Le chef d'oeuvre inconnu - Balzac

Balzac

- Réédition Folio novembre 2017 -

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Ce petit livre m'a sauté dans les mains tout pimpant de ses couleurs de couverture, tout frais de sa réédition, lors d'une visite à la librairie du Louvre ( où l'histoire ne racontera pas mon addiction à cette librairie ). J'avais approché ce texte par quelques extraits qui m'avaient interpellée sans que je prenne la peine de chercher cette nouvelle ( une quarantaine de pages ) dans son intégralité.

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu Balzac dont je n'avais jamais lu de nouvelles. Je comprends que celle-ci soit si connue. Elle présente une véritable réflexion sur l'art et la création artistique en général, la peinture en particulier; et elle est un hommage également au dessin autant qu'à la littérature, à la " fiction " qui donne à voir la réalité. 

Cette nouvelle se lit aux frontières du conte fantastique ( notamment dans le portrait de Frenhofer ), du romantisme, nourrie de références artistiques et mythologiques. Il y a du Faust dans ce récit.

Le contexte, c'est le XVIIème siècle. Un tout jeune et miséreux artiste rencontre par l'intermédiaire d'un peintre renommé, Porbus, un maitre, " un fou de peinture " : Frenhofer Peintre sublime. Le vieil homme peint depuis dix ans l'oeuvre de sa vie. Sa quête d'absolu, son obsession d'une perfection dans la représentation qui saisirait parfaitement la vie, le moindre souffle de vie, l'entraîne vers la folie et la destruction de son tableau magistral, d'abord par les retouches successives.

Ma peinture n'est pas une peinture, c'est un sentiment. " [...] " Frenhofer était-il raisonnable ou fou ? Se trouvait-il subjugué par une fantaisie d'artiste, ou les idées qu'il avait exprimées procédaient-elles de ce fanatisme inexprimable, produit en nous par le long enfantement d'une grande oeuvre ? "

Cette quête du souffle de vie sur la toile est portée par le souffle narratif de Balzac, les réflexions, les scènes, les descriptions qui rendent l'impérieux, le passionnel. C'est de conception de la peinture, de l'art, que nous parle Balzac; de ce qu'est l'artiste, de sa vocation.

" La mission de l'art n'est pas de copier la nature mais de l'exprimer ! Tu n'es pas un vil copiste mais un poète ! "

Cette édition est généreusement accompagnée d'une préface et de notes d'Adrien Goetz. Les notes sont particulièrement intéressantes - historiques, artistiques et littéraires - ainsi que la chronologie-biographie orientée sur " Balzac et les arts ", mettant en parallèle le parcours de Balzac et les oeuvres de son temps, soulignant sa relation à l'art, ses relations aux artistes.

Avec la préface, j'ai appris que " ce petit livre - qui a fait pleurer Cézanne - a été illustré par Picasso ". J'aimerai beaucoup voir cette édition !

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Le jeune homme éprouvait cette sensation profonde qui a dû faire vibrer le coeur des grands artistes, quand, au fort de la jeunesse et de leur amour pour l'art, ils ont abordé un homme de génie ou quelque chef-d'oeuvre. Il existe dans tous les sentiments humains une fleur primitive, engendrée par un noble enthousiasme qui va toujours faiblissant, jusqu'à ce que le bonheur ne soit plus qu'un souvenir et la gloire un mensonge. Parmi nos émotions fragiles, rien ne ressemble à l'amour comme la jeune passion d'un artiste commençant le délicieux supplice de sa destinée de gloire et de malheur, passion pleine d'audace et de timidité, de croyances vagues et de découragements certains. A celui qui, léger d'argent, qui, adolescent de génie, n'a pas vivement palpité en se présentant devant un maître, il manquera toujours une corde dans le coeur, je ne sais quel touche de pinceau, un sentiment dans l'oeuvre, une certaine expression de poésie. Si quelques fanfarons bouffis d'eux-mêmes croient trop tôt à l'avenir, ils ne sont gens d'esprit que pour les sots. A ce compte, le jeune inconnu paraissait avoir un vrai mérite, si le talent doit se mesurer sur cette timidité première, sur cette pudeur indéfinissable que les gens promis à la gloire savent perdre dans l'exercice de leur art, comme les jolies femmes perdent la leur dans le manège de la coquetterie. L'habitude du triomphe amoindrit le doute, et la pudeur est un doute peut-être. "

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Commentaires (14)

1. MTG 13/01/2018

Encore un auteur classique que j'ai zappé totalement. Je ne savais pas qu'il avait écrit des nouvelles. Je trouve le titre très accrocheur !

