Compagnie K - William March

Compagniek

- Editions Gallmeister -

- Traduit de l'américain par Stéphanie Levet -

Décembre 1917. Une compagnie de l'US Marines Corps débarque en France et est envoyée au front. Pour la première fois, les hommes de la Compagnie K découvrent la guerre : attaques de nuit, balles qui sifflent, obus qui explosent, ordres absurdes, grondement de l'artillerie, tentation de déserter. Les cent treize soldats qui composent cette compagnie prennent tour à tour la parole pour raconter leur guerre, toutes les guerres. L'un après l'autre, ils décrivent près d'un an de combats, puis le retour au pays pour ceux qui ont pu rentrer, traumatisés, blessés, marqués à jamais par ce qu'ils ont enduré.
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Soufflée. Essouflée. Magistrale démonstration, à la fois humaine et littéraire. A propos de la guerre, n'importe quelle guerre, tout est dit dans ce livre. Tout. Jusqu'à la prochaine.

Il aura fallu attendre 2013 pour que ce roman écrit en 1933 - premier roman en témoignage, inspiré par l'expérience vécue par l'auteur, soldat américain durant la Première Guerre Mondiale - soit traduit en français.

Roman choral avec ses pas moins de cent treize voix qui ( nous ) racontent en narrations chronologiques. A la façon d'un reportage, des récits très courts donnant la parole à chaque homme pour un souvenir qui peut sembler anecdotique, toujours significatif, et le pire, c'est que quelques uns arrachent une misérable grimace de sourire triste. L'armée, la guerre, l'histoire personnelle se mêlent, les hommes se croisent : de la caserne d'instruction aux Etats-Unis avant l'embarquement aux tranchées françaises entre 1917 aux années 20 du retour avec les " bleus ", les vétérans, les gradés. A chacun son moment et ses mots face à ceux des discours sur le patriotisme, l'honneur et le courage; à chacun ses convictions perdues ou confirmées qui se rencontrent ou se confrontent, ses défaillances et ses questions en mémoire. Mémoires, d'outre-tombe parfois, de la peur, de la douleur, de l'obéissance aux ordres - tous les ordres -, de la faim, du froid et de la crasse, des massacres des combats de baïonnettes, d'obus et de gaz, de la propagande et des femmes, des blessures et de la folie, de l'absurde et de la détresse.

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" Mais il a ouvert les bras devant le champ de bataille détrempé, devant les barbelés emmêlés, devant les arbres calcinés plantés comme des chicots dans une mâchoire décharnée.

- Dis-moi ce que je dois faire, il a répondu. Dis-moi ce que je dois faire si tu le sais ! ...

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à pleurer... "

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"J'ai continué d'arroser le talus d'un bord à l'autre, selon les consignes... Tout ce en quoi on m'a appris à croire sur la miséricorde, la justice et la vertu est un mensonge, je me disais... Mais le plus gros mensonge de tous, c'est la phrase " Dieu est amour ". C'est vraiment le mensonge le plus terrible que l'homme ait jamais conçu.

[... ] - Allez! Allez ! le sergent Dunning a crié. Ce que vous pouvez me faire suer, les gars. Personne va rien dire du tout : tout le monde va obéir aux ordres bien gentiment, et vous allez prier et chanter les psaumes, et de votre plein gré encore ! Allez, il a répété, on est partis. "

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Un tableau vivant de la guerre, de tout ce qui meurt, en kaléidoscope sombre qui ne joue pas sur le noir et blanc. Il s'agit bien d'un bourbier. Sous les mots, les soldats sont rendus à la vie, à leur vie, des personnes et des personnalités. Et c'est aussi ce qui est saisissant lors de cette lecture, cette parfaite cohérence et limpidité de la lecture sur ce contexte éprouvant en variations de tons, en quelques lignes de descriptions si évocatrices. L'écriture est directe, presque factuelle, sans pathos apparent. Et pourtant, ce roman, c'est à la fois un chant funèbre et un cri d'alarme.

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- Soldat Oswald Pollard -

" Je vais vous raconter un truc drôle : en septembre, un gars de la 4ème section du nom de Fallon a perdu le ciboulot. En plein tir de barrage, il est monté sur le parapet et il y a plus eu moyen de le faire redescendre. On a essayé de lui parler, de le forcer à revenir, mais il n'en démordait pas.

- Je veux me faire tirer dessus, il répétait. Je sais très bien ce que je fais. Je veux me faire tirer dessus - je me suicide, vous comprenez !

Alors Pig Iron Riggin a sorti son pistolet et l'a braqué sur la tête de ce gars, Fallon.

- Si t'arrêtes pas de te suicider tout de suite, je te tue aussi certain que deux et deux font quatre ! Il a crié.

Aussitôt, Fallon est devenu blême et il s'est mis à pleurnicher. Il a sauter dans la tranchée, il s'est jeté à genoux.

