Le peintre d'éventail - Hubert Haddad

Peintre

- Editions Zulma -

C’est au fin fond de la contrée d’Atôra, au nord-est de l’île de Honshu, que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, se cache la paisible pension de Dame Hison dont Matabei apprend à connaître les habitués, tous personnages singuliers et fantasques. Attenant à l’auberge, avec en surplomb la forêt de bambous et le lac Duji, se déploie un jardin hors du temps. Insensiblement, Matabei s’attache au vieux jardinier et découvre en lui un extraordinaire peintre d’éventail et un subtil haïkiste. Il devient peu à peu le disciple dévoué de maître Osaki.
Fabuleux labyrinthe aux perspectives trompeuses, le jardin de maître Osaki est aussi le cadre de déchirements et de passions, bien loin de la voie du Zen, en attendant d’autres bouleversements…

Cette quatrième de couverture, si détaillée puisse-t-elle paraître, ne présente heureusement que le début du récit. Heureusement dans tous les sens du terme; un contexte envoûtant sur lequel la plume de Hubert Haddad déploie sa vertigineuse maîtrise narrative, comme se déploient les vues précieuses de ce jardin, perspectives, miroirs, les heures des lumières, les sentiers ombragés, les chemins de pierres, les chutes, des feuilles et des cascades…

Un vertige, ce livre, ce troublant  » harmonieux vertige  » que quêtent les peintres-jardiniers, et les folies humaines sur ces pages pourtant délicatement parsemées de foisonnants tableaux et de la grâce légère des poèmes.

D’une écriture à la fois rigoureuse et déliée, sur une histoire intimiste, dans un lieu clos, hors-temps, Hubert Haddad peint tout en finesse, le trait à la fois précis et ample, des personnages et des paysages aux couleurs profondes et trace les lignes de la culture japonaise.

Quant à ce bandeau   » Sublime Japon « , ( ce type de bandeaux rouges qui aurait été une fâcheuse invitation à me faire reculer d’un pas si ce livre n’avait pas été édité par les éditions Zulma, je l’avoue ), il faut le comprendre comme un hommage. Ce livre est un hymne au Japon,  une histoire qui s’attache à la beauté malgré son Histoire tourmentée par les catastrophes. Entre paradis et enfer, entre l’appel au ciel et l’appel de la terre, entre amour et mort, du plus cruel au plus raffiné, de l’horreur à la pureté, ce sont les réminiscences d’un désespoir d’après-guerre et celui des violences contemporaines, c’est l’éloge de l’art du pinceau et de celui de la nature.

Sublime roman.

 » Chaque hiver, c’est la même surprise, comme s’il fallait recommencer à partir de rien la grande fresque du temps. Il neige sur le monde comme sur la mémoire. Là-haut, derrière une vitre, le visage fripé d’Aé-cha s’émerveille. A travers toute cette blancheur, on croirait celui d’une petite fille à peine éveillée. Une vapeur aux lèvres, Matabei jauge d’un coup d’oeil la charge de neige sur les branches fragiles des cerisiers. Les saules, eux, ne risquent rien. Le long des ruisselets, des efflorescences de gel se pressent en bouquets. Le silence trouve son fil dans un chuchotis d’eau vive, à peine trois notes par le bec et l’embouchure d’un pipeau de glace. L’une après l’autre, dissonantes, deux pies viennent fracturer un seau de verre dans le châtaignier.

A l’intérieur, côté atelier, Matabei s’est remis à l’énigme d’un éventail. Peindre n’a guère d’autre signification qu’un prolongement indéfini du regard - «

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