Le miel du lion - Matthew Neill Null

Le miel du lion

- Albin Michel - Terres d'Amérique - mai 2018 -

- Traduit de l'américain par Bruno Boudard - 

1904, Virginie-Occidentale. Des dizaines de milliers d'hectares de forêt sont réquisitionnés pour le compte d'une compagnie industrielle sans foi ni loi. Pour des raisons qu'il veut garder secrètes, Cur Greathouse a fui la ferme familiale et rejoint les rangs des « Loups de la forêt », ces bûcherons venus des quatre coins du monde dans l'espoir d'une vie meilleure. Mais face à la dureté du quotidien, ils s'organisent en un syndicat clandestin, et tandis qu'une grève se prépare, Cur doit choisir : mener la rébellion ou trahir ses camarades.

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Après la passionnante rencontre avec le jeune auteur américain Matthieu Neill Null en librairie lors des Assises du Roman à Lyon, j'avais furieusement envie de lire son roman Le miel du lion. J'ai écrit un compte-rendu de cette rencontre ICI, je vous y renvoie pour le contexte de ce roman. L'entretien, même sans lecture, est très intéressant, un autre regard sur ( l'histoire de ) l'Amérique, aux résonnances contemporaines, au ton juste ( dans tous les sens du terme ).

Et le moins que je puisse écrire, c'est qu'il s'agit bien d'un premier roman réussi, à la fois fluide à la lecture et dense, d'une véritable épaisseur quant aux personnages, toute une galerie, et aux sujets soulevés par le récit; un récit détaillé qui sait se garder des clichés comme des facilités mais bien pointer la complexité des situations et des hommes, sans compromis, le propos précis, documenté sans négliger la verve romanesque ni l'épilogue, rien de démonstratif. Pour tout dire, je l'ai dévoré sans croiser la moindre petite déception, alors que je ne lis pas tant que ça ce type de littérature. 

Et l'auteur témoigne d'un véritable sens de la description. Une belle prose qui se mêle au mots crus, au réalisme. De l'âpre, du coléreux, du viril, et de la nature. L'écriture est tellement visuelle qu'elle en est cinématographique.

Le texte de quatrième de couverture limite plus qu'il ne résume ce roman; un roman social, un roman noir, un roman historique, un roman écologique. De nombreux personnages se croisent, dressant un tableau américain en triptyque, le premier celui de ces travailleurs ruraux et de la région, le second celui d'une Amérique de l'industrialisation et de l'immigration, italienne, mais aussi des pays de l'Est, le troisième celui des financiers et décideurs - juges et sénateurs -, ailleurs, dans le monde urbain, au Nord.

" - T'es mon pote ? Très bien. Tu vois les épicéas qui sont encore debout, là-haut ?

Une trâinée de forêt violine près de la crête, enveloppée d'arbres abattus et de brousailles, eux-mêmes entourés de salsepareille, tel le pus autour d'une plaie.

- D'ici un mois, ça fera plus de papier que tu pourrais en lire de toute ta vie, si t'es du genre à lire. On dit que les villes de Baltimore et de Washington lisent cent arpents de peupliers chaque matin en prenant le petit-déjeuner. T'y crois, toi ? "

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L'assemblage segmenté de voitures craquait comme un serpent articulé de métal. Ici, un paysage saccadé composé de traverses créosotées, de troncs d'arbres morts et de brousailles, d'amas de salsepareille suffisamment profonds pour engloutir une chapelle de campagne. Là, une grappe de corbeaux chahuteurs qui ricanaient dans un cèdre jouxtant les rails. Pour une raison inexpliquée, il avait été oublié; pas la moindre morsure de hache sur son tronc. Un scieur tendit la jambe, lançant hors du convoi une chaussure usée qui laissa dans les branches un trou palpitant et fit frissonner l'arbre. Les oiseaux s'égaillèrent comme s'ils avaient été rappelés au ciel. "

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La photographie en couverture est issue des archives qu'a consulté Matthew Neill Null pour écrire ce roman.

- Le billet enthousiaste de Keisha-

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Commentaires (12)

1. Anne (site web) 10/09/2018

Je me sens prise de vertige devant tous ces romans que j'ai envie de lire et que je n'aurai jamais le temps de savourer...

2. Marilyne 10/09/2018

@ je connais bien ce vertige, et je fais des p'tites piles... Bientôt Festival America ;)

3. Autist Reading (site web) 10/09/2018

J'avais repéré ce roman qui a été longuement discuté au sein du Picaboo River Club. Même si comme Anne, je cours après le temps (de lire, entre autres), je me garde ses références bien en tête pour le lire un peu plus tard...

4. maggie (site web) 10/09/2018

Déjà Keisha m'avait donné envie de le lire ! c'est noté :-)

5. Marilyne 10/09/2018

@ Autist Reading : oui, je me souviens, ce qui m'a motivée pour la rencontre et je ne le regrette pas. La publication poche peut être une prochaine occasion pour lire un peu plus tard. Lentement mais sûrement, telle est devenue ma devise , comme tu peux le constater pour ce roman ;-)
( j'ai posé sur ma pile un E.M.Remarque pour un jour prochain... ^-^ )

@ Maggie : ah, ah, je confirme la recommandation de Keisha, tu ne peux plus résister :D

6. keisha 11/09/2018

Le sujet n'est a priori pas glamour (des bûcherons?) mais il faut lire ce roman, hélas j'ai l'impression qu'on en a peu parlé sur les blogs (ravie de ton billet!)

7. Kathel (site web) 11/09/2018

J'ai beaucoup aimé entendre l'auteur, j'ai remis la lecture à plus tard, ce sera sans doute pour la sortie en poche.

8. Marilyne 11/09/2018

@ Keisha : et toujours d'actualité ce roman : j'ai lu dans Courrier International que fin août Trump était en Virginie Occidentale où il annonçait des mesures pour la reprise des usines à charbon, révisant les mesures environnementales du Clean Poser Act d'Obama. ..

@ Kathel : oui, la sortie poche est souvent l'occasion de revenir vers les livres que l'on a notés.

9. yuko (site web) 11/09/2018

Je suis contente de lire ton avis sur ce roman même si j'avoue que ce n'est pas le genre de livre que j'ai envie de découvrir en ce moment...

10. Marilyne 12/09/2018

@ Yuko : je suis bien placée pour savoir que nous avons tous nos périodes de lecture ;)

11. Annie (site web) 16/09/2018

Je me souviens très bien de ton article et je m'étais dit que je devais lire ce livre. Celui-ci est donc une piqure de rappel bienvenue. Merci !

12. Marilyne 16/09/2018

@ Annie : une parution poche sera peut être l'occasion. C'est vrai que contextualise par la rencontre, la lecture à pris tout son sens.

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