La silencieuse - Ariane Schréder

 

Silencieuse

- Editions Philippe Rey ( 2013 ) - Collection poche Fugues ( 2015 )

C'est dans une grande maison isolée au bord d'un fleuve que Clara vient se réfugier après une rupture amoureuse. Là, elle passe ses journées dans l'atelier à sculpter d'aériennes silhouettes, des mobiles qui touchent terre. Au contact de la nature et des gens du village, la jeune artiste va s'ouvrir peu à peu, reprendre pied. Jusqu'à ce qu'une nouvelle perte menace cet équilibre fragile... Dans ce roman délicat, Ariane Schréder dépeint une femme discrète sur le chemin qui la mènera des mots du silence à ceux de la vie.
 
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Un très joli premier roman qui a accompagné un temps de pause éprouvant, choisi pour le titre, cette couverture, cette quatrième, avec lesquels j'ai pressenti ces sentiments d'intériorité, de mélancolie et de consolation. 
 
Parce que malgré la tristesse du contexte décrit, il est doux ce roman, reposant. 
La silencieuse c'est le récit d'une retour sur soi, sur les failles que révèle la rupture amoureuse mais également sur les traits de personnalité essentiels, sur l'essentiel à reconnaître. Ce roman n'est pas celui d'une introspection ni du grand drame amoureux ( bien que j'en ai regretté le final en mélo fleur bleue ), il est celui d'un temps nécessaire en retrait, en retraite. J'y ai particulièrement apprécié cette intériorité profonde en toute modestie, le regard qui restait attentif à l'extérieur, aux saisons, aux autres; délicate lumière sur les pages.
 
Clara, trentenaire, est artiste, sculpteur, marionnetiste. Depuis bien avant la solitude, elle est introvertie et solitaire. Sur une année, d'un été à l'autre, nous la suivons s'approprier son nouvel espace, son nouvel environnement, tout ceux et ce qui constituent ce petit monde là et son petit monde intime. De promenades en bord de fleuve en rencontres, de phrases courtes sur ce style épuré faussement simple en descriptions limpides, nous suivons ses pas et ses questionnements sur son art qu'elle confronte à la quête douloureuse de Giacometti. 
 
Je crois que ce qui m'anime, lorsque je sculpte, ce n'est pas la quête de la beauté, de l'harmonie, de la singularité, que sais-je, c'est simplement le désir que la sculpture finie - figure humaine ou animale, végétale même - semble faire signe à celui qui la regarde. Qu'elle paraisse vivante. Je dis paraisse par pudeur ou modestie. Pour moi, c'est tout simplement qu'elle soit vivante. "
 
J'ai particulièrement apprécié la limpidité de cette écriture qui se mêle aux paysages de rives, ce " quelque chose de liquide " qui coule et entraîne en douceur sans être lent en variations de tons et de portraits, cette attention portée à chacun des personnages.
 
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Dans l'atelier, dans la maison, le blanc occupe tout. Les murs et les sculptures. Les couleurs sont dehors. Quand je me suis installée, elles étaient partout. Le rouge au cerisier du voisin, brillant sous le soleil, le vert de l'herbe humide, le mauve des pois de senteur qui aggripaient tout ce qui monte dans le jardin.
A présent, à mesure que l'été sec s'impose, elles ont jauni. Elles se réfugient dans le ciel au coucher du soleil. A ce moment-là, je regrette de ne pas être peintre. Je voudrais pouvoir moi aussi créer une telle splendeur, un déluge de rose, de bleu, d'or, de blanc, et la nuit qui avance. Hier, la lune était si dorée qu'elle faisait un halo dans le ciel encore clair. Je n'ai pas la palette, ni les mots. "
 
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- Le billet d'Aifelle -
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Giacometti
 
- Giacometti -
 
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Commentaires (13)

1. Lili (site web) 11/05/2015

La douceur et cette impression que tout flotte, est lié, dans les extraits que tu cites, me parlent assez :)

2. Aifelle (site web) 12/05/2015

Je garde un bon souvenir de cette lecture, dont on n'a pas assez parlé.

3. Moka (site web) 12/05/2015

Tout ce que tu en dis (très joliment d'ailleurs) me donne furieusement envie de le lire.

4. keisha (site web) 12/05/2015

Je veux le lire! Il est arrivé chez moi en 'non demandé' donc ça traine, mais j'ai un bon a priori...

5. Dominique (site web) 12/05/2015

joli billet, j'ai assisté ce matin à une intervention de Brigitte Giraud qui parlait aussi de rupture, décidément je baigne dedans aujourd'hui

6. Kathel (site web) 13/05/2015

C'est le genre de livre qui doit tomber au bon moment... je le note parce que tu en parles très bien.

7. titoulematou (site web) 13/05/2015

vous me tentée!!!!!!!!

8. Marilyne 16/05/2015

@ Lili : ravie, il est tout en atmosphère ce roman.

@ Aifelle : c'est certain, et c'est dommage.

@ Moka : Aaah, j'espère que ce sera un joli moment de lecture pour toi aussi.

@ Keisha : ben oui, place le en haut d'une pile, tu ne devrais pas être déçue.

@ Dominique : heureusement, dans ce roman, il n'est pas seulement question de la rupture amoureuse, les ruptures sont autres aussi.

@ Kathel : merci. ( je pars tout bientôt en Italie :) )

@ Titoulematou : tant mieux !

9. chinouk (site web) 16/05/2015

oula... faut pas me parler de maison idosé à moi hein :) Il me tente beaucoup ce roman tout en douceur

10. Marilyne 17/05/2015

@ Chinouk : et tu sais quoi, il y a balade à vélo :)

11. chinouk (site web) 18/05/2015

Vendu ! ;)

12. Tania (site web) 24/05/2015

J'avais manqué ce beau billet et je note le titre tout de suite, cet univers me parle, cette attention aux couleurs - le silence aussi.

13. Marilyne 27/05/2015

@ Tania : je ne peux que confirmer comme cette lecture est jolie, attentive.

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