Trois chevaux - Erri de Luca

Trois chevaux erri de luca

- Gallimard -

- traduit de l’italien par Danièle Valin -

« Une vie d’homme dure autant que celle de trois chevaux »

Un roman de Erri De Luca, c’est d’abord une écriture, une densité que révèle la plume sobre et détachée,  une intensité qui raconte la beauté qu’il faudrait savoir goûter, la force des émotions qu’il faut assumer. Et sous les mots parfois durs, c’est poésie. Une poésie sans lyrisme d’une puissance évocatrice bouleversante, une maîtrise narrative prenante par laquelle la parfaite simplicité des scènes vous entraîne bien au-delà, une profondeur et une élévation. Le trouble paradoxal de l’épure.

Il y a une noblesse dans ce récit, il y a le passé et les choix. Il y a le réalisme radical et une spiritualité.

Le narrateur de ce récit est un Italien de retour dans son pays à la cinquantaine après avoir vécu le grand amour en Argentine. Grand amour assassiné par la dictature.  Et c’est l’héroïsme et le fatalisme du survivant. Devenu jardinier, il rencontre un nouvel amour. Le dernier amour. Et c’est  déjà le temps des adieux.

En une centaine de pages, ce roman dit tant. Au présent. Les quelques paroles, les silences de ce Je en disent long. Et loin.  Ils disent la folie meurtrière argentine, celle de la guerre des Malouines. Ils disent une résignation consentie, une modestie grave, une sagesse peut-être.

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- « De la chance. Mais il y a des chances qui tombent dans les bras du premier venu qu’elles rencontrent, des putains de chances qui le laissent tomber aussitôt pour aller avec le suivant, et il y a des chances avisées, au contraire, qui guettent une personne et l’éprouvent lentement.

Et les vivants se rencontrent. »

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- « Es-tu vraiment intransigeant ? – Moins, bien moins que ça : quand tu penses quelque chose de moi, retires-en un peu, descends d’un degré et je te répondrai me voici. »

Ce narrateur amoureux, de la terre et de la lecture aussi, nous offre ses moments d’intimité, regards sur les autres, sur la nature, sur les livres…

Et c’est aussi la beauté de cette rencontre.

- « Un arbre ressemble à un peuple, plus qu’à une personne. Il s’implante avec effort, il s’enracine en secret. S’il résiste, alors commencent les générations de feuilles.

Alors, tout autour, la terre l’accueille et le pousse vers le haut.

La terre a un désir de hauteur, de ciel. Elle pousse les continents à la collision pour dresser des crêtes.

Elle se frotte autour des racines pour se répandre dans l’air des bois.

Et si elle est faite de désert, elle s’élève en poussière. La poussière est une voile, elle émigre, elle franchit la mer. »

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- « Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme, à la respiration d’un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un autre, c’est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes.

Après bien des pages on finit par apprendre une variante, un geste différent que celui commis et cru inévitable. »

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Commentaires (1)

1. lounima (site web) 16/02/2014

De cet auteur, j'ai lu et beaucoup aimé "Montedidio", c'est un auteur que je relirai très certainement pour tous ces silences qui en disent long.

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