Un ciel rouge, le matin - Paul Lynch

 

Ciel rouge

- Albin Michel 2014 -

- Traduit de l'anglais ( Irlande ) par Marina Boraso -

Printemps 1832. Coll Coyle, jeune métayer au service d'un puissant propriétaire anglais, apprend qu'il est expulsé avec femme et enfants de la terre qu'il exploite. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d'aller voir l'héritier de la famille, qui règne désormais en maître. Mais la confrontation tourne au drame : Coll Coyle n'a d'autre choix que de fuir. C'est le début d'une véritable chasse à l'homme, qui va le mener de la péninsule d'Inishowen à Londonberry puis aux Etats-Unis, en Pennylvanie. 

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Un premier roman éblouissant par la maîtrise narrative, par la beauté de l'écriture, le souffle du récit et le sens de la description pour la sombre histoire irlandaise, cette histoire " Des os dans la terre. Les os de ceux qui m'ont précédé. "

Un roman noir comme un road movie, violent, brutal, une traque, une vendetta, une folie meurtrière qui prend parfois des allures de western dont on perd en route les motifs. Ce récit est sauvage comme les terres qu'il raconte également, la terre d'Irlande, la terre américaine et ses colons. Car ce roman, c'est aussi celui de l'immigration irlandaise et de ces autres formes d'oppression, l'exploitation des migrants et leur ghettoïsation, auxquelles furent confrontés les hommes, les familles, parvenus aux Etats-Unis. Un roman de misère et de luttes, de fraternité d'infortune, un récit au masculin qui n'oublie pas les femmes. 

La narration, bien que fragmentée sur les raisons anciennes de la haine et de cette cavale, se présente en trois parties chronologiques : le moment fatal et la fuite en Irlande, la traversée en bateau vers l'Amérique, ces hommes de peine sur le continent américain. Il s'agirait presque d'un roman choral si cette narration usait du JE avec ces voix en mémoire, l'histoire d'enfance, l'histoire de la terre toujours, et quelques pages en italique, la voix de l'épouse au pays qui accompagne le périple. 

Un ciel rouge, le matin, c'est une carte de l'Irlande de XIXème, des paysage rudes de pluies et de souffrances, dessinée d'une plume éloquente, magnifiquement descriptive.

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Un regard sur la première page... :

" D'abord il n'y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l'extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l'ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d'un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur vêture d'obscurité, ils s'étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s'arrête, il entend les oiseaux s'éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant.

Une tension contracte tout son être et Coyle refuse d'admettre qu'il a peur. Pendant des heures il a contemplé avec effroi la lente éclosion du jour. Derrière la vitre trouble, l'aube sur Carnavarn lui apparaît comme gondolée, une moirure de pourpre changeant. Sur les murs, la paresseuse retraite des ombres. Un immense bloc de chagrin entrave sa parole. "

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- Recommandé par un ami ( après l'avoir lui aussi entraîné sur la Mauvaise pente ), confirmé par Anne ( son billet ICI, avec un lien vers une interview de l'auteur ), j'ai obtempéré :) -

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Commentaires (16)

1. niki (site web) 16/12/2014

ça me tente beaucoup - je note donc, parce que noter c'est pas acheter, ma pal n'en souffrira donc pas .... pas encore :P

2. Anne (site web) 16/12/2014

Tu me donnerais envie de m'y replonger ;-) Très beau billet !

3. Flo (site web) 16/12/2014

J'avais repéré ce livre en librairie à sa parution française mais je ne savais pas trop qu'en penser. Ton avis me laissait aussi un peu songeuse mais j'aime la littérature irlandaise donc ça m'agaçait un peu tout ça, sans compter que je ne connais pas la traductrice. Bon, je ronchonne (jusque-là, c'est normal ;) et vais consulter le catalogue de la biblio déjà perdante et là, miracle des miracles : il y a un exemplaire en VO !!!!!!!! (< il faut bien ça ;)
Depuis des semaines je pleure chaque fois que je consulte le catalogue, alors cette nouvelle c'est presque trop d'émotions d'un coup :D
Merci !

4. Kathel (site web) 16/12/2014

Je crois l'avoir noté, mais à vérifier tout de même : il semble du genre qu'il ne faut pas rater, surtout si on aime la littérature irlandaise !

5. Aifelle (site web) 17/12/2014

Je l'ai déjà noté, je vais d'abord attendre, si jamais il arrive à la bibliothèque.

6. Hélène (site web) 17/12/2014

Noté je ne sais plus où, tu confirmes je vais de ce pas souligner le titre !

7. Marilyne 17/12/2014

@ Niki : bien-sûr, bien-sûr... c'est juste qu'il a tout pour te plaire ;)

@ Anne : merci. C'est bien toi qui m'a décidée !

