La petite sirène - Myriam Mallié

 

Mallie

- Esperluète Editions -

- Ouvrage illustré de peintures de Alexandra Duprez -

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Myriam Mallié est conteuse. Elle partage son expérience plurielle dans un ouvrage simplement intitulé Raconter que vous croiserez sur mes pages, sans le moindre doute.

Dans ce petit livre précieux, La petite Sirène, Myriam Mallié se réapproprie le conte d’Andersen, conte de son enfance, fascinée. Elle l’interprète au féminin, l’inscrit dans une histoire de fille devenue femme. Tel est le récit, un récit de la mer-de la mère.

« Pour le comprendre, il me fallait faire dialoguer la petite Sirène et sa tortionnaire, que j'ai appelé la Mutilante. Méditer sur ma propre histoire, et, en elle, sur la force - et les lois - du dé́sir et du temps. Sur la transmission, le lien, la nécessité de certaines séparations... et tant d'autres choses essentielles, comme savent les contes. En me donnant la liberté de faire du conte un récit qui soit mien, le texte a pris peu à peu la forme d'une lettre écrite par la Mutilante à la petite Sirène. »

Je n’ai pas lu ce texte comme une lettre. Je l’ai entendu, comme un conte, comme un récit allégorique initiatique. S’approprier un corps, une terre, une langue. Grandir, partir, libre, seule. Par désir. Par amour. L’intime féminin dans ce texte qui emploie le vous, vous-distance, vous-respect, vous-collectif et intemporel… vous-voix, du fond des âges de la fille, de la femme. La parole est vibrante, profonde, d’une beauté et d’une force impressionnantes. Elle résonne, une mélopée, parole donnée, parole qui prend. Et c’est toujours une histoire, multiple, de corps, de cœur, d’exil, de mémoire, de blessures qui s’infligent par amour et de mots absents pour la dire.

Il n’est pas possible de synthétiser ou d’analyser ce texte, ce serait regrettable d’en détacher les images des sens; il s’écoute, se reçoit. Et se relit. Je ne sais qui l’a lu en première de la mère ou de la fille. Captivée et touchée.

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« Vous avez compris l’intimité du don qu’on venait de vous faire, qu’il y en aurait un qui parlerait d’aimer. Mais tout restait à vivre et j’avais peur pour vous.

Vous dansez. Vous venez de sortir de l’eau. Vous dansez vers la lumière, vers un palais. Avec vos jambes toutes neuves, votre sexe de femme. Avec vos bras, le corps et le visage frottés à cette brise de terre qui vient à vous. Vous découvrez la joie, si vaste, de la marche, de la danse. Vous pressentez déjà celle de l’amour. Il y a un homme. Vous allez le rejoindre. Pour vous, tout commence. C’est ce que vous croyez.

Vous n'en voyez pas les ombres, sous la surface. On oublie jamais d’où l’on vient.

On ne sait pas l’effort de monter, de s’extraire des fonds où l’on s’est construit, où l’on vous a construit. Après, il faut refaire. On croit que c’est simple, qu’il suffit de dire non, de s’en aller. Mais on ne s’en va pas, on tourne le dos, simplement. Et l’on tire avec soi tout ce qui est et reste à nager sous la surface, et rôde les yeux rivés sur vous. Ce qui, dans votre dos, vous dit de revenir, vous rappelle qui vous êtes, que là-haut, vous attend une vie d’étrangère.

Vous êtes jeune, vous ne savez rien encore de l’exil qui plantera en vous les ancres qui ne s’accrochent à rien. Rien non plus de l’amour. […]

Pour trouver sa place, d’abord s’occuper de se trouver une langue, voilà ce que vous commencez à comprendre. Tout part de là. La parole est le territoire. »

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- Le billet de Mina ICI à qui je dois ces (re)lectures, celle que l'auteur fit sienne, celle qui devint mienne-

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- L'art de conter aux éditions Esperluète pour le mois belge organisé par Anne et Mina -

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Commentaires (4)

1. Anne (site web) 07/04/2014

Billet ressenti plus que lu aussi... "La paroleest territoire." : je retiens cette phrase, cela résonne avec le livre que je suis en train de lire !

2. Marilyne 07/04/2014

J'ai vu le titre de ta lecture en cours, en effet...

3. Mina (site web) 07/04/2014

C'est une très belle évocation de ce texte, moins factuelle que tu ne me l'avais annoncé. ;) Je suis vraiment heureuse de l'avoir partagé avec toi et qu'il t'ait plu, au point de le relire comme je l'avais également fait. Je fonde de grands espoirs en Raconter et espère qu'il nous éclairera un peu sur cette réécriture.

4. Marilyne 08/04/2014

Évocation, oui, c'est le mot. Nos billets se complètent :)
( encore plus curieuse et intéressée par " Raconter " maintenant, tu t'en doutes )

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