Celui qui revient - Han Kang

Han kang

- Edition Le Serpent à Plumes 2016 - Point 2017 -

-Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot -

En ce printemps 1980, un vent de terreur souffle sur la Corée du Sud. La révolte de Gwangju se solde par un massacre sans nom. Dans la ville meurtrie, Tongho erre parmi les cadavres, à la recherche de son ami disparu. Dans une maison d'édition, Kim travaille sur un texte censuré. Dans l'au-delà, Chongdae part retrouver les siens. Et toutes ces âmes tourmentées ne demandent qu'à trouver la paix.
 

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De Han Kang, j'avais lu Leçons de grec lors de sa parution il y a un an, que j'avais beaucoup aimé, tout en délicatesse, et j'avais eu la chance d'une rencontre en librairie ( ICI ). Pour la relire, j'ai totalement changé de genre en choisissant ce roman, un roman mémoire sur le soulèvement dans la ville de Gwangju - manifestation et soulèvement étudiant et ouvrier pour la démocratisation du pays - , en Corée du Sud, qui débute le 18 mai 1980, qui sera férocement réprimé par l'armée.

Je ne savais rien de cette tragédie, la lecture fut rude, magistralement portée par l'écriture. Il y a la violence des armes, des tortures, la mort en face avec la réalité des corps, mais il y a aussi cette violence psychologique, celle qui détruit autant les vies; des vies broyées, désagrégées. Ce roman, c'est un cri, un de douleur, un cri de l'âme, ce sont les âmes, toujours présentes.

Le roman se présente comme un recueil de nouvelles, des textes qui semblent indépendants. Cette narration témoigne du chaos, et du fragmenté de ces vies. Des pages éprouvantes, bouleversantes par la conscience qui s'y déploie, ce profondément humain. C'est juste là, au coeur, que j'ai retrouvé la délicatesse. 

En réalité, chacun des récit nous raconte l'un des personnages apparus dans le premier. Il ne s'agit pas véritablement d'un roman choral, chacun des personnages ne revient pas sur le même moment ni à la même époque, mais ils se croisent, ils se cherchent aussi. " Celui qui revient ", c'est un collégien, le premier personnage que nous rencontrons, dont nous apprendrons l'assassinat. Il revient parce que l'auteure témoigne; elle témoigne et rend hommage à cette jeunesse sacrifiée - à celle " qui ne voulait être une victime " -  sans négliger la littérature, elle témoigne sans l'avoir connu ce tout jeune homme, mais elle aussi, elle l'a cherché. Dans le dernier récit, comme en épilogue, l'auteure se met en scène, explicitant ainsi le titre. Elle est cette toute jeune fille qui entend des bribes, qui s'interroge puis qui voudra savoir. Han Kang est native de cette ville, Gwangju, en Corée du Sud. En 1980, sa famille s'était déjà installée à Séoul.

Si cet autre monde avait duré, tu aurais passé les partiels la semaine précédente. Aujourd'hui, le dimanche après les examens, tu aurais fait la grasse matinée, puis joué au badminton avec Chongdae. Tout comme tu n'arrives pas à croire réel ce qui s'est passé depuis une semaine, tu n'arrives plus à croire au temps de l'autre monde. "

Ce qui m'a terrifiée, c'est cette impression de relecture : la répression est toujours la même à travers le monde, les massacres justifiés par la politique, la haine du Rouge, la contestation idéaliste étudiante sauvagement écrasée, la peur et la douleur des mères, les tourments des survivants; il suffit de changer les noms coréens, de les remplacer par d'autres consonances, j'ai pensé à des romans chiliens et argentins. 

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Vous vous êtes endormie, adossée contre le mur, sur l'extrémité d'un banc devant la caisse, le sac à dos dans vos bras. Chaque fois que votre sommeil se fait léger, les mots contenus dans le mail de Yun vous apparaissent en grandes lettres clignotantes qui vous éblouissent. Témoignage. Sens. Mémoire. Pour l'avenir.

