La crypte des capucins - Joseph Roth

Roth

- Grands romans - Point -

Je tenais à présenter ce roman et, à travers lui, son auteur qui est pour moi l'égal d'un Stefan Zweigpour la finesse de sa prose, le talent à raconter et décrire sans fioriture mais en peinture par touches vives et profondes, pour l'élégante clairvoyance, les pleins et les délié de sa plume.


Joseph Roth est un fils de l'empire austro-hongrois, il y est né dans une famille juive en 1894 en Galicie (actuellement en Ukraine ). Après la première guerre mondiale, il s'engage dans une carrière de journaliste et d'auteur entre Vienne et Berlin. Dès 1933, il s'exile en France fuyant le pouvoir nazi, séjournant à Paris, rejoignant d'autres écrivains allemands en exil dans le sud et voyage à travers l'Europe ( notamment aux Pays-Bas et en Pologne ). En Allemagne, ses livres sont brûlés. Bien qu'il parvienne à écrire encore et à être publié, sa situation et sa santé se détériorent. Il meurt dans la misère à Paris en 1939.
Il partagea avec Stefan Zweigune Correspondance, une lucidité désespérée et la nostalgie du monde viennois disparu, leur "monde d'hier" européen.
Ce nom d'auteur, Joseph Roth, est associé à son célèbre roman La Marche de Radetzky ( paru en 1932 ) – relatant sur quatre générations d'une même famille l'empire austro-hongrois jusqu'à sa chute – bien qu'il fut un écrivain prolixe.


Dans ce roman, La crypte des Capucins ( paru en 1938 ), nous lisons le récit de la destinée d'un membre de la famille von Trotta de La Marche de Radetzky, un cousin dont la lignée n'intervient pas dans le célèbre titre. A la façon d'une autobiographie, nous est relatée l'agonie de l'Empire, non pas d'un point de vue historique ou guerrier mais d'un point de vue culturel, ce qui le constituait, les différents peuples, son aristocratie, ses structures sociales.
Le narrateur est un enfant gâté de la Vienne monarchique appartenant à cette jeunesse privilégiée, oisive et noctambule, insouciante et inconsciente, les » fils perdus et orgueilleux« . Mais » au dessus des verres que nous vidions gaiement, la mort invisible croisait déjà ses mains décharnées. [... ] Ce qui finissait, en effet, ce n'était pas tant notre patrie que notre empire… » Cette première phrase revient comme le refrain d'un chant funèbre dans la première moitié du récit, celui consacré à l'été 1914 avant la mobilisation durant lequel le jeune von Trotta dresse le tableau de sa société. Refrain de chant funèbre car, si la narration ne s'attarde pas sur les quatre années de conflit – Joseph Rothne signe pas un roman de guerre – relatant en quelques chapitres le périple de son personnage prisonnier de l'armée russe, la mort qui rattrape cette jeunesse ne les fauche pas tous aux combats mais les prend bien tous en les transformant en fantômes errants d'une autre époque. Dans la seconde partie, le temps s'accélère – sans qu'il soit particulièrement marqué- puisqu'il nous entraîne jusqu'aux années 30 du IIIème Reich. C'est l'effervescence politique, féministe, artistique, l'effervescence libertaire et décalé des Années Folles, un ordre nouveau dans lequel ces jeunes – leurs titres, leurs rites, leurs familles – ne sont plus, l'attirance pour le Nouveau Monde.


Ce roman n'a rien d'épique ni de lyrique; le tragique y est intime, relaté à travers les émotions, l'amitié, l'amour, notamment filial, dont la sobre analyse portée par la narration en Je ne pèse pas sur le récit. Les pages qui reviennent sur la relation à la mère, son portrait, sont éclatantes de sensibilité, d'une justesse émouvante.

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