Tuer, ne pas tuer - Tchinguiz Aïtmatov

Taitmatov

- Editions des Syrtes - 2005 -

- Traduit du russe par Pierre Frugier -

La question essentielle que, sans relâche, pose l'écrivain, est celle des relations entre l'homme et le monde, et ses héros sont les porteurs d'un destin universel. Commencé il y a vingt cinq ans et terminé en 2005, Tuer, ne pas tuer est un hymne à la vie, à l'humanisme et à la paix.

.

Tchinguiz Aïtmatov était pour moi l'auteur de ce beau roman d'amour qu'est Djamilia ( écrit en kirghiz ). Sans la curiosité de Demoiselle Mina, il le serait resté. Quand elle m'a présenté ce récit publié aux éditions des Syrtes ( ce qui ajouta au plaisir de la découverte ), je n'ai pu que souhaiter le dénicher pour l'accompagner pour cette lecture. C'est également ainsi que nous avons lu la bibliographie de cet auteur. Au moins de deux de ses titres traduits en français sont encore disponibles : Il fut un blanc navire en Libretto des éditions Phébus et Adieu Goulsary aux éditions du Rocher.

Le titre de ce récit est évocateur : il s'agit bien d'une réflexion sur les destins et choix humains ainsi que d'un pamphlet contre la guerre, sans discours; un récit court aux allures de fable, moins d'une centaine de pages, presque une nouvelle, aussi éloquente que le titre. 

Quelle maîtrise narrative sous la plume fluide et pointue ! T.Aïtmatov nous confronte aux ravages de la guerre sans nous précipiter dans les combats. Tuer, ne pas tuer est un texte redoutable qui nous entraîne vers ceux de l'âme soumis à la dictature politique de la violence humaine après avoir consacré les premières pages, sans la moindre présence humaine que le regard d'un pilote, aux saccages des combats sur la terre " dans les contrées abandonnées par les oiseaux ".

Au fil de la lecture, le contexte se précise avec les mots Moscou, Staline, avions nazis. J'écris un récit aux allures de fables, ce pourrait être de roman d'apprentissage puisque T.Aïtmatov choisi pour personnage un naïf jeune homme, un simple jeune homme - un niais, un moine et un jeune bleu - et sa modeste vie de 19 ans interceptée par l'histoire soviétique sans que son histoire relatée soit encore celle d'un soldat.

En quelques pages, T.Aïtmatov raconte ce qui déchire, les sentiments et la conscience. De Moscou, Serge Vorontsov espérait des études. Mais il quitte la région de son enfance, de la chaude Asie du bassin de la Volga, pour embarquer dans un train militaire qui l'amène au front. C'est ce voyage en souvenir d'avant et du départ que nous lisons jusqu'aux dernières pages, aux accents tragiques par leur force, qui nous renvoient à l'absurde dilemme lorsque Serge se remémore une conversation avant son départ entre ses parents :

Les parents, le père et la mère faisaient maintenant pitié, la mère voulait qu'il ne tuât personne, et le père qu'on ne le tuât pas, et c'est pourquoi il exigeait qu'il tuât les ennemis. ". 

" On ne sait que répéter ça, tue, tue ! Les ennemis nous amènent la mort, et nous aussi, mort aux ennemis ! Et comment alors vivre après sur terre, seuls des tueurs resteront sur terre ? Voilà ce que je voulais dire, et tu penses que je ne comprends pas, si tu ne tue pas, alors on te tue, et sinon tu es un assassin. "

Fausse simplicité du personnage à l'image de la fausse simplicité de l'écriture. Et ses mots ordre, devoir qui m'ont rappelé la lecture de L'Obéissance de François Sureau.

.

A propos de l'auteur : Né en 1928, écrivain de langue kirghize et russe, Tchinguiz Aïtmatov s'impose à partir de 1958 par la publication de " Djamilia " qui enthousiasma Louis Aragon. Plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature, élu à l'Académie européenne des sciences, des arts et des lettres de Paris et auteur parmi les plus lus dans le monde, Tchinguiz Aïtmatov est mort le 10 juin 2008 à Nuremberg.

*

Commentaires (1)

1. Mina (site web) 26/06/2015

Très bel article. Je n'avais pas pensé à cette narration de fable que tu cites, et c'est pourtant évident, j'en avais même repéré des éléments, comme la limitation aux faits essentiels.

Merci pour le repérage des titres encore disponibles, je pense tenter de dénicher Il fut un blanc navire pour une prochaine fois. :)

Ajouter un commentaire