Vous ouvrez les yeux lorsque vos nerfs aussi fins que des filaments d'une ampoule se réveillent. Le visage encore ensommeillé, vous balayez du regard le couloir faiblement éclairé et l'autre côté, complètement obscur lui, de la porte vitrée des urgences. A mesure que le sommeil reflue comme à marée basse en laissant émerger le contour de la douleur, l'instant plus froid que les cauchemars revient. L'instant où vous réalisez que vous n'avez pas rêvé tout ce que vous avez vécu. 

Yun vous a demandé de vous le remémorer. D'affronter et de témoigner. Mais comment cela serait-il possible ? "

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Peut-être lirai-je La Végétarienne - dans un genre différent, à nouveau - le roman de Han Kang qui a reçu le Man Booker Internationale Prize. 

- Maggie, à toi de nous présenter une lecture coréenne ( et promis, je te suivrai en présentant un autre titre-auteur ) -

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Commentaires (12)

1. maggie (site web) 29/10/2018

Mais c'est de doublement de l'incitation à la lecture :-) ! Déjà, je note le titre et 'lauteur. Je ne connais pas. Le sujet a l'air très dur, en même temps, c'est bien de connaître cet événement historique.
Puisque tu m'interpelles directement :-), oui, je vais choisir dans mes lectures coréennes un roman alors que ce n'était pas prévu ( je suis en train de regarder Illang la brigade des loups sur netflix ( ça se passe au 2048, avec une hypothétique réunification des deux Corées, j'adore le cinéma coréen)

2. maggie (site web) 29/10/2018

J'ai choisi mais ce sera la surprise, tu ne sauras pas le titre... Merci pour ce défi :-)

3. Marilyne 29/10/2018

@ Maggie : je te remercie de jouer le jeu. C'est celui de l'incitation partagée :) Suite à ta publication montrant tes petits nouveaux coréens, je suis allée voir les titres qui attendaient sur mes étagères. D'accord pour la surprise, je suis patiente :-D

4. Anne (site web) 29/10/2018

Bientôt on ajoutera des romans brésiliens, si toutefois la liberté d'expression existe toujours... Ca craint !

5. Aifelle (site web) 30/10/2018

Je me suis fait la même réflexion qu'Anne ! Il a promis de virer tous les "rouges", ça veut dire quoi au juste ? Je note le nom de l'auteur, mais je n'ai pas envie de commencer par celui-ci.

6. Marilyne 30/10/2018

@ Anne : ta réflexion rejoint la mienne et nous prouve l'universalité et l'actualité toujours vive de la littérature. ...

@ Aifelle : " Leçons de grec " est un beau roman, sur les mots et la résilience. Han Kang est poète, c'est évident en lisant ces Leçons.

7. Cristie (site web) 30/10/2018

Je suis très intéressée par ce qui touche à la Corée. Je vais donc voir si je peux le trouver à la bibliothèque !

8. Marilyne 31/10/2018

@ Cristie : avec celui-ci, tu as l'aspect historique servi par une très belle plume.

9. Annie (site web) 01/11/2018

Un roman d'actualité en somme. Je note le nom de l'auteur car j'aimerais beaucoup en savoir plus sur les Corée. Merci pour ce beau billet, Maryline !

10. Marilyne 01/11/2018

@ Annie : merci à toi. Il est terrible ce roman, et prenant, et littéraire. J'ai un grand coup de coeur pour cette auteure.

11. maggie (site web) 02/11/2018

Tu auras une bonne surprise :-) J'adore le recueil que je lis :-). Je suis bien tombée. Tu as continué ? Tu en as d'autres sur tes étagères ?

12. Marilyne 02/11/2018

@ Maggie : ah, tant mieux pour la bonne pioche ! J'ai deux titres sur mes étagères, j'en ouvrirai un à ta suite :-)

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