La double vie de Vermeer - L.Guarnieri

Guarnieri

- Babel 2007 ( Actes Sud 2006 )

- Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli -

Voici l'incroyable et véridique histoire de Han Van Meegeren, peintre traditionaliste né aux Pays-Bas en 1889, qui, éreinté par les critiques de son époque, décida de se venger de manière grandiose : il réalisa plusieurs faux Vermeer dont certains furent considérés par la presse comme des chefs-d'oeuvre du maître de Delft. Ce n'est qu'en 1945 que la supercherie fut découverte, quand la police saisit la collection de Goering, et que Van Meegeren fut accusé de haute trahison pour avoir vendu un Vermeer à ce maréchal du Reich nazi.

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Il est écrit Roman sur ce récit et il se lit comme tel même si le sujet est en soi suffisamment romanesque pour s’appuyer sur une documentation précise. Et ce récit, c’est autant celui du faussaire que celui du maître flamand du XVIIème sur une narration en variations autour de l’œuvre de Vermeer.

Je me suis totalement laissée prendre par cette lecture. Le procès qui suivit la découverte des falsifications des toiles ne tient qu’en quelques pages finales, ce n’est pas le propos. J’ai écrit variations parce que ce récit est comme en étoile avec au centre, au cœur, l’art de Vermeer. Les pointes de cette étoile, ce sont son histoire et les blancs dans cette histoire, la peinture hollandaise du XVIIème, l’histoire de Van Meegeren et avec lui une histoire de l’art, de la difficile et complexe évaluation de l’art, de l’authentification des toiles, et puis celle de la critique, de «  l’influente tribu des experts », et surtout celle de la valeur accordée à l’art, selon les goûts et les codes d’époques, sa valeur marchande et sa valeur patrimoniale.

Il ne s’agit donc pas d’un récit doublement «  biographique » comme pourrait le laisser supposer le titre. «  La double vie de Vermeer », si la formule peut s’entendre comme la vie du peintre du XVIIème face à celle de son faussaire, c’est aussi une réflexion sur les choix de sujets des peintures du maître de Delft et sur la reconnaissance posthume qu’il a reçue. Le parcours des toiles de Vermeer est une des branches de l’étoile de ce récit.

Une autre, c’est la passion, tout l’affectif, toute l’émotion que l’on peut ressentir face à un tableau. Et ce sont toutes ces valeurs que racontent l’auteur, tous les paradoxes également. Comme celui de retrouver sur les pages, parmi les grands admirateurs, séparés de quelques chapitres, Proust et Goering.

J’ai aimé que la narration s’attarde sur chacun de ces aspects, qui pourront paraître des digressions, de la collection du nazi à la technique particulière de Vermeer par l’étude approfondie du faussaire, entre chimie et alchimie. C’est ainsi que ce «  roman «  est également, une véritable histoire des façons, des motifs, des couleurs, des lumières du peintre. J’ai adoré cette promenade parmi les tableaux de Vermeer de Delft.

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Aiguiere

Le jeune femme à l'aiguière - 1662-1665 -

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Je n’ai pas vu l’exposition consacrée à Vermeer au musée du Louvre cette année 2017, mais j’ai eu la chance de visiter le Rijksmuseum d’Amsterdam en 2016. Nous avions été " retenus " par cette Ruelle parmi les vues des maisons de Delft.

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Vermeer la petite rue

- La ruelle - 1657-1658 -

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Nous espérions en ramener une reproduction, mais cette reproduction était de moindre qualité que celle d'une autre toile qui me fait toujours rêver. Nous sommes donc repartis avec celle du Paysage d'hiver de Hendrick Avercamp ( peintre néerlandais de la fin du XVIème siècle-début XVIIème ).

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Winter landscape with skaters by hendrick avercamp

- H.Avercamp - 1608 -

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Commentaires (8)

1. Anne (site web) 07/11/2017

C'est vrai que La ruelle, c'est magnifique. Ces noms flamands sont compliqués, n'est-ce pas c'est Vermeer de Delft ;-)

2. Kathel (site web) 07/11/2017

Intéressant ! Est-il question de son utilisation de la "chambre obscure" (camera oscura) pour peindre ses paysages ? Je sais que certains peintres flamands l'utilisaient.

3. Lili (site web) 07/11/2017

J'avais beaucoup aimé ce roman même si j'en garde un souvenir flou car je l'ai lu il y a presque dix ans. Je viens de le suggérer à mes 4e dans ma liste spéciale "Arts et littérature". On verra s'il en a inspiré certains ! Verdict juste avant Noël !

4. Marilyne 08/11/2017

@ Anne : moui ;) Vermeer de DelfT, une histoire de bleu... ( et envisager une escapade à Delft ^-^ ). Quelle finesse La Ruelle, impossible de se lasser de regarder.

@ Kathel : il en est question sans développement, justement parce que les peintres flamands en ont fait usage, une supposition pour Vermeer.

@ Lili : Oh, et bien je suis curieuse de savoir, s'il a été choisi et s'il a inspiré ( quelques passages ardus pour la technique et pour le " parcours " de certaines toiles avec le nom de tous les intermédiaires puis collections privées-musées )

5. MTG 08/11/2017

Il y a beaucoup de livres sur les peintres et leu vie, j'en ai lu parfois et toujours avec plaisir. Le sujet est inépuisable.

6. Marilyne 08/11/2017

@ MTG : c'est vrai que le sujet est récurrent, et plus ou moins heureux. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en choisissant celui-ci et je n'ai pas été déçue, c'était très intéressant d'approcher Vermeer par son faussaire !

7. maggie (site web) 11/11/2017

En allant voir l'expo, je n'ai acheté que le livre de l'expo. Ce "roman" m'intéresse donc, surtout lorsque tu dis que c'est les techniques picturales sont développées et puis pour l'évocation des tableaux de Vermeer évidemment !

8. Marilyne 12/11/2017

@ Maggie : oui, il est question des techniques d'époques, autant des couleurs, de leur fabrication à partir de pigments, ( et de ce qui n'existait pas encore ou n'était pas pratiqué au XVIIème ) que des sujets choisis et leur composition.

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