Caché dans la maison des fous - Didier Daeninckx

Ddfous

- Folio 2017 - ( éditions Bruno Doucey 2015 ) -

1943 : asile de fous de Saint-Alban, en Lozère. Une jeune résistante, Denise Glaser, vient s'y cacher. Au même moment, Paul Eluard et sa compagne s'y réfugient. Didier Daeninckx nous entraîne à leurs côtés, dans une plongée vertigineuse aux confins de la "normalité", là où surgit l'art brut et où la parole des "fous" garantit celle des poètes.

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Je n'ai jamais été déçue par les romans de Didier Daeninckx que j'ai lus. Celui-ci avait tout pour m'intéresser : la Résistance, Eluard, le lieu d'accueil, l'art brut, et une première publication aux éditions Bruno Doucey qui me semblait un gage de qualité. Ce ne fut pas le cas, tant j'ai été frustrée par cette lecture.

Le texte est très court ( une centaine de pages ), l'écriture efficace, informative. J'ai plus eu l'impression de lire un reportage sur le sujet. Ce qui en soi fut très intéressant et m'a sérieusement donné envie d'en savoir plus. Mais point de " plongée vertigineuse aux confins de la "normalité", là où surgit l'art brut et où la parole des "fous" garantit celle des poètes. " , pour reprendre cette formulation de la quatrième de couverture.

Le récit est rapide. Nous découvrons l'institution sous le regard de Denise Glaser, promue bibliothécaire de l'endroit puis assistante auprès des enfants alors qu'elle est en fuite. Peu après son arrivée, ce sera celle de Paul Eluard et de son épouse. Le poète ne tient pas un bien grand rôle dans ce récit. Des extraits de poésie parsèment le texte, certes. Il publie clandestinement pendant son séjour, certes. Il s'intéresse aux malades qui racontent, qui créent, certes. Mais c'est tout. Nous n'en saurons pas plus. Finalement, ce que nous apprenons le plus, c'est le fonctionnement de l'institution, dans le passé, pour les malades, pour la Résistance; ce formidable engagement des deux psychiatres, Lucien Bonnafé et François Tosquelles. C'est ce parcours des médecins qui m'a retenue, leurs réflexions sur le rapport et les soins aux patients en psychiatrie, comme les informations sur les conditions de vie des malades avant guerre et leur possibilité de se rendre utile à la communauté. Quant à l'art brut ( sujet qui me passionne ), c'est encore plus rapide, quelques passages autour d'Auguste Forestier, un interné particulièrement créatif. 

En fin d'ouvrage, une biographie succincte des protagonistes est présentée. Il y avait matière à un grand roman, passionnant, sur la psychiatrie, sur cette résistance, des médecins, des patients, en regard de celle du poète.

" - Tosquelles et moi n'avons jamais trop aimé le terme d'hôpital psychiatrique. Nous préférons celui d'asile, un endroit qui met à l'abri de la folie du monde... "

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J'ai donc effectué quelques recherches :

Auguste Forestier ( 1887 - 1958 ) créait des sculptures ( avions, bateaux, animaux fantastiques, figurines, des jouets pour les enfants... ) à partir de rebuts, de matériaux de récupération, avec des outils rudimentaires qu'il s'était fabriqué. L'expression Art Brut n'existait pas encore. Eluard remarque les créations, ce qui sera le déclencheur de cette reconnaissance artistique : le poète ramena des sculptures à Paris en 1944, après son séjour dans l'asile en 1943. C'est chez lui que Dubuffet les découvrira, et ira après-guerre à la rencontre d'A.Forestier, constituant alors à l'époque la première collection d'Art Brut.

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Forestier auguste 145 854 382 27 1905 384 1906 383

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Forestier auguste 419

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Les créations de A.Forestier sont exposées au musée de Lausanne - magnifique musée consacré à l'art brut, dont les collections sont impressionnantes -, ainsi qu'au LaM de Villeneuve d'Ascq. Je vous invite à consulter cette page ICI, c'est la page du musée de Lausanne présentant les sculptures de Auguste Forestier, ainsi que ce très bel article du LaM ICI.

