Charogne - Borris & Benoit Vidal

Charogne

- Glénat - 2018 -

- Scénario : Benoit Vidal & Borris - Dessin : Borris -

Dans ce petit village des Pyrénées, le curé ne viendra plus célébrer l'office tant que l'église ne sera pas réparée. Monter jusqu'à mi-pente pour les grands événements, il veut bien, mais pas plus loin ! Malheureusement, Joseph, le maire, homme bienfaiteur et aimé de tous, meurt brutalement. Il va falloir descendre le cercueil à dos d'hommes pour une dernière bénédiction en suivant un chemin de montagne escarpé. Et ça ne sera pas une partie de plaisir car, en plus du poids du mort, le cortège funèbre trimballe son lot de rancoeurs familiales et de lourds secrets. Pour finir, les éléments s'en mêlent et la tension déjà palpable devient électrique lorsque l'orage survient. Le dernier voyage de Joseph pourrait bien être aussi le leur.

.

C'est le trait et l'atmosphère entrevus en feuilletant qui m'a fait emporter cette BD, pas son titre... Je ne savais pas franchement ce que j'allais lire. J'ai découvert un récit aux allures de polar sur ces planches bichromes, rappelant le sépia, que j'ai lu d'un souffle.

Le récit entre road-movie et huis-clos est prenant. Il se déroule fin XIXème siècle en milieu rural dans l'Aude, nous entrainant à flanc de montagne. C'est la rudesse des paysages, du ciel et des hommes qui est pertinemment mise en image. 

Road-movie et huis-clos car nous suivons quatre hommes descendant de leur village isolé par un chemin escarpé pour porter un cercueil au curé à mi-pente, au lieu-dit La pause des morts afin que le défunt, monsieur le maire, puisse être enterré en ayant reçu les dernières bénédictions. Parmi ces quatre hommes, deux fils de famille en conflit, un homme que l'on croit muet, le dernier qui ne parle pas de son passé. Et ils vont se parler ces hommes, au gré des circonstances qui ne leur sont pas favorables. Ils vont parler du village, des histoires passées, du maire. Ces hommes portent bien plus lourd qu'un cercueil. Il faut bien le dire, Charogne, quant à lui, porte bien son titre, sa violence. Il n'y a pas que la nature qui est sauvage dans cet album. 

La dynamique du découpage graphique, les camaïeux de lumière, l'alternance des plans et perspectives comme l'alternance des planches muettes avec celles de dialogues éloquents, les expressions et postures marquées servent l'atmosphère plus amère, triste et tendue que funèbre. Les mots, les traits, sont vifs et rudes, accompagnant parfaitement le périple, véritable épreuve; ce périple que survolent des oiseaux noirs, les corbeaux puis les vautours.

.

Charogne2

.

Charogne1

.

- Charogne a reçu le prix Meilleure BD Polar au Festival Polar de Cognac 2018 - Cette BD est également dans la sélection des Quais du Polar 2019. Le dessinateur Borris y sera présent -

*

Commentaires (7)

1. Dominique (site web) 15/02/2019

ah là tu me tentes à cause du sujet et de l'atmosphère qui a l'air particulière, ça me fait penser à certains romans se déroulant dans la Sicile profonde !
je note peut être ma bibli l'a sur ses rayons

2. Cléanthe (site web) 15/02/2019

J'adore le dessin. Je profite de ma tournée hebdomadaire dans les librairies cet après-midi pour jeter un petit coup d'oeil. Mais avec tout le bien que tu en dis je crois bien que je vais me laisser tenter...

3. Marilyne 16/02/2019

@ Dominique : oui, ta comparaison est juste pour l'atmosphère et la dimension rurale. J'espère bien qu'il sera à la bibliothèque ( peut-être la sélection aux Quais du Polar joue en sa faveur )

@ Cléanthe : j'espère que tu as eu l'occasion de la feuilleter et que la tentation s'est confirmée... Merci pour ce commentaire.

4. Annie (site web) 17/02/2019

Un sujet qui me rappelle des évènements de nos montagnes, autrefois, quand faute d'église où dire une messe, les cercueils étaient gardés dehors durant le plus gros de l'hiver, pour être descendus ensuite au village voisin.Une année, la procession fut ainsi emportée par une dernière avalanche, doublant le nombre des morts, ce qui permit enfin à la chapelle du hameau du haut d'être consacrée et de pouvoir ainsi accueillir baptêmes, mariages et obsèques.

5. Marilyne 17/02/2019

@ Annie : de tristes événements, pour une conclusion plus positive heureusement. En épilogue de cette BD, les auteurs expliquent que le contexte historique et géographique est véritable ( La pause des morts, lieu dit où suite à une épidémie, les villageois déposaient les défunts, leur village ne pouvant accueillir tant de sépultures, et le refus du curé de monter tant que l'église n'est pas réparée ), et c'est ce qui les a inspirés.

6. Jerome (site web) 19/02/2019

Je viens de m'emprunter à la médiathèque, je suis certain qu'il va me plaire.

7. Marilyne 19/02/2019

@ Jérôme : je croise les doigts !

Ajouter un commentaire