2. Gwenaelle 13/01/2018

Mais il me le faut absolument, ce petit livre! :-)

3. Niki 13/01/2018

Conseillé par mon cours de littérature

4. Autist Reading (site web) 13/01/2018

Pffffffffffff, si en plus, tu me donnes envie de lire des classiques, je ne vais plus m'en sortir !!!

5. Bonheur du Jour (site web) 14/01/2018

Je ne connais pas du tout cette nouvelle de Balzac ! Mais certainement à découvrir - et il faudrait que je mettre Balzac à mon programme de relecture.
Bon dimanche !

6. Marilyne 14/01/2018

@ MTG : il a tant écrit ! J'en suis restée aux romans célèbres, quelques uns, alors ce petit folio, c'était l'occasion parfaite ( bien d'accord pour le titre. Et l'image de couverture aussi :))

@ Gwenaelle : oh que oui, j'ai pensé à toi en lisant !

@ Niki : si ça ce n'est pas du bon prétexte ;-)

7. Marilyne 14/01/2018

@ Autist Reading : Oups. M'enfin, il est tout petit... ( je crois qu'il faut admettre l'idée que nous ne nous en sortirons jamais :-D )

@ Bonheur du jour : Bienvenue, merci de votre commentaire. Je crois que relire les classiques, c'est toujours l'occasion de découvertes, le programme est sans fin :)

8. Lili (site web) 14/01/2018

Je l'ai acquis tout récemment aussi mais dans l'édition du Livre de Poche qui est beaucoup moins engageante en terme de graphisme !
Je ne l'ai toujours pas lu par contre...

9. maggie (site web) 14/01/2018

Il faut que je le relise... Pour l'instant, j'ai lu Pierre Grassou de Blazac sur le thème de la peinture mais c'est l'antithèse de Frenhofer ! J'adore la citation : "tu n'es pas un vil copiste mais un poète"

10. Saxaoul (site web) 14/01/2018

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas lu un auteur classique. Je me fais souvent la réflexion mais je n'arrive pas à m'y mettre. L'attrait de la nouveauté, c'est terrible....

11. keisha 15/01/2018

Nouvelles je n'y avais pas pensé, en tout cas Balzac a écrit du court aussi! ^_^

12. Marilyne 15/01/2018

@ Lili : je suis d'une grande faiblesse devant ces petits folio ;-) J'aimerai bien que tu le lises, partager nos lectures.

@ Maggie : et encore un titre que je ne connais pas ! Bon, il faut que je me penche sur les nouvelles de Balzac !

@ Saxaoul : oui, il faut franchir le pas, sans à priori, pour y revenir. Et choisir par goût, je crois, pour le thème ou l'écriture, sans se dire " je lis un classique ". Fureter en librairie entre les nouveautés :)

@ Keisha : ce fut une découverte que Balzac a écrit du court, et, évidemment, il en a écrit beaucoup ;)

13. Tania (site web) 19/01/2018

Ton billet me rappelle que pour une fois, c'est le cinéma qui m'a menée à la lecture : c'est après avoir vu "La belle noiseuse" de Rivette, avec Emmanuelle Béart dans le rôle du modèle et Piccoli dans celui du peintre, que j'ai eu envie de lire cette nouvelle. Merci pour l'extrait.

14. Marilyne 23/01/2018

@ Tania : c'est rassurant que constater ces échanges entre livres et cinéma. J'ai lu dans les notes qu'à l'origine le nom du modèle était La belle noiseuse et que finalement Balzac l'a changé.

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