Le Sylphe - Claude Crébillon

Sylphe

- Mille et Une Nuits - La Petite Collection -

Une jeune comtesse retirée à la campagne rêve de rencontrer un de ces génies aériens dont se sont entichés les salons et les théâtres parisiens. Par une chaude nuit d'été, un sylphe invisible vient justement la surprendre, à demi nue dans sa chambre, et lui déclarer son amour. Au terme d'un dialogue serré, marqué par le protocole subtil du libertinage, elle pourrait avoir montré quelques faiblesses à l'étrange visiteur. A moins qu'elle n'ait rêvé...

Ce court récit de Claude Crébillon ( appelé également Crébillon fils - 1707-1777 ) considéré comme précurseur de Laclos, se lit comme un conte philosophique galant. Première publication de l'auteur, il se présente comme une lettre - Songe de Madame de R*** écrit par elle-même à Madame de S*** -. Sous couvert de ce contexte narratif réaliste dont l'introduction peint un tableau savoureux du libertinage de la société parisienne du XVIIIème, la Comtesse relate donc à sa correspondante un rêve, l'auteur jouant ainsi du mélange des genres et du respect des bienséances.

Ce songe est conté sous la forme d'un dialogue piquant entre la dame et le Sylphe ( un elfe, un génie de l'air, dans les mythologies celtiques et germaniques ), séduction par les mots, jeu de séduction avec les émotions, les sens, pas les sentiments. Il m'a semblé que, comme dans le roman Point de Lendemain de Vivant Denon, la scène, bien qu'à huis clos, relevait également du jeu théâtral.

Ce dialogue en réflexion à la fois légère et fine sur la (l'in)constance du désir et les principes de la passion - " ces moments où le coeur plus vif et plus prompt échappe à la réflexion " - sur ce coeur des femmes ( selon l'époque ), leur relation aux hommes. Et dans ce récit, aux plaisirs de l'amour s'associent l'élégante impertinence du style, ses métaphores et allusions érotiques, le charme de ce libertinage qui l'est aussi d'esprit face aux conventions sociales, aux règles imposées aux femmes.

" - Qu'est-ce donc, lui demandais-je, que les hommes appellent vertu ?

- La résistance que vous opposez à leurs désirs "

Récit qui m'invite à céder à la tentation du roman La Nuit et le Moment de l'auteur.

" - Ma belle comtesse, répondit-il, on dit à une belle qu'elle a des agréments, parce qu'en le lui répétant souvent, c'est une façon polie de l'exhorter à en faire usage "

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- Rendez-vous libertin avec Demoiselle Mina -

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Commentaires (3)