Mãn – Kim Thuy

Man

- Éditions Liana Levi -

Après avoir tant apprécié la lecture de Ru, je n’ai pu que compulsivement m’intéresser au nouvel ouvrage de Kim Thuy qui vient de paraître.

Ce mot du titre, mãn, c’est le prénom de la narratrice de ce roman. Il signifie en vietnamien  » parfaitement comblée » ou  » qu’il ne reste rien à désirer », ou  » que tous les vœux ont été exaucés ». Je ne peux rien demander de plus , car mon nom m’impose cet état de satisfaction et d’assouvissement. Contrairement à la Jeanne de Guy de Maupassant, qui rêvait de saisir tous les bonheurs de la vie à sa sortie du couvent, j’ai grandi sans rêver. « 

Tout est presque dit par cet extrait. Si ce roman relate une histoire de femme née à Saïgon, immigrée au Canada, s’il est inspiré par l’histoire du Vietnam, il n’est pas autobiographique comme le précédent récit.

Ce roman, c’est une histoire de goûts, celui du passé et du présent. Mãn est mariée par sa mère à un restaurateur vietnamien installé au Québec, aspirant pour elle à une vie protégée en Occident. Partageant l’activité de son époux, elle cuisine, égrenant les souvenirs de son enfance, ceux de sa mère. A travers les produits, les préparations de plats, c’est l’histoire de son pays natal, sa culture et ses traditions qui emplissent les pages de leur saveurs douces-amères :  » chaque recette était portée par une histoire « .

Mãn porte le poids de son nom et de cette histoire, seulement portée, elle, par le temps qui s’écoule. Elle vit en retrait, comme entre parenthèses. Sans identité. Ni satisfaite, ni insatisfaite. Jusqu’à ce qu’elle découvre l’amitié, une amitié qui la portera à son tour sur d’autres rivages en l’entraînant à développer ses compétences professionnelles, à ressentir et exprimer des sentiments jusqu’à rencontrer la brûlure de l’amour.

Ce récit de vie(s), celui de cette ultime naissance, c’est aussi le livre des mères qui lui ont donné vie et c’est aussi celui du goût des mots, de la transmission de la langue et de la littérature françaises, fruits défendus; le goût des mots d’auteurs parsemés sur les pages ainsi que les mots vietnamiens en haut de chacune de ces pages. Le récit se déroule chronologiquement marqué par un mot thématique en marge traduit en français. Une vie en abécédaire qui ne suit pas notre ordre alphabétique mais celui de la mémoire jusqu’à ce que le passé devienne présent. Ce livre, c’est un livre de définition(s) dans lequel tout se redéfinit et où rien n’est définitif.

Et dans ce récit d’amours qui n’a rien d’un roman au parfum d’eau de rose, la plume de Kim Thuy toujours aussi fine et sobre, si parfaitement évocatrice; la plume d’une calligraphe, le regard intuitif et le geste juste, »la souplesse dans les pleins et la légèreté dans les déliés  » ou comment tracer avec l’élégance de la simplicité la profondeur des émotions : « la calligraphie traduisait aussi bien l’idée que l’intention et le respect. « 

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- Rencontre avec Kim Thuy ICI -

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