Je finirai à terre - Laurent Gaudé

 

Je finirai a terre

- Babel -

Cette nouvelle raconte comment Un soldat des tranchées fuit le “golem” que la terre a façonné pour punir les hommes, ou plutôt comment il découvre l'existence de ce golem.

Dans un village, en Artois, un soldat a pour mission de prévenir un paysan de la mort d'un homme de sa connaissance et de lui délivrer ce message, les dernières paroles : " Je n'ai pas pu le contenir. "

Laurent Gaudé signe un texte au parti-pris narratif singulier pour dénoncer les ravages de la guerre puisqu'il choisit le genre fantastique. Sans que la nouvelle soit originale ( la structure et l'écriture du texte peuvent être qualifiées de classique : atmosphère d'inquiétude et de tension jusqu'à la narration enchâssée relatant la naissance du golem, le combat contre lui ), ce qui en fait la singularité, c'est qu'il donne " vie " à la terre, cette terre éprouvée par les combats. C'est cet aspect du fantastique, la terre personnage à part entière, qui offre les belles pages de cette nouvelle et son intérêt.

" La terre sûrement reconnue la guerre : les hommes qui tombent, les trous que l'on fait en son sein, tombeaux et explosions, elle avait déjà été tant de fois objet de combats. Elle avait déjà tant de fois senti des incendies courir sur elle, des projectiles s'enfoncer en elle. Elle avait été déjà tant de fois martelée par le bruit sourd des bataillons qui marchent au pas lent de la mort. Elle connaissait tout cela : le tambour et l'éclair. Elle savait qu'il n'y avait qu'à attendre. Attendre que les hommes s'épuisent, battent en retraite et capitulent. Cela n'avait jamais empêché les corbeaux de croasser. Mais cette fois, c'était différent. Lorsque les premières fumées se furent dissipées, elle se rendit compte que jamais auparavant les coups qu'on lui avait portés n'avaient été aussi durs, que jamais ils ne lui avaient gravé dans la peau d'aussi profonds cratères. Cette fois, les hommes marchaient sur elle avec une pesanteur nouvelle. Ils étaient plus nombreux. Ils faisaient plus mal. "

La dernière page se lit comme un adieu, un renoncement du soldat face aux méfaits des hommes, leur condamnation pour les désastres écologiques dont ils sont responsables. Son lyrisme et son message m'ont paru trop appuyés même s'il est évident que la volonté était de donner cette dimension supplémentaire au-delà du contexte initial de la Première Guerre Mondiale en y développant les sentiments de peur, de fragilité et de dépendance devant la nature. Si ces sentiments sont bien rendus, cette page m'a semblé surnuméraire dans la mesure où, justement, j'ai regretté qu'elle s'éloigne du contexte historique alors que le choix narratif, " la création " de ce personnage, la terre, était particulièrement évocateur.

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L'exemplaire de cette nouvelle est hors-commerce, il était offert lors d'un opération commerciale de l'éditeur en 2011 ( pour deux Babel achetés ). Renseignements pris ( car ce n'est pas précisé sur cet exemplaire et j'apprécie de savoir ce que je lis ), cette nouvelle est publiée dans le recueil Les oliviers du Négus ( recueil maintenant paru en collection Babel - 2013 ), recueil de quatre nouvelles mêlant les genres et les époques. Seule la nouvelle Je finirai à terre a pour contexte la Première Guerre Mondiale. Le roman de Laurent Gaudé intitulé Cris lui est consacré.

Mois de la nouvelle avec Flo -

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Commentaires (12)

1. Lili (site web) 06/11/2014

Malgré tes réticences, j'avoue que tu me tentes terriblement avec cette nouvelle. Décidément, la plume de Gaudé m'attire à tous les coups. Je vais mettre "Les oliviers du Négus" dans ma liste de livres à acheter prochainement ^^

2. Asphodèle (site web) 06/11/2014

Je suis un peu monomaniaque avec certains auteurs et c'est le cas pour Gaudé, même quand on dit qu'il fait du Gaudé !!! J'ai Cris et Les oliviers du Négus dans ma PAL, j'attends mon heure ! :)

3. Anne (site web) 06/11/2014

Je vais peut-être plutôt choisir de lire "Cris"... ?

4. Marilyne 06/11/2014

@ Lili : je veux bien reconnaître que je chipote ^^

@ Asphodèle : parfait, tu es équipée :)

@ Anne : oui, si tu veux lire un roman de L.Gaudé sur la Première Guerre Mondiale. Je ne peux t'en dire plus, je ne l'ai pas lu. Pour cette nouvelle, je t'amène mon exemplaire, tu n'auras pas à choisir.

5. Noukette (site web) 06/11/2014

Les oliviers de Négus... Toujours pas lu ! L'occasion toute trouvée !

6. Kathel (site web) 07/11/2014

Tu me donnes envie de découvrir le recueil dont cette nouvelle est issue... Les oliviers de Négus, un bien joli titre.

7. Flo (site web) 07/11/2014

Pas mon truc du tout (Gaudé et la guerre c'est une obsession visiblement) mais tu sais que je ne suis qu'exceptionnellement dans la tendance ;)

8. Marilyne 07/11/2014

@ Noukette : une occasion suffit ! :)

@ Kathel : le titre est prometteur. Si je poursuis avec Laurent Gaudé, et je dois bien avouer que ce n'est pas franchement prioritaire, ce sera sûrement avec celui-ci.

@ Flo : quelle tendance ? Où ça une tendance ? :D

9. Valérie (site web) 07/11/2014

je suis réfractaire aux nouvelles (et comme je lis en ce moment Le prix Nobel spécialiste de la nouvelle et que je souffre, je me dis que ce n'est pas près de changer). Et même si je suis consciente du talent de Gaudé, je n'y suis pas sensible non plus. Alors tu comprendras que je ne le note pas.

10. Marilyne 07/11/2014

@ Valérie : j'adore ton commentaire, c'est un grand cri du coeur de lectrice :) . Effectivement, la nouvelle n'est pas un genre qui te convient, bon, c'est comme ça, on ne pourra pas dire que tu n'as pas essayé, entre R.Carver et A.Munro ! Tout bien compris ^^ ( mais je ne renonce pas à te tenter, avec d'autres genres, une fabuleuse BD et un roman irlandais la semaine prochaine... moi aussi, j'aurai essayé ;))

11. Naïk (site web) 08/11/2014

Je suis également ravie de découvrir vos pages grâce à Flo :-) j'avais lu "Dans la nuit Mozambique" et c'est la première nouvelle du recueil sur l'évasion d'esclaves qui me reste surtout à l'esprit. Je tenterai peut-être cet autre recueil, même si j'ai parfois une lecture un peu critique des intrigues historiques (J'ai fais des études d'histoire et je tique parfois sur des petits détails, qui me coupent un peu du texte ;))

12. Marilyne 08/11/2014

Bienvenue Naïk. Je comprends pour les récits historiques. Pour cette nouvelle en particulier, cela ne devrait pas vous gêner, l'élément historique est un contexte, une atmosphère, aucune indication réelle si ce n'est l'année 14 et la région du Nord.

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