En attendant l'heure d'après - Dinu Pillat

Lheure dapr

- Editions des Syrtes -

- Traduit du roumain par Marily le Nir -

Ce roman, commencé en 1943 et achevé en 1955, relate la Roumanie de l’entre-deux guerres, sa jeunesse en crise morale, en quête d’idéal, de révolution, face à une société bourgeoise; idéal qu’elle croit trouver dans celui de  » l’Homme Nouveau  » du Mouvement extrémiste et délétère des Messagers :  » mouvement légionnaire, connu aussi sous le nom de Garde de Fer. Né après la Première Guerre mondiale, il défendait des valeurs religieuses et morales. Nationaliste, antisémite, anticommuniste, cette légion s’est distinguée par la violence, ses assassinats politiques et a participé à la Guerre d’Espagne du côté franquiste. « 

 

A travers les portraits et les parcours des personnages étudiants, à travers le regard désenchanté de Raluca, mère désemparée, qui voit ces jeunes se condamner – se damner -, Dinu Pillat peint la fresque de cette jeunesse en péril, perdue, qui, malgré les doutes, malgré la foi chrétienne, se sacrifie à l’anarchisme, au terrorisme. De l’aspiration à la sublime élévation vient l’idéologie, la chute. L’auteur raconte, sur une année, en huit parties chronologiques comme autant d’épisodes, ces personnalités, en devenir – sans avenir, figures plus complexes que ne pourrait le laisser supposer ce roman  » d’apprentissage  » qui ne traite pas d’endoctrinement mais bien de troubles et de détresse existentiels; rupture politique, intellectuelle, spirituelle, sociale, appelant à une éthique sans concession qu’elle en devient une  » mystique totalitaire « . S’il se lit comme un roman historique, il s’agit d’un roman psychologique et d’un roman sur la conscience de l’histoire nationale, sur les mouvements de l’Histoire.

Bien que ce contexte historique, géographique, culturel, nous soit peu connu ( mais précisé en bas de page lorsque cela est nécessaire ), bien que les personnages soient nombreux et variés, bien que le propos puisse paraître dense, philosophique, ce roman est avant tout profondément réaliste et humain. Il serait dommage de lire ce livre comme un ouvrage politique, lecture qui détruisit la vie de son auteur. En 1959, Dinu Pillat fut accusé de soutenir, par son récit, les thèses de ce mouvement fascisant, il fut arrêté, emprisonné, le manuscrit confisqué. Victime du  » procès des intellectuels « , il fut condamné à vingt-cinq ans de travaux forcés. Il ne sera libéré qu’en 1964, subissant les années suivantes d’autres arrestations. Ce manuscrit ne fut retrouvé, restitué à sa fille, qu’en 2010.

En postface, Gabriel Liiceanu, philosophe et écrivain roumain, relate cette  » biographie d’un livre  » tandis que Monica Pillat raconte l’écriture du manuscrit, citant des écrits de son père sur ses recherches et sa conception du roman, rappelant qu’il ne s’agit pas d’une étude historique mais bien d’une fiction littéraire.

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 » Les larmes aux yeux, Rotaru avait eu du mal à déchiffrer le texte. Il ne pouvait pas admettre la vérité, bien que les mots se soient imprimés en lui noir sur blanc, l’encre n’ayant même pas eu le temps de sécher. Il reprit sa marche en proie à des sentiments mêlés. Il déplorait de ne pas être tombé auprès de ses camarades avec lesquels il avait organisé l’attentat. En continuant à vivre, il semblait se désolidariser de leur destin, ce qui équivalait presque à une trahison. D’autre part, il savait bien, en cet instant, que s’il s’était livré après l’attentat son nom se serait retrouvé dans le journal, parmi ceux des cadavres. Il ne pouvait s’empêcher d’éprouver une joie secrète, de nature organique, du simple fait qu’il vivait. «

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 » Pauvres enfants ! Un sentiment de compassion qu’elle n’avait encore jamais éprouvé pour eux envahit Raluca. Sans le vouloir elle avait surpris chacun dans l’intimité de sa solitude. Quel drame dissimulaient-ils tous ? Sur les trois – deux étaient ses enfants. Pourtant ils lui paraissaient aussi difficile à comprendre que l’étranger. Qu’allait faire la vie de chacun d’eux ? « 

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