La sauvage - Jenni Fagan

La

- Editions Métailié -

Il est terrible, terrifiant, et il est magnifique ce roman. Il ne vous tend pas la main, il vous (r)attrape, prend aux tripes et frappe au cœur.


Il nous raconte quelques mois de la vie d'Anaïs dans un centre d'accueil pour adolescents délinquants. Elle a quinze ans. Et ses seize ans ne font pas partie de son horizon. Anaïs est placée sous haute surveillance dans ce centre dominée par une tour après avoir été à nouveau arrêtée. Cette fois, pour agression sur une femme policier, dans le coma. Persuadée de son innocence sans avoir de souvenirs de cette journée là parce que encore sous l'emprise d'une drogue, elle attend le résultat de l'enquête. Son dossier pèse lourd. Plusieurs volumes de rapports d'infractions entre vols, fugues, vandalismes, prise et détention de drogue, des fiches et des fiches couvrant son parcours d'abandon et de violences.
Dans ce centre, ces jeunes, il sont paumés, dépouillés et sacrifiés, pas forcément perdus, pas tous. La » sauvagerie » d'Anaïs n'est pas suicidaire. Au contraire. C'est une évasion, pas une fuite. Elle est une survivante en sursis, une combattante. Elle brise pour ne pas être brisée. Pas une furie, une fureur. Oui, elle défonce, elle est défoncée, elle est flippée et flippante. Et elle sait. Elle sait tout ce qu'on peut quant même prendre à une » moins que rien « , elle connait les pièges, les dangers, la haine et l'hypocrisie du système, du social. Elle porte un regard averti sur sa société, celle, sombre, souterraine, dans laquelle elle évolue. Et c'est elle qui condamne celle qu'on lui refuse, celle des gens normaux qui jettent ces regards de travers ou se donnent une mission, qui tous renvoient toujours l'image de la marginalité de ces perturbés-perturbateurs.


La progression de ce premier roman, à la première personne, est impeccable. L'art du portrait y est parfaitement maîtrisé, par touches saisissantes. le récit est nourri des souvenirs en flash, des rêves éveillés, des trips. La force mentale, ses ruses. La seule force mentale. Anaïs joue au jeu de l'anniversaire pour s'inventer une origine; elle peuple ses cauchemars de l'expérience, qui explique tout, qui dit qu'il faut résister, s'échapper de la cage.
Cru et cruel, brutal, il est pourtant si vivant ce récit, si sensible, malgré le ton plus que familier d'Anaïs, à l'ironie, à la provocation. Il y a sa franchise et son honnêteté aussi, ses fulgurances.
Il est féroce ce roman, il déploie une noirceur sans concession, il se lit sous tension et pourtant quelle lumière.

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Commentaires (2)

1. Lybertaire (site web) 29/04/2014

J'ai beaucoup aimé ! J'ai été portée par l'espoir fou d'Anais, et emportée dans ses chutes. On m'a demandé si c'était une lecture pour ados. Je dirai que non, et toi ?

2. Marilyne 29/04/2014

@ Lybertaire : beaucoup aussi, complètement prise par la lecture. Je répondrai non aussi.
( merci pour tous tes commentaires. Ils me consolent de tous ceux perdus lors du transfert de ces billets sur ce nouvel espace )

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