Cartons - Pascal Garnier

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- Zulma -

Tout commence par un déménagement – cette  » catastrophe naturelle  » : Brice, illustrateur de livres pour la jeunesse et compagnon de la dive bouteille, quitte son appartement lyonnais pour une grande maison plutôt isolée à la campagne. Il a choisi l’endroit avec son épouse journaliste d’ailleurs partie quelque part en Egypte. Esseulé, sans nouvelles d’Emma, Brice s’abandonne peu à peu au désespoir en squatteur de son propre logis, ne sortant plus guère du garage où sont entassés les cartons qu’il éventre au petit bonheur. Les évocations d’Emma, l’attente d’un appel qui ne vient pas, et la rencontre de Blanche, une étrange femme-elfe sans âge, sorte de spectre de l’enlisement provincial, ponctuent cette dégringolade dans l’enfer des cartons.

Parution posthume de l’écrivain Pascal Garnier disparu en 2010, Cartons est un roman noir au style parfait, la tension monte tandis que personnages et lecteurs s’enfoncent. C’est le noir de l’humour d’abord, le noir de l’atmosphère dramatique ensuite.

A la dérision et l’ironie de la première partie sur les affres du déménagement – aux pages d’anthologie - auquel est incapable de faire face Brice –  » Vous faites chier, les intellos, faut pas tasser les cartons de livres, comme ça ! – Désolé, je ne savais pas. – Ben comme ça vous saurez.  » – succèdent un temps flottant, une forme de délire, de dérive. Le héros de cette histoire se perd dans sa nouvelle maison, impuissant à reprendre le cours de sa vie, à donner à ce nouvel environnement une dimension de nouvel univers, de nouvelle vie –  » Il fit le tour des chambres, se crucifiant à chaque fenêtre pour maintenir bras ouvert les volets. De l’extérieur on aurait pu croire un coucou suisse. Dong, l’horloge du clocher lui asséna la demie.  » Désoeuvré, apathique, il éparpille le contenu de ses cartons, s’éparpille, s’intallant dans le garage au coeur du déballage dont chaque objet n’a plus de sens – «  La vie lui tombait des mains  » - Ou en a trop. Ensemble, comme des épaves d’une existence d’avant. Presque un coma, une perte de (re)connaissance. La rencontre avec Blanche l’entraîne hors de cette nébuleuse vers le monde trouble et incertain de la jeune femme, tout aussi lourd de souvenirs. La lueur est blême, leur hospitalité est inhospitalière. L’air devient pesant, plombé, menaçant, vicié de souffrances occultées; le délire cède la place à la folie, aux tragédies.

Cartons, c’est le deuil d’une vie. Et l’amour à mort. 

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 » - … promettez-moi de ne pas mourir.

- Je ferai ce que je peux, mais…

- Ne croyez pas ce qu’on vous dit. Il n’y a rien en haut, rien en bas. Juste nous, ici et maintenant, comme des naufragés. «

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