De sel et d'eau - Vanessa Simon Catelin

 

Vsc

- Editions du Frisson Esthétique -

De sel et d'eau, quatre nouvelles poétiques, dévorantes et salées, où, quand les rêves mutilés dérivent au-delà des lointains, les êtres les contemplent et s y noient, comme la vague se fracasse dans le brouillard assourdissant des embruns.

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Quand une auteur jeunesse que j'apprécie [ je ne peux que recommander encore les albums Comme deux gouttes d'eau ( avec François Soutif - Kaléidoscope ) et Peau de lapin ( avec Brunella Baldi - Motus ) ] écrit un recueil de nouvelles, je le lis. Et j'attends pieusement et patiemment l'un des mois de la nouvelle qu'organise Flo pour le chroniquer en espérant lui offrir ainsi un petit peu de visibilité.

Joli moment de lecture, quatre jolis moments de lecture. J'ai plongé dans chacune de ces nouvelles, en variations de tons, pour des raisons différentes; à chacune la mer, ses rivages et ses profondeurs. Vanessa Simon Catelin maîtrise la brièveté narrative et émotionnelle qu'exige la nouvelle.

La première, éponyme, est une poétique, une fable dans laquelle la plume se donne en métaphores, un chant languissant, tandis que les suivantes nous mènent sur des récifs contemporains, sans pathos superflu, sans concession ni tension, soit en résonances ( L'estaca : le sud et l'expulsion d'une communauté de gens du voyage racontée sous les accords d'une guitare - Le souffle des baleines : jusqu'au Québec, là où migrent les baleines en remontant le Saint-Laurent, là où l'esprit veille, entre deux eaux, là où s'est immergée la mémoire douloureuse ), soit en touches d'ironie ( L'héritagela Normandie et ses résidences secondaires familiales ).

De l'écume sur la page.

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" Tchavo n'a plus rien. Sa dernière force vient de lui être arrachée. Son âme. Pas un pacte avec le diable. Du grand banditisme, une organisation d'Etat. Tout ça par peur de ces vieux brigands dans les quartiers du port, de ces mauvais vents qui soufflent sur les quais. A cause du besoin de se rassurer, d'assainir l'air quand les ondes sont saturées d'envies et de rêves.

Tchavo, arrêté pour tapage nocturne, était armé d'une guitare. On la lui a confisquée, volée. Il est maintenant moins que rien, trop vieux, trop triste. Sa solitude se dilue dans les vapeurs d'alcools frelatés. Personne ne prête plus attention à lui, tout perdu qu'il est, Tchavo, devenu éther, transparence dans les foules de braillards éméchés. Tchavo que plus personne n'écoute, sauf peut-être, ceux qui l'ont connu. Avant.

[...]

Tchavo fait corps avec la caisse. Ses doigts galopent, s'accrochent, soubresautent et repartent. Les sons s'infiltrent en lui et ricochent en moi. Résonance. Le temps se joue, en suspens, les cordes chantent et sa guitare raconte la terre, aride, rouge et semée de pierres; le temps qui roule sous la semelle; le bonheur tendre ou sauvage. Sans un mot, il vante les corps qui s'unissent, les coeurs qui résistent. Funambule, il prend sa respiration, se soulève et se pose un peu plus loin; comme un grand échassier des rizières, il vole, libre, d'un pieu à l'autre. Et les barques glissent, silencieuses.  "

- Extrait de L'estaca -

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Bonus : cet ouvrage est un bel objet éditorial. Comme un cahier d'écriture, les pages épaisses dont le fond crème est parsemé d'un fin motif pour chaque nouvelle, un fin motif en surimpression, en évocation de la photographie noir & blanc sur double page en ouverture de chacun des récits. 

J'ai aimé ce recueil ( j'ose espérer que vous savez que je n'amuse pas à écrire ce que je ne pense pas à propos d'un livre sous prétexte que j'ai rencontré son auteur; l'ego-people comme le buzz, " ce n'est pas ma came " ainsi dit Flo ;) ). Chacun de ces récits m'a touchée, autant par les thèmes que par la prose. De sel et d'eau, c'est le goût des larmes, qu'elles soient de mélancolie, de tristesse, de colère de solitude, de deuil. Si vous le souhaitez, j'aimerai que vous y goûtiez. Mon exemplaire à celui, de goût, du voyage. Comme une bouteille à la mer.

