la péninsule aux 24 saisons - Mayumi Inaba

Peninsule

- Editions P.Picquier - mars 2018

- Traduit du japonais par Elizabeth Suetsugu -

Dans un paysage de mer et de falaises d'une beauté paisible, bien loin de Tôkyô, une femme en désaccord avec le monde entreprend la redécouverte d'elle-même et passe des jours heureux d'une grande douceur. 

En compagnie de son chat, elle fera durant douze mois l'apprentissage des vingt-quatre saisons d'une année japonaise. A la manière d'un jardinier observant scrupuleusement son almanach, elle se laisse purifier par le vent, prépare des confitures de fraises des bois, compose des haïkus dans l'attente des lucioles de l'été, sillonne la forêt, attentive aux présences invisibles, et regarde la neige danser.

Vingt-quatre saisons, c'est le temps qu'il faut pour une renaissance, pour laisser se déployer un sensuel amour de la vie.

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Débuter la saison nippone sur ce blog paisiblement, en finesse; saison qui se développera au fil des curiosités et de la disponibilité.

Une femme d'âge mûr , ni mariée, ni mère, prend une année de pause, isolée dans la petite maison de vacances qu'elle s'est achetée des années auparavant dans la presqu'île de Shima, à cinq heures de distance de Tôkyô, une région de marais, de forêt et de falaises qui l'a attirée dès son premier voyage bien qu'elle soit originaire d'une autre province, un pays de plaines. Ce séjour durera un peu moins de douze mois, comme une transition, sans lecture possible, une intériorité nécessaire tournée vers l'extérieur.

Le calme qui imprègne les endroits au bord de la mer, surtout si une forêt les entoure, est d'une nature particulière. [...] D'un côté, tout était vert, de l'autre, le bleu indigo de l'eau. "

Le titre reprend un calendrier à l'ancienne : A Tôkyô, j'utilise un calendrier de douze mois, mais ici, j'en ai accroché un au mur qui met en valeur les vingt-quatre moments des saisons de l'année. Chaque mois est divisé en deux avec une couleur différente. En petites lettres, on indique les particularités de chacune des saisons et ce qu'il convient de faire. [...] Ces saisons qui arrivaient tous les quinze jours étaient comme des gares où on montait et descendait. Telle petite gare montrait soudain son visage quand on changeait le changement de l'air. "

Cette maison et la péninsule forment un refuge - une cachette - à l'heure où, nous en prenons conscience en accompagnant cette femme au fil de la lecture, elle accepte peu à peu sa vieillesse approchante, répond aux questions que ce vieillissement lui pose quant à la suite de sa vie.

" Une seule journée suffisait pour que je me sente purifiée par le vent qui me pénétrait. Cette journée, parfois une semaine en été où je m'échappais de Tôkyô, créait un temps de repos teinté de mystère. Dans mon bureau, le répondeur faisait savoir que j'étais absente. Je ratais peut-être quelque chose d'important [...], mais par ailleurs je goûtais pleinement la joie que m'apportais précisément le fait d'être absente. Il est possible que cette joie m'ait donné l'envie de vivre quelques temps dans la péninsule, comme un prolongement de cette plénitude. "

Je me suis attachée à ces heures, à cette densité discrète, je pourrais écrire secrète, une respiration. La narratrice de ce roman, à la façon d'un journal, raconte son quotidien, cette fuite loin de la ville pour un temps, ce nouvel espace qu'elle s'approprie, qu'elle se construit, jour après jour. Elle revient sur ce qui faisait sa vie à Tôkyô, sur cet environnement dont elle pensait ne pouvoir se passer - Il y avait un monde fou, la vie était palpable - ". Il s'agit d'une re-connaissance plutôt que d'une renaissance.

Par touches teintées de réflexions, entre les rencontres-discussions et les balades vers les estuaires et dans la forêt - avec un beau long passage sur la forêt, son histoire dans l'Histoire, celle des contes, celle des femmes, son esprit -, s'égrennent les périodes de vie d'avant. Pour autant le propos n'est ni nostalgique, ni idyllique quant à un retour à la nature. Si les excès de la société de consommation sont condamnés, la nature n'est pas présentée comme le jardin d'Eden. Irréductible, c'est un lieu de luttes autant que d'attentions nécessaires, l'endroit où pullulent les insectes de l'été et les décharges sauvages, lieux morbides.

