Longue sécheresse – Cynan Jones

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- Editions Joelle Losfeld –

Quand il se lève à l’aurore pour aller voir les vaches à l’étable, Gareth s’aperçoit que l’une d’elles, sur le point de vêler, a disparu. Il part à sa recherche au moment où commence une nouvelle journée de canicule implacable. Ses soucis le distraient de son but : l’avenir de ses terres, les migraines de sa femme, qui semble s’éloigner de lui, son désir toujours vif pour elle. Dans la chaleur qui croît, Gareth se surprend à chercher bien davantage qu’une simple vache perdue. Avec une clairvoyance profonde et sur un ton élégant, Cynan Jones donne la parole aux survivants d’un ancien monde qui exaltent la beauté et la puissance de leur terre face aux brusques changements de leurs conditions d’existence. Il livre ainsi une histoire sensible et déchirante portée par une langue empreinte de nostalgie, de sagesse et d’amour.

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Juste une journée sur une centaine de pages pour cette chronique familiale et rurale prenante à l’atmosphère particulière. Cette singularité vient du ton à la fois intimiste et naturaliste. Intérieur et extérieur. Un regard, attentif, exigeant et pragmatique plutôt que des descriptions ou des monologues. Le regard d’un auteur gallois attaché à ses racines qu’il raconte avec patience et minutie d’une plume puissante et sobre qui crisse parfois sur le papier, s’évade et s’attarde aussi. Quelques paroles sur le fil des pensées,  les chapitres divisés en courtes parties, des moments, presque des images légendées. Les voix des personnages qui se répondent. Reflexions et observations. Bucolique sans lyrisme, sans idéalisme, réaliste et juste, ce roman met à nu la terre et ses personnages. La force émotionnelle sur les mots simples est impressionnante. Il y a une lumière et comme une évidence sur ces pages, l’aspiration manifeste d’assumer cette vie là, sans fatalisme. L’humilité et le courage quotidien d’accepter les cycles. Et l’amour.

Profonde, sensible, inspirée, une lecture étrangement apaisante.

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 » C’était une nuit calme et une fois de plus il n’avait pu trouver le sommeil à cause de toutes les pensées qui emplissaient le silence de la nuit immobile; il s’était donc levé et il était sorti dans le matin clair et calme. Il avait fait très calme pendant très longtemps. C’était avant le lever du jour. « 

«  Elle a ce nouveau truc qu’elle fait maintenant. Cette façon de réfléchir – comme si elle se parlait tout haut, comme si elle était un visage encadré dans un miroir qui lui répond. Un moyen de contrôle, ou de mesure. Une façon d’essayer de comprendre. Les femmes vieillissent vite, quand elles vieillissent. [...] il est impossible qu’il la regarde en ressentant les choses qu’il ressentait pour elle autrefois. Il la voudra à cause des sentiments qu’il a pour elle, maintenant, et non par désir. « 

 » Il se demande comment elle sera, sa fille aux étranges yeux verts hérités de quelque part, du côté de l’un ou de l’autre d’eux deux. Aimera-t-elle comme sa mère ? Avec une résolution agressive. ça l’inquiète un peu. Il sait que la peur qu’il a pour elle va croître quand elle grandira, d’une façon qu’il n’a pas connu avec son fils, et il espère qu’il ne la blessera pas à cause de cette peur qu’il aura pour elle. « 

 » Le souvenir lui revient en force, avec ce goût très fort; il remonte très distinctement du fond de lui-même. C’est comme les sentiments, ça. Les souvenirs et la vraie tendresse sont sous la surface, comme des réservoirs immobiles attendant qu’on y puise. C’est facile, il le sait, de cueillir à la surface des choses, comme si on plongeait délibérement un seau dans l’eau : on peut rappeler ces choses-là. Mais lorsque le souvenir vient sans être sollicité, hors de votre contrôle, déclenché par un parfum dans l’air, une peur, il peut vous frapper par sa profondeur, que vous portez en vous tout le temps. « 

 » L’emprise de la terre sur les gens qui grandissent ici. L’emprise d’un lieu chargé de sens. «

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