La malédiction des colombes – Louise Erdrich

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- Albin Michel – Terre d’Amérique -

- Traduit de l'américain par Isabelle Reinharez -

Depuis toujours, la petite ville de Pluto, Dakota du Nord, vit sous « la malédiction des colombes » : les oiseaux dévorent ses maigres récoltes comme le passé dévore le présent. Nous sommes en 1966 et le souvenir de quatre innocents lynchés cinquante ans auparavant hante toujours les esprits. En écoutant les récits de son grand-père indien qui fut témoin du drame, Evelina, une adolescente pleine d’insouciance, prend conscience de la réalité et de l’injustice…

Quel roman !

Un roman polyphonique et dense qui raconte l’Histoire, celle des colons et des Indiens, celle de l’injustice et du métissage. Densité du récit, densité des personnages, un texte fort, émouvant, drôle parfois, tant les protagonistes souvent haut en couleur prennent vie à travers ligne.

Louise Erdrich relate cinquante ans d’histoire de l’Amérique, du début du siècle aux années soixante, en s’installant dans la petite ville de Pluto, accolée aux terres de la réserve des Indiens Chippewa dans ce Dakota du Nord frontalier avec le Canada, dans laquelle les vies se croisent et se mêlent.

Rythme narratif hypnotique, profondeur et richesse de ce récit qui s’attarde sur le passé des familles fondatrices liées par une tragédie dont chacun porte le secret et la culpabilité au delà de la génération impliquée.

 » L’histoire que Mooshum nous raconta eut ses répercussions – la première étant que je ne pus plus regarder personne tout à fait de la même façon. Je devins obsédée par les filiations. Arrivée presque au bout de mon petit journal intime à couverture léopard ( dont la clé était inutile, mon frère ayant cassé le fermoir ), je notai tout ce que je pouvais me rappeler du récit de Mooshum, et puis les membres des familles de tous ceux que je connaissais – parents, grands-parents, en remontant très loins dans le temps. Je retraçai le passé familial des meurtres à travers mes camarades de classe et mes amis, jusqu’à ce que je puisse dessiner des toiles d’araignées compliquées formées de lignes et de cercles qui s’entrecoupaient. « 

 » Il n’y a rien de ce qui arrive, rien, qui ne soit ici relié par le sang. « 

Histoire collective, histoire individuelle, les récits enchâssés des aventures, des coutumes et des mentalités explorés et dévoilés par des voix métissées disent à la fois la ville qui naît et se meurt, la folie de conquêtes, la folie religieuse, la folie amoureuse. Mémoires en kaléïdoscope qui ne renoncent pas à la magie. Lumière divine et ténèbres terrestres se partagent les signes du destin. Tragi-comédie comme toute histoire humaine, c’est tout un monde que Louise Erdrich met en scène avec un épilogue et une écriture à la hauteur de cette fresque magistrale.

 » Le contemporain de Burton, Francis Bacon, avait la conviction que seule la Justice pouvait faire de l’homme un dieu pour l’homme et non un loup. Mais quelle est la différence entre l’influence de l’instinct sur un loup et de l’histoire sur un homme ? Dans les deux cas, la justice est la proie de rêves inconnus. « 

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