Le meilleur des jours – Yassaman Montazami

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- Sabine Wespieser Éditeur -

Ce premier roman, c’est le roman du père, une (auto)biographie, un récit d’enfance et de racines.

Le titre est la traduction du prénom persan du père- Behrouz -, éternel étudiant idéaliste, intellectuel engagé. A travers cette figure paternelle tutélaire, à travers l’hommage, l’amour, c’est une histoire de famille, l’histoire de l’Iran vue de France, en France.

De très courts chapitres déroulent un fil chronologique en scènes et portraits, séquences et tableaux d’heures et de rencontres évocatrices. Sous les souvenirs d’enfance, la plume et le regard de l’adulte. C’est toute la finesse de ce roman qui parvient à mêler la fraîcheur et les illusions enfantines au témoignage de la communauté iranienne exilée, à une vision plus ample à la fois lucide et profondément humaine. La plume sensible, portée par la tristesse d’une perte intime, dessine un sourire tendre, indulgent, sachant pourtant inscrire sans compromis les mots d’une page d’Histoire tragique.

 » A force d’entendre toutes ces histoires, il m’était apparu qu’un vrai Iranien était nécessairement un fugitif. Aussi m’arrivait-il parfois de regretter que nous nous soyons installés en France avant la révolution : nous n’avions pu mettre à l’épreuve notre endurance et notre courage – nous connaissions l’exil, mais nous n’avions pas connu l’exode.

Cela ne me dispensait pas pour autant de tenir mon père pour un authentique héros. Ses publications et ses prises de position politiques lui interdisaient en effet de remettre les pieds en Iran, où elles l’auraient tout droit conduit en prison. La prescience que tout le monde lui reconnaissait au sein de la diaspora iranienne m’emplissait également de fierté : après être retourné à Téhéran dans l’euphorie qui avait suivi la fuite du shah, en février 1979, il avait été l’un des premiers à reprendre l’avion pour l’Europe, dès l’été, pressentant l’hécatombe qui allait décimer les militants gauchistes malgré leur soutien aux islamistes, auxquels les unissait une même détestation de l’impérialisme et de la bourgeoisie. Mon père, pour qui la laïcité était une des conditions indispensables à l’avènement de la démocratie, avait du reste toujours marqué une forte défiance à l’idée que des religieux s’emparent du pouvoir. Celle-ci le retenait déjà d’accompagner ses amis en pèlerinage à Neauphle-le-Château, où l’ayatollah Khomeiny, le guide de la Révolution à venir, s’était installé en octobre 1978. « 

Ces mots, ce sont les empreintes que suit une femme sur son chemin de mémoire familiale, la piste qu’elle trace à son tour.  » Le meilleur des jours  » nous offre toutes les qualités d’un premier roman, les motifs de l’écriture, ses promesses. Une plume qu’il sera plaisant et intéressant de suivre pour savoir jusqu’où elle ( nous ) mène.

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