Berlinoise - Wilfried N'Sondé

 

Berlinoise

- Actes Sud 2015 -

30 décembre 1989. Stan et Pascal arrivent à Berlin pour y passer le réveillon. Au pied du mur, que Berlinois et visiteurs sont occupés à détruire dans la liesse générale, ils rencontrent une fille à la peau brune et aux yeux vairons, Maya, qui subjugue immédiatement Stan. Déjà installés tous deux dans des vies grises malgré leur âge, Stan et Pascal sont conquis par la ferveur d'un peuple vivant une formidable réconciliation nationale. Ils décident de rester dans cette ville où tout paraît possible.

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Cette quatrième de couverture vous dit l'ouverture de ce roman, de cette histoire Berlinoise; ces histoires berlinoises, celles d'une femme, d'une ville, d'une époque et de passions.

De Berlin, c'est l'histoire de l'Allemagne les dix-huit mois qui suivirent la chute du mur que déroule Wilfried N'Sondé d'une écriture fluide, chaleureuse et sensuelle. Est venu trop vite le temps de la désillusion. Se racontent sur ces pages l'émergence du capitalisme et de l'individualisme, la résurgence de mouvements racistes assassins qu'on appelle néonazis. Sous la romance, la transformation de la vie, de la ville, cette ville en métamorphoses et saisons.

Ce roman, ce n'est pas tant la grande histoire dans des histoires individuelles, trop d'immédiats et de vécus de façon totalement émotionnelle et radicale; une histoire de l'intérieur, dans tous les sens de l'expression. Par ricochet, ce mur politique abattu en fait tomber d'autres, ceux de conventions qui encerclaient les deux personnages masculins. D'amateur, ils se font musiciens professionnels, se consacrent à ce qui les porte, ouvre des portes; une musique de résistance. Quant à Maya, jeune artiste-peintre de RDA, métisse de père cubain, elle est subjuguée par l'effervescence et les promesses de libération qui résonnent à chaque coup dans le mur-frontière. Elle croit aux autres formes qui s'expriment et s'impriment jusqu'à être brisée à son tour par ses angoisses ravivées et ses aspirations bafouées.

Espoirs et désespoir se mêlent dans ce roman. Cet homme et cette femme tombent en amour sans regarder la faille immense qui les sépare, la réalité qui les y précipite, lui porté par l'intensité de l'instant à vivre - l'après en confiance -, elle emportée par les crimes xénophobes qui condamnent son utopie d'un ailleurs meilleur - l'après en désenchantement. 

" La chute du mur à laquelle elle avait participé dans la liesse et sans effusion de sang avait malheureusement libéré des loups aux crocs acérés, longtemps muselés dans leurs tanières par la chape de plomb et les mensonges de la dictature. La liberté nouvelle avait ouvert la voie à des actes d'une sauvagerie inouïe et laissé libre cours aux paroles de la haine. "

Bien que tous deux idéalistes et engagés, cet écart dans le regard sur la société les conduira au point d'un départ bien que leurs consciences politiques se soient aiguisées, ensemble. Wilfried N'Sondé célèbre cet amour passionnel et douloureux, un amour comme une nouvelle terre. Il y célèbre l'incessant désir et le bouleversant émerveillement charnel, entre romantisme et érotisme.

Que Wilfried N'Sondé connait bien la ville est une évidence à la lecture. Né en République du Congo, il a grandit en France, enfance de banlieusard et adolescence de petits boulots avant d'entrer en écriture par la poésie et de suivre des études de sciences politiques. Il vit depuis une vingtaine d'années à Berlin, depuis la chute de ce mur. Ce qui ne l'a pas empêché de solliciter des témoignages pour ce roman. Qu'il pratique la musique transparaît de façon saisissante à travers ses mots, un véritable ressenti sur ce qu'elle porte, ce qu'elle donne. Un don de soi. Et un engagement. Ce que raconte Berlinoise, hommage et espérance pour une " révolution pacifique ", hymne à la liberté et aux réunifications, de corps et d'âme.

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J'avais prévu de présenter Wilfried N'Sondé en janvier, dans le cadre de mon rendez-vous francophone avec son premier roman ( paru en 2007 aux éditions Actes Sud ) Le coeur des enfants léopards, prix des Cinq Continents de la Francophonie, mais je n'ai pas résisté à la tentation de la nouvelle parution, plaisir de lecture aux tons de cette splendide photographie en couverture qui l'illustre si bien par la clarté et les transparences de ciel et d'eau, par ses couleurs sur le métal qui peuvent sembler naïves, par cette lumière qui peut être d'aube ou de crépuscule.

- Cette photographie est du jeune photographe allemand Philipp Messinger -

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- Rentrée littéraire Hiver 2015 avec Micmélo -

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Commentaires (4)

1. Micmelo (site web) 21/01/2015

Le livre n'a pas l'air très gai en revanche, mais ton article donne l'impression qu'il s'en dégage quelque chose de très humain.

2. Marilyne 22/01/2015

Très humain, oui. Et, en fait, il y a une émotion pleine de vie sur ces pages, un appel à la vie sans occulter la violence de la réalité.

3. Kathel (site web) 22/01/2015

J'avais remarqué la couverture, superbe ! Je ne suis pas sûre que j'aimerais le style (j'en ai lu quelques pages) aussi attendrai-je prudemment de le trouver à la bibliothèque.

4. Marilyne 22/01/2015

En effet, si tu l'as déjà feuilleté sans être emballée ou trop curieuse, il vaut mieux patienter, sage lectrice :-)
( repéré par le nom de l'auteur, le titre et cette photographie, impossible pour moi de le contourner ce livre :))

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