La Trilogie Berlinoise - Philip Kerr

Trilogie

- Policier Livre de Poche -

- Traduit de l'anglais par Gilles Berton -

Il est impossible de résumer cet ouvrage de plus de mille pages regroupant, comme son titre l'indique, trois romans : L'Eté de cristal, La Pâle figure et Un requiem allemand, se déroulant dans le Berlin du IIIème Reich de l'été 1936 jusqu'au Berlin occupé par les troupes russes et américaines en 1947.


» A notre époque; si vous êtes allemand, vous êtes au Purgatoire bien avant de mourir, et vos souffrances ici-bas valent pour tous les péchés de votre pays restés sans châtiment comme sans repentir… «


Le personnage principal, Bernie Gunther, commissaire transfuge de la police devenu détective est comparé par l'éditeur à Philip Marlowe, le privé de Chandler, grand maître du roman noir. D'accord. Et lorsque on aime autant le roman noir, Philip Marlowe et Humphrey Bogart que moi et que l'on s'intéresse à l'Allemagne, son histoire autant qu'à sa culture – raisons toutes personnelles – cette trilogie est un indispensable alors même qu'il s'agit d'une fiction écrite par un auteur britannique.


Roman noir, roman historique. Toutes les règles de ces genres sont mis en scène avec brio. Aussi, lorsque je lis le terme de Thriller inscrit sur la couverture par l'éditeur, là, pas d'accord. le roman noir, s'il est dévorant, s'il génère une véritable tension à la lecture, ne peut être réduit à un page turner. le roman noir plonge aux racines du genre policier, il déploie sa noirceur sans pudeur et sans concession pour témoigner d'une société, des ombres d'une société; il plante son décor pour en fouiller les recoins sombres, pas pour jouer du suspense.


Ces romans tiennent le pari de leur double genre. A travers ce Bernie désabusé, lucide, sans illusion sur l'avenir européen, l'intrigue est aussi sérieusement ficelée que l'information historique est sérieusement précise et développée. Impressionnant comme l'auteur parvient à explorer l'époque tout en créant une atmosphère prégnante dans laquelle se respire l'air vicié de la peste brune qui s'infiltre avec ce ton du polar noir à l'ironie désespérée tout en donnant corps à ces personnages sans négliger les descriptions minutieuses de la ville, l'espace et l'esprit, tout en y insérant des connaissances pointues des organes de la mécanique nazie.


» Les discours des responsables du Parti étaient toujours précédés et suivis d'un petit morceau de Beethoven. Comme je dis souvent, plus le tableau est moche, plus le cadre est somptueux. «


Ce contexte politico-historique est bien plus qu'un cadre romanesque. le premier tome se déroule en 1936, le second en 1938, le dernier après la guerre, volume qui m'a le moins retenue par son récit plus proche du roman d'espionnage, bien que très intéressant, même si fictionnel je le répète, sur la chasse aux bourreaux officielle détournée par l'enjeu que deviennent ces gradés nazis dans le nouveau jeu politique Est-Ouest. Quant aux deux autres… Au-delà de l'horreur de la doctrine raciale, de cette bestialité aryenne, j'ai été particulièrement interpellée par une certaine forme de résignation et par – sensibilité toute personnelle - par l'abjecte loi des mâles, par le sort des homosexuels et des femmes, les uns évidemment bannis de la société, condamnés à l'asile, au mieux, les unes réduites au statut de femelles, soit dévouées au clapier du mariage et de la famille soit vouées au repos du guerrier en bordel.

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