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Tosquelles

- Le docteur Tosquelles présentant un bateau réalisé par A.Forestier ( 1943 ) -

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Commentaires (16)

1. Autist Reading (site web) 23/01/2019

Très intéressant !!! Je note et surligne.
La Denise Glaser du roman, c'est LA Denise Glaser, mon idole ? Celle de Discorama ?

2. Ann(Litterama) (site web) 23/01/2019

Le sujet est véritablement passionnant !

3. Anne (site web) 23/01/2019

Il y a quand même de l'intérêt dans ce roman qui traîne dans ma PAL (moi aussi j'ai été attirée par Bruno Doucey...) Le LAM ce n'est pas loin de chez moi (et j'y vais extrêmement rarement - voilà un prétexte...)

4. Sandrine (site web) 24/01/2019

Un peu pareil pour moi et d'ailleurs, je trouve les livres de Daeninckx souvent trop courts, bons mais trop courts.

5. Kathel (site web) 24/01/2019

Rien à noter aujourd'hui, pourtant, "sur le papier", ça semblait passionnant !
Je suis allée une fois au musée de l'Art Brut à Lausanne, il est vraiment formidable !

6. niki 24/01/2019

je note, le sujet m'intrigue

7. Marilyne 24/01/2019

@ Autist Reading : c'est bien elle, oui monsieur :)

@ Ann : c'est pourquoi j'ai été un peu frustrée mais cette lecture m'a permis de découvrir le lieu, les médecins et l'artiste.

@ Anne : oui, mais finalement pas celui que l'on croit, c'est à dire pas autour d'Eluard ( même si son rôle par la suite est fondateur ). Il doit y avoir des expos intéressantes au LaM !

8. Marilyne 24/01/2019

@ Sandrine : je n'avais pas remarqué avant, pour les autres romans que j'ai lus, pas si courts ( et toujours incisifs ). J'ai vu que Cannibale est très court aussi, pas encore lu, ça viendra.

@ Kathel : oh oui, je garde aussi un grand souvenir de la visite du musée de Lausanne.

@ Niki : il est très intéressant, fascinant. C'est bien pour ça que j'aurai aimé en savoir plus ;)

9. Jerome (site web) 24/01/2019

Longtemps que je n'ai pas lu Daeninckx, tiens !

10. Marilyne 25/01/2019

@ Jérôme : tout pareil pour moi ( je suppose que toi, tu as lu Cannibale :))

11. MTG 26/01/2019

Alors ça, je ne savais pas que cet endroit (qui existe toujours) avait eu un rôle à cette époque là . Original ce livre là...et ce lien avec les sculptures à la fin...

12. Marilyne 26/01/2019

@ MTG : oui, j'ai été curieuse, j'ai vu que c'était maintenant le centre hospitalier François Tosquelles, du nom d'un des médecins. C'est chouette :)

13. Lili (site web) 27/01/2019

Pour le coup, Daeninckx ne m'a jamais trop convaincue malgré des sujets intéressants... Ce n'est pas mauvais, bien sûr, loin de là, mais vraiment pas transcendant non plus. Du coup, je comprends ta frustration.

14. Marilyne 28/01/2019

@ Lili : j'ai plutôt apprécié les romans que j'ai lus, la façon de traiter en polar des sujets de société passés, la mémoire des guerres, officielles ou non. J'avais même pensé à La vigie pour mes 3ème. Mais là, c'est vraiment trop court, il ne raconte pas vraiment.

15. maggie (site web) 30/01/2019

C'est un auteur que j'aime beaucoup : je note donc celui-là.

16. Marilyne 31/01/2019

@ Maggie : ah, je suis curieuse de ton avis ( car c'est bien ma première déception avec cet auteur )

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