- Le Frisson Esthétique ( éditions et revue ), c'est ICI -

Vanessa Simon Catelin vit et enseigne à Honfleur où elle a créé « Les Z Ateliers de la Tête de Bois » et coordonne le festival de la francophonie « PAROLES Paroles». Son blog, c'est ICI -

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- Je crois que vous avez compris que c'est le Mois de la nouvelle avec Flo :)-

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Commentaires (10)

1. Kathel (site web) 08/11/2014

Je ne connaissais pas du tout (mais la littérature jeunes, je n'y connais rien) mais bien sûr, tu réussis à me tenter. Ton livre a le goût du voyage, j'entends, mais est-ce bien raisonnable ?

2. Anne (site web) 08/11/2014

Rien que le nom de l'éditeur annonce déjà quelque chose d'original ;-)

3. Marilyne 08/11/2014

@ Kathel : je crains que ce ne le soit jamais... ( aurais-je oublié de préciser que ce recueil compte à peine plus d'une soixantaine de pages ? ^^ )

@ Anne : la conception du livre est adaptée à ce nom :)

4. Moka (site web) 09/11/2014

Les citations que tu proposes sont déjà une belle invitation à aller voir plus loin, à tourner les pages. Je note évidemment.

5. Flo (site web) 09/11/2014

"j'attends pieusement et patiemment l'un des mois de la nouvelle" > mouahahah ;D C'est un badge de martyre qu'il te faut, pas de vétéran ;p

Très beau billet comme toujours. Tu me donnerais presque envie pour les ambiances, les "histoires" mais j'ai peur que le style ne soit "pas ma came" (je me cite moi-même, j'espère que ça ne te dérange pas ^^) Je reste toujours méfiante quant aux styles poétiques ; j'ai peur qu'ils prennent le pas sur le fond qui est ce qui m'intéresse le plus quand même (il peut toujours y avoir des exceptions mais il faut être sacrément doué pour me faire oublier l'histoire).
Bref, je sais pas et tu as le chic pour me laisser dans cet état !

6. Mina (site web) 10/11/2014

Contrairement à Flo, je sais et je te suis les yeux fermés lorsque tu évoques ainsi une poétique. J'ai envie de goûter à cette eau, à ces nouvelles et de me laisser à nouveau porter par le ressac, par l'écume sur les pages (qui me fait penser à un autre petit livre bleu, bel objet également, que je prévois de te faire parvenir, en espérant que tu y trouves ce même goût de larmes).

7. Naïk (site web) 10/11/2014

Très joli billet ! Poésie, voyage et rivages, je note sans hésiter :)

8. Marilyne 11/11/2014

@ Moka : ça me fait plaisir. Je crois que cette nouvelle " L'estaca " est ma préférée.

@ Flo : " C'est le Bronx " ? ( je l'aime bien celle-là aussi :D ). Franchement, je ne suis pas certaine. Le style ne prend pas le pas sur la narration de fond mais je me demande si ces histoires correspondent à ce que tu attends de lire. Disons que je pense que oui pour deux sur quatre ;-)

( ne te loupe pas sur le badge :))

@ Mina : je ne voulais pas trop insister sur le mot poétique... ^^ J'ai lu ce recueil en octobre, et je pense encore à ces nouvelles. Finalement, c'est la première qui me reste moins, la plus " poétique ", parce que la plus offerte au style. J'ai aimé " l'ancrage " dans la réalité, ces histoires. Je crois que tu y serais sensible.

( un petit livre bleu... j'aime qu'on me confie des petits livres bleus :))

@ Naïk : Je vous remercie. Je serai heureuse que vous rencontriez Vanessa Simon Catelin que ce soit en jeunesse ou en recueil... :)

9. Flo (site web) 13/11/2014

Hum hum... Bon, au moins je sais que si je veux faire publier un recueil de mes expressions favorites, j'aurais déjà une acheteuse ;p
Ton hésitation ne fait que me convaincre que je fais mieux de passer mon tour. On se retrouvera une prochaine fois.

(j'ai fait un test pour le badge ;)

10. Marilyne 16/11/2014

Et bien, quand je regarde les billets prévus, pas si sûre que nous nous retrouvions avec cette session ( Japonais et Russe à venir, l'Italien, tu l'as déjà lu :)), l'important c'est de participer ;)

( cool pour le badge :D )

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