence militaire américaine ( ainsi que de la presse internationale, de sa liberté d’expression –  » Pendant toute la guerre, il y aura ce hiatus entre le triomphalisme du haut commandement et un tableau plus pessimiste du conflit rapporté par la presse américaine  » – ) sans forcer le trait de la naïveté enfantine, avec des pages documentaires qui reviennent sur l’histoire politique vietnamienne ( son histoire divisée depuis 1954 enfin libéré de la présence française, sur l’influence de la communauté catholique ).

Passionnante lecture. Aucun des deux aspects ne l’emporte sur l’autre, il s’agit véritablement d’un voyage. Marcelino Truong nous plonge dans la ville, dans l’époque. Ce roman graphique est d’une densité et d’une richesse impressionnantes. Il est à la fois d’une profonde humanité, mettant en évidence les antagonismes mais aussi les interrogations et les paradoxes. Il parvient à effacer la distance en nous accueillant dans sa famille tout en la préservant par la précision des informations historiques, livrant ainsi une peinture extrêmement vivante des évènements historiques. C’est le Vietnam qui vit sur ses pages. C’est la  » sale guerre et la vie mondaine  » pour ces enfants parlant anglais, français, pas encore vietnamien, d’une famille métissée qui arrive d’Amérique avec leur  » blonde maman de Saint-Malo « , ses inquiétudes, ses lettres à ses parents dont des extraits sont cités.

L’image relève de la même densité et richesse, le trait tout aussi précis. Et sobre alors que rien des crises d’angoisse de sa mère et de la violence n’est occulté. Des illustrations contrastées de rouges et de bleus qui rappellent les tons sépias, des dessins pleine page, pleine couleur, en ouverture de chapitre évoquant des images photographiques comme prises sur le vif, qu’elles soient familiales ou évoquant celles de reportage, des illustrations double page. Un voyage en VO. Des bulles en anglais, en vietnamien traduites en bas de page, des dessins hors cadre légendés, des dessins reproduisant des images de propagande d’époque en témoignage.

Un indispensable.

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Mtruong

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