Le temple des oies sauvages – Tsutomu Mizukami

Mizukami

- Éditions Picquier -

- Traduit du japonais par Didier Chiche -

Un huis clos dans un temple, récit d’une triangulaire qui n’est pas amoureuse. Une histoire de pulsions, de revanches.

Sous ce trompeur titre bucolique, ce roman pourrait être apparenté au roman policier. Ironique, il relève du roman noir. Comme le dévoile la quatrième de couverture  » ce qui devrait être l’histoire d’un meurtre est plus simplement l’histoire d’un meurtrier « .

Le récit s’ouvre sur le décès de l’artiste qui a peint dans l’une des salles du temple ces oies sauvages, son chef d’œuvre ayant donné son nom au temple. A l’heure du dernier soupir, il demande au maître du lieu de prendre en charge sa maîtresse. Ce que fait celui-ci, l’installant dans le Kohôan, devenant son amant. Elle y rencontre le novice, enfant étrange, enfant dont la malformation physique, cette trop grosse tête sur ce corps rachitique, sa personnalité inexpressive et mutique repoussent et inspirent le malaise.

Sentiment d’étrangeté et malaise. Pas de suspense, pas d’effets du genre policier, mais une tension réelle, une violence sourde. Une narration classique, une écriture si sobre qu’elle en est cynique, crue et brutale. Impudeur et impudence.

Ce roman date des années 60. Il porte un regard acéré sur la société japonaise, ses exigences et ses codes d’apparences que l’on noie dans le saké, sur ce statut des femmes en dépendance ( dans les deux sens du terme ! ), sur la dure existence des novices, les pratiques religieuses convenues, les carrières des moines, les rituels et le fonctionnement des temples, leur rôle dans la vie laïque. Il n’est jamais question de vocation ou de spiritualité mais de ce qui est enfoui et viscéralement vivant.

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