@ Flo : je te conseille le billet de Anne, plus détaillé ( sans qu'elle raconte l'histoire par le menu ^-^ ) ( mais fais gaffe au coup de grâce :)).
Tu as trop de chance, ça m'inquiète :D

@ Kathel : je crois, oui, même si ce récit est vraiment noir.

@ Aifelle : ce serait dommage qu'il n'y arrive pas. Il a été publié en février de cette année, peut-être une suggestion pour les prochains achats de la biblio...

@ Hélène : oui, à découvrir !

8. jérôme (site web) 17/12/2014

Une belle écriture très descriptive en effet. Il ne pouvait que te plaire ce roman ;)

9. Marilyne 17/12/2014

C'est vrai, j'en ai pris plein les yeux ! ( même si la partie " western ", ce n'est pourtant pas trop mon genre ^-^ )

10. Naïk (site web) 17/12/2014

Très tentant, je note :)

11. Valérie (site web) 17/12/2014

J'avoue que "magnifiquement descriptive", ça me freine un peu. ;)

12. Marilyne 17/12/2014

@ Naïk : impressionnant pour un premier roman !

@ Valérie : oups :D Disons que la première page est un parfait exemple de l'écriture.

13. Flo (site web) 12/01/2015

Lu et... pas convaincue (le mois de janvier est sauvé : il ne neigera pas ! ;)
En vérité, j'ai beaucoup aimé les descriptions (et ce n'est pas mon genre) ; l'écriture est magnifique et d'une grande sensibilité.
Le problème, c'est l'histoire. La première partie m'a tenue en haleine mais après... La seconde partie m'a rappelé le tome 2 de La saga des émigrants (et c'est LE tome qui m'a gavée dans toute la série donc j'aime autant te dire que la traversée, je l'ai trouvée sacrément longue) et la troisième partie est trop inégale à mon goût.
En tout cas, ravie de l'avoir lu en VO au moins pour le langage (de toute façon, je ne suis pas fichue de lire en français depuis le début de l'année. Cela commence à être problématique d'ailleurs, ma PAL anglo n'étant pas très dense et mon accès à la biblio assez limité depuis quelques mois).

14. Marilyne 13/01/2015

Ouf :D
mais... comme toi, en fait, sur le fond : l'écriture, les descriptions, la première partie en Irlande. Pour la traversée, j'ai plutôt bien supporté ( j'en suis restée au tome 1 de la Saga des émigrants ^-^ ) c'est la troisième partie qui m'a laissée sceptique ( comme je l'écris, les raisons de cette traque se perd et trop " western " )
J'ai lu tes deux derniers billets en VF, franchement convaincue ( ne ressors pas tout de suite la chapka, pour l'hiver, je reste concentrée sur mes piles, d'une certaine densité, elles :) )

15. Flo (site web) 17/01/2015

Dommage pour le Moberg car j'ai beaucoup aimé cette saga (si on oublie le tome 2 donc ;) Je reconnais que le tome 1 n'est pas passionnant mais il sert de présentation. Moberg aurait pu raconter les deux premiers tomes en un seul pour donner un élan parce que je peux comprendre que le lecteur ne se sente pas embarqué d'office et c'est dommage puisque tout devient de plus en plus intéressant une fois que tout le monde est arrivé en Amérique.

Quant au Lynch, la troisième partie est effectivement très brouillonne. L'aspect "western" ne fut pas un problème à mes yeux mais j'ai passé mon temps à essayer de trouver un sens aux différents fils dont certains sortaient de nulle part et d'autres n'aboutissaient nulle part.

Quels billets précisément ? Styron et Gordimer ou Gordimer et O'Faolain ?
D'ailleurs as-tu reçu mon lien pour le Styron ?

VF : je n'arrive pas à lire en français depuis le début de l'année ; j'ai fini le dernier Journal de Juliet dans les premiers jours de 2015 et depuis il n'y a rien à faire -_- Ce n'est pas que je lise des chefs-d'œuvre en anglais (j'ai besoin de m'aérer la cervelle en ce moment) mais je décroche de tout en français au bout de quelques pages (français VO ou français suite à traduction). Cela commence à me peser d'ailleurs et je risque de proposer comme lecture nonfiction pour février un bouquin en anglais non traduit si ma "crise" ne passe pas.

16. Marilyne 19/01/2015

Ce n'est pas que la lecture m'a déplu, c'est que je n'ai jamais pris le temps de poursuivre. C'est le problème avec les sagas, j'y vais à reculons, toujours peur de " m'enfermer " dans cette lecture vu le nombre de tomes.

Gordimer et O'Faolain ( noté depuis un moment celui-ci, tu as bien raison d'enfoncer le clou ^-^ )
Pas reçu ton lien pour le Styron, je l'enregistre maintenant.
( pas de souci pour la VO en non-fiction. Bonne lecture :))

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