Panique - Lydia Flem

 

Panique

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La gorge qui se rétrécit, la respiration qui se bloque, l'asphyxie qui gagne, et au-delà de ces sensations, un écartèlement de tout l'être, une dépossession de soi, la sensation d'une mort imminente : dans ce récit littéraire intime et saisissant, Lydia Flem raconte les phobies qui peuvent nous toucher au quotidien et la panique qui en résulte.

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Evidemment, c'était un peu pervers de ma part de choisir ce livre là de Lydia Flem pour une première lecture, je l'attendais au détour de chaque phrase... Et elle m'a reçue droit dans les yeux ! Quelle analyse et quelle puissance d'évocation par sa force et sa précision, un véritable ressenti physique des mots. Parce que ce qui m'a impressionnée sur ces pages, c'est cette exactitude de la description des moments de panique et d'angoisses, des prémices aux développements, de la crise qui laisse échouée avec le sentiment d'échec, d'infirmité et d'incapacité, de lâcheté, des sursis aux mécanismes et tentatives de fuites, de contournements, de résistances, de reconnaissances.

Est-ce l'expérience clinique de la psychanalyste ou une expérience autobiographique, je ne veux pas savoir. Tout ce que je sais, c'est que c'est très exactement ça, autant physiquement que psychologiquement : ce déferlement qui dépossède, annihile toute présence, toute maîtrise, toute confiance; cette absence à soi, ce vertige tyrannique et obsessionnel, ce vampire qui se nourrit de la frayeur et de la hantise qu'il génère, de celles de la folie, ce " mal sournois, silencieux, affolant [...] qui rompt le corps et persécute l'âme ", qui fait de sa victime un mort-vivant, et l'impuissance : " C'est la déraison même, l'annulation de la volonté. La défaite de tout ce qui nous tient debout, jour après jour. On ne peut plus faire face. "

Exactement ça, cet insupportable qui paraît insurmontable, on ne perd pas connaissance, on perd la conscience, plus de vue ni de voix alors que le cerveau part en vrille, que ça cogne, ça bloque, ça se disloque, ça explose et ça hurle à l'intérieur, plus de repères, l'étouffement, le cyclone dans lequel tout se brouille et s'embrouille, plus de sens ni de sensations, " le chaos primitif ".

Et c'est bien tout le vocabulaire de la noyade que j'aurai aussi spontanément écrit, plonger, couler, sombrer, asphyxie, abîme... : " Tout chavire. Je me noie et cette noyade se répète, minute après minute, je suis entraînée vers le fond, je bois la tasse, je me débats. Je remonte à la surface, un nouveau tourbillon m'avale, m'aspire et me jette dans les entrailles de la mer. Je n'ai pas de prise, pas de bouée, pas d'appui. Tout est devenu inconsistant, flou, vitreux, amorphe, épars, éclaté. " 

Sur de très courts chapitres, marqués par un horaire - trente-cinq pour vingt-quatre heures de 8H58 à 8H25 le lendemain, distants d'une minute à une heure -Lydia Flem raconte, employant le JE, à travers des situations concrètes et quotidiennes phobiques - agoraphobie, claustrophobie, peur de l'avion - le déroulement, les méandres, de la prise de contrôle de la narratrice par l'angoisse et la panique, la spirale infernale, la tension contre la (l'op)pression, avec un passage saisissant décrivant les perceptions déformées pendant l'observation du tableau de Picasso Les Demoiselles d'Avignon. 

Lydia Flem nous parle alors de l'incommunicabilité - " c'est dans la tête " - , de l'extrême solitude, des questions sur la " normalité " des autres, les recours chimiques "  Je me jette dans les bras de la science comme je me confierai aux bras de la sorcière Baba Yaga. En désespoir de cause ", les médicaments " comme des talismans, au cas où [...] Apaisants comme des petits cailloux dans la poche que l'on touche furtivement pour affronter le monde. "

Et elle nous dit aussi le recours à l'écriture, non pas pour raconter mais pour s'accrocher aux mots, aux gestes, concentrer l'esprit, peu importe ce qui est écrit; comme une écriture automatique.

Ce que ne dit pas Lydia Flem dans ce livre, c'est le recours à la photographie. Pourtant, elle est photographe également. L'illustration de couverture de ce livre est le détail d'un de ses clichés qu'il est possible de voir à la Maison Européenne de la Photographie jusqu'au 14 juin 2015.

Lydia Flem a fait don à la collection de la MEP de tous les clichés reproduits dans son livre Journal Implicite ( éditions La Martinière )

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Cette démarche photographique est autobiographique : " Devenue photographe en 2008 par nécessité, au moment où les mots s'absentaient [...] les premières photographies ont aussi donné lieu à un roman, La Reine Alice. "

A la MEP, sont exposées deux séries, cet Atelier de la Reine Alice ( 2008-2011 ) et Pitchipoï & cousu main ( 2010-2012 ) l'histoire de ses parents, la déportation, présentée comme une suite graphique à " Comment j'ai vidé la maison de mes parents " ou la Shoah vue par les yeux d'une enfant. 

Sur l'exposition à la MEP, c'est ICI -

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- Lydia Flem, écrivain, photographe, psychanalyste, membre de l'Académie royale de Belgique pour le mois belge organisé par Anne et Mina -

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Commentaires (3)

1. Anne (site web) 28/04/2015

Ce n'est pas le titre le plus attirant pour moi, je l'avoue, mais je suis intéressée par les photos, merci pour tous les renseignements.

2. Aifelle (site web) 29/04/2015

Tu me rappelles que j'avais noté ce titre, je crois qu'elle écrit beaucoup à partir de son expérience personnelle. J'ai aimé tout ce que j'ai lu d'elle.

3. Marilyne 29/04/2015

@ Anne : quand je disais que la MEP participait aussi au Mois Belge :)

@ Aifelle : j'ai vu que la majorité de ses livres étaient d'inspiration autobiographique. Peut-être que je lirai " Comment j'ai vidé la maison de mes parents ".

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