Chaque matin, au rez-de-chaussée de l'immeuble, je découvrais les dizaines de publicités jetées dans ma boite au cours de la nuit, dépliants et prospectus. Tous les jours, toutes les nuits, ces papiers que quelqu'un venait déposer dans la boite aux lettres m'obligeaient à me représenter un monde qui un jour disparaîtrait enseveli sous les déchets. "

Dans cette vie bucolique - que certains qualifieraient de contemplative, que je nommerai méditative - , il y a des vies qui se croisent, des histoires de femmes, la mère - diminuée accrochée à la rembarde de la terrasse qui contemple avec un tel bonheur les lucioles lors de ses visites auxquelles elle ne renonce pas malgré son handicap - et le regard de sa fille sur elle, il y a l'amie perdue, les amours passées; et il y a les habitants de la péninsule, établis ou vacanciers, leurs choix de vie.

Chacun vivait selon ses critères, sans prétention, à son échelle. Tous étaient étrangers au pays, ils y étaient pour une génération.[...] Peu ou prou, les gens venus s'intaller ici ont tous laissé quelque chose derrière eux."

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Selon le site Vivre le Japon :

LA PÉNINSULE DE SHIMA-HANTO, SITUÉE À 150 KILOMÈTRES AU SUD-EST DE KYOTO, FAIT PARTIE DES 34 PARCS NATIONAUX DU JAPON. ELLE EST AUSSI CÉLÈBRE POUR LE SANCTUAIRE ISE-JINGU ET LA CULTURE DE LA PERLE QUE POUR LA DIVERSITÉ DE SES PAYSAGES.

Le parc national d’Ise-Shima s’étale sur plus de 55 000 hectares, au nord-est de la péninsule de Kii(préfectures de Wakayama, Nara, Osaka et Mie), réputée pour sa richesse spirituelle. Il comprend les villes d’Ise, de Shima ou encore de Toba. Un vaste territoire qui se caractérise tant par ses forêts à l’intérieur des terres, que par son littoral composé de nombreux rias, d’anciens lits de fleuves inondés par la mer qui forment aujourd’hui une côte très découpée, propice à la culture des perles.

Peninsule shima

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Peninsule rocher

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Pour ceux qui l'aurait lu, Mayumi Inaba est l'auteure du 20 ans avec mon chat ( Picquier Poche 2016 )

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Commentaires (8)

1. Aifelle (site web) 07/07/2018

Une blogueuse disait s'être ennuyée à la lecture de ce livre. Apparemment, ça n'a pas été ton cas et il me tente depuis sa sortie.

2. Lili (site web) 07/07/2018

Il m'a furieusement fait de l’œil en librairie, ce roman, et puis j'ai hésité et ai été raisonnable. Ce que tu en dis et les extraits que tu cites confirment que ce roman est fait pour moi ! Je ne le loupe pas la prochaine fois que je le déniche :D

3. Marilyne 07/07/2018

@ Aifelle : il me tentait trop aussi depuis sa parution :) . Je peux comprendre le sentiment d'ennui, il n'y a pas d'intrigues, un récit comme au jour le jour, avec des retours dans le passé et des descriptions. Je savais quoi m'attendre et c'est ce que j'attendais. Et puis, il est dit beaucoup a travers les discussions, rencontres, promenades, sur nos choix, notre société, et l'intime.

@ Lili : j'ai craqué pour toi ;) . Et il irait bien avec tes vacances, un temps de pause.

4. Annie (site web) 09/07/2018

Il y a quelques années, j'ai vécu à une toute petite échelle une aventure comme celle-ci : j'en garde un merveilleux sentiment de plénitude que je n'ai pas retrouvé depuis. Inutile de te dire que je vais lire ce livre et te remercie de l'avoir si bien signalé !

5. maggie (site web) 09/07/2018

J'aime beaucoup ce que tu dis de cet auteur. Je note, et la couverture a l'air d'aller très bien avec l'histoire...

6. yuko (site web) 10/07/2018

Le mois asiatique commence bien ;)

7. Marilyne 12/07/2018

@ Annie : je t'envie cette aventure. Même si je peux me considérer comme "urbaine " par mon goût pour une certaine vie culturelle ( et par les cocktails en terrasse :)), il y a toujours dans un petit coin de ma tête un rêve de cette échappée, comme le dit l'auteure un refuge au rythme des saisons. Et c'est exactement ce que j'imagine cette plénitude en toute simplicité.

8. Marilyne 12/07/2018

@ Maggie : je reconnais que l'illustration de couverture a attiré mon regard . Une lecture très agréable.

@ Yuko : merci. Le ton va se durcir, j'ai terminé un recueil de Mishima...

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