- Non ! il a dit. Me tuez pas, je vous en supplie... "

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- Lu par In Cold Blog, Sandrine - Lisez-le également. Si vous le souhaitez, mon exemplaire devient un livre voyageur.

Ce roman est présenté par l'éditeur comme " l'équivalent " américain de l'allemand A l'Ouest rien de nouveau de Erich Maria Remarque. Oui. Pour la Grande Guerre. Je me permets de citer deux autres titres de la même puissance évocatrice, de la même densité, du même engagement profondément humain sans rien n'occulter : l'australien Le vin de la colère divine de Kenneth Cook ( guerre du Vietnam ) et l'allemand Sous les bombes de Gert Ledig ( Deuxième Guerre Mondiale - traduit également tardivement ). Parce que tous ces livres, s'ils témoignent du conflit auquel a survécu leur auteur, sont des textes qui dépassent leur contexte historique pour dire leur horreur de la guerre, l'horreur de la guerre.

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Commentaires (15)

1. In Cold Blog (site web) 10/01/2014

Bon, ben à cause de toi, voilà deux titres supplémentaires qui viennent grossir ma wishlist (je dirai grâce à toi quand je les aurais lus) :)

2. Anne (site web) 10/01/2014

Tu penses bien que je l'ai déjà, mais pfff malgré mes velléités, j'ai plein de fers au feu (pour lesquels je suis hyper-motivée) et les lectures 14-18 sont un peu en file d'attente... Tu peux te moquer !

3. Sandrine (site web) 10/01/2014

Je viens de récupérer un livre roumain sur la Grande Guerre (après le tchèque...). Je sature un peu avec les français alors je vais voir un peu ailleurs... J'espère pouvoir trouver le temps de parler de tout ça sur mon blog, mais il y en a vraiment des masses...
(il faut taper pas moins de 10 chiffres -dont 2 flous- pour le code capcha !)

4. Aifelle (site web) 11/01/2014

Je l'ai noté chez I.C.B. Je le lirai, mais pas tout de suite.

5. keisha 11/01/2014

Je l'ai lu z'aussi (grâce aux mêmes tentateurs)et bien sûr ai été frappée par ce livre (mais tant de temps pour le traduire!)
Pour le capcha, ouais, mais heureusement les chiffres c'est un poil mieux que les lettres brouillées...) Suite à tes malheurs récents, je te pardonne de nous flanquer une barrière!

6. Marilyne 11/01/2014

@ In Cold Blog : je peux tout expliquer :-D
( et qui m'a convaincue de lire " Compagnie K " alors que je venais de publier la chronique de " Sous les bombes " ??? Grâce à toi, donc :))
@ Anne : hé, hé, la lectrice qui met les fers au feu plus vite que son ombre ;)
@ Sandrine : intéressantes ces lectures d'Europe de l'Est.
( navrée que ce système de codes te gêne mais je le préfère à la modération des commentaires et comme le souligne Keisha, je suis en mode protection. Si il y a du flou, tu peux cliquer sur la flèche qui tourne pour qu'un autre code te soit proposé )
@ Aifelle : oui, oui, noté ET souligné ^^
@ Keisha : il me semblait bien l'avoir vu par chez toi ( c'est un Gallmeister quand même ;))
( je préfère aussi les chiffres aux lettres, merci pour le pardon :))

7. jerome (site web) 11/01/2014

emprunté et rendu à la médiathèque sans même l'avoir ouvert. Honteux ça madame ! Je vais le réserver à nouveau...

8. Marilyne 11/01/2014

@ Jérôme : Oui monsieur, il va falloir remédier ( peut-être aviez-vous emprunté trop de titres cette fois là ^^ )

9. clara (site web) 11/01/2014

Un superbe roman !!!!!je confirme!

10. Marilyne 12/01/2014

@ Clara : à l'unanimité ! Heureusement qu'il a été enfin traduit !

11. Manu (site web) 12/01/2014

Il semble que ce livre soit l'incontournable sur la guerre 14-18. Je ne dirais pas non à un prêt si on se croise au salon du livre, peut-être ?

12. lounima (site web) 12/01/2014

Avec un tel avis, difficile de passer à côté. Du coup, bien entendu, je note !!

13. Marilyne 13/01/2014

@ Manu : quelle bonne idée :)
@ Lounima : incontournable...

14. Dominique (site web) 17/01/2014

il est sur mon étagère sagement en attente car j'alterne un peu les genres de lectures, le Ledig je l'ai noté grâce à toi

15. Marilyne 17/01/2014

@ Dominique : ce livre est patient, il a attendu tellement longtemps sa traduction en français... ( je crois que " Sous les bombes " est encore plus éprouvant du fait qu'il se déroule sur un temps très court )

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