Max, en apparence - Nathalie Skowronek

Max ns

- Editions Arléa -

"Tout avait commencé par ce numéro tatoué dont j'avais oublié la combinaison. Pour le retrouver, ou parce que, trop désabusée, je m'étais enfoncée dans le royaume des morts. Moins pour lui que pour moi, à dire vrai. Pour que je puisse m'en sortir. Remonter à la surface. Donner un sens. Parce que je savais aussi que Max en avait payé le prix, mais qu'il s'en était donné à coeur joie."

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Le premier roman de Nathalie Skowronek - Karen et moi - est un livre fétiche. Il m'a fallu m'y reprendre à trois fois pour lire ce second roman sur lequel je me suis pourtant précipitée lors de sa parution lors de la rentrée littéraire de septembre 2013. Il me semblait qu'il valait mieux que j'oublie l'auteur, le contexte et la démarche d'écriture de Karen et moi pour pouvoir lire Max, en apparence sans lui faire porter l'émotion de la première lecture. J'avais tort. Parce que c'était bien les mots de Nathalie Skowronek que j'espérais relire. Que j'ai retrouvé. Sa voix, ce ton, ses chuchotements sobres et sensibles, ses questions et ses doutes, ses phrases qui racontent sans fioritures, posent les temps, tracent les portraits et les lieux, en parfaite densité, en parfaite fluidité. J'ai retrouvé son chemin d'écriture, celui de la mémoire, de la transmission, celui de la réflexion qui accompagne l'écriture; chemin de vie et d'auteur, le livre dans le livre. Comme dans Karen et moi.

Dans ce récit, Nathalie Skowronek interroge la mémoire familiale en suspens - " cet amas d'histoires qui se transmettaient à notre insu " - à travers celle de son grand-père, Max, sa personnalité énigmatique : rescapé de camps silencieux, homme d'affaire installé en Allemagne gérant des transactions entre l'Ouest et l'Est fier de sa réussite, père absent, ami fidèle. L'auteur explore cette histoire familiale, l'histoire de la Belgique et des deux Allemagnes, un voyage dans le passé également géographique, partant à la rencontre d'autres membres de sa famille, d'autres endroits, d'avant, comme le marquent les titres des parties du récit ( - Marbella - Berlin Ouest - Liège - Auschwitz-Jawischowitz - Berlin Est ). Une enquête en quête. Elle interroge ce silence des survivants - " J'étais prête à affronter le passé, j'avais rompu le pacte. "- comme elle interroge sa légitimité à raconter " ... avec trente ans de retard. Les livres ont déjà été écrits, les expérimentations expérimentées. Je ne suis pas la première à passer par là. Qu'ai-je encore à découvrir ? ".

Ce récit relève du témoignage, témoignage d'une tragédie en héritage. L'expression qui me vient est " recoller les morceaux ", ceux d'un miroir brisé, en rassembler les facettes et les éclats tranchants.

" Je m'accroche à cette idée qu'il me faut avant tout chercher à comprendre ce que nous avons fait de cette histoire, et ce que cette histoire nous a fait."

Et c'est le témoignage d'une petite fille de déporté qui s'est d'abord tournée vers les livres, pour savoir. Ce récit est nourri d'autres témoignages et réflexions sur cette mémoire dont Austerlitz de W.G.Sebald, Refus de témoigner de Ruth Klüger, Marguerite Duras, Primo Levi, Georges Pérec - " Chacun me disait ce que taisait mon grand-père, je ne comprenais pas tout, mais je me renseignais." - ainsi que d'informations sur la Solution Finale nazie appliquée en Belgique et sur l'Allemagne de l'Est.

La partie consacrée à la ville de Liège est bouleversante, l'atmosphère, celle de la quête de l'auteur comme celle de la peur et l'horreur de l'époque, superbement ( mais ce mot me gêne, ici, et là-bas ) rendue par le nu de l'écriture, par le temps et l'attention pris par les phrases pour chaque scène, chaque lieu, en résonance; pris et prenants - " Et moi qui ne connais de la vie qu'une certaine forme de continuité, et qui en souffre, je les regarde recommencer quand tout a été détruit. "

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Encore une fois, j'attends le prochain livre.

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 - Avec Nathalie Skowronek pour le mois belge organisé par Anne et Mina -

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- De la Pile à Lire 2014 avec Antigone -

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Commentaires (11)

1. Kathel (site web) 23/04/2014

J'ai beaucoup aimé Karen et moi, et pourtant raté cette sortie... et hop, dans la liste !

2. Anne (site web) 23/04/2014

Tu me donnes très envie de lire ce livre ! Je n'ai pas encore lu Karen et moi (et je suis contente de ne pas m'être forcée finalement la semaine dernière, parce que je ne lui aurais pas rendu le ton juste, je crois) Figure-toi que je me remets dans l'envie de lire des trucs sur la Seconde guerre mondiale : me suis enfilé les 4 premières saisons de la série "Un village français" avec gourmandise, horreur, frémissement, vibration... et je suis donc contente d'avoir embarqué ce Max lors de la Foire du livre !

3. Marilyne 23/04/2014

@ Kathel : ça ne m'étonne pas. Pour ma part, je n'ai pas vu de retour sur ce livre parmi les lectures de rentrée littéraire ( je n'ai pas cherché non plus ). Et contente que nous nous retrouvions avec " Karen et moi ", celui-ci ne peut pas te décevoir.
@ Anne : Cela aurait été dommage d'en faire une lecture forcée. Quand j'ai écrit que j'attendais, c'était une boutade parce que je savais que cette lecture était dans tes projets ( bon, j'attends quand même ^^ ) ( Les grands esprits : si j'en ai la dispo, un truc belge Seconde Guerre Mondiale avant la fin du mois )

4. Aifelle (site web) 24/04/2014

Je note le nom de l'auteur et le thème de celui-ci me parle. Je n'ai pas bien saisi pourquoi tu as eu du mal au début ? le thème ? l'écriture ? pourtant tu sembles l'avoir retrouvée.

5. Marilyne 24/04/2014

Je craignais une déception, je crois que je voulais relire " Karen et moi ", cette façon de mêler la littérature et l'écriture à la vie et aux lieux. Ce que j'ai effectivement retrouvé avec toute la dimension historique.

6. clara (site web) 24/04/2014

J'avais rencontré l'auteure et vraiment ce fut une belle rencontre ( on s'était comprises à demi-mots). Comme Kathel j'ai raté la sortie de celui-ci...

7. antigone (site web) 24/04/2014

On sent que tu es touchée par son écriture...

8. Anne (site web) 24/04/2014

J'ai emprunté le dernier Armel Job en bibli, sur la 2e guerre à Liège (pays d'Argali) ça a l'air trèèès bien, mais ce sera pour mai, je crois !

9. Marilyne 24/04/2014

@ Clara : oh, alors contente de te le découvrir.
@ Antigone : oui, ses mots résonnent.
@ Anne : ça va être court, en effet ! Jamais lu Armel Job, je le découvre ce mois-ci avec vous.
( A propos de délai, je croise les doigts pour mon dernier que je tiens à présenter pour votre mois belge )

10. Laeti (site web) 17/03/2015

J'aimerais lire cette auteure pour le Mois Belge :) Je vais aller voir à la bibliothèque s'ils possèdent l'un de ses deux titres que tu as fortement appréciés (et que tu donne très envie de lire!).

11. Marilyne 18/03/2015

Oh que ce serait bien. Je serai ravie de t'avoir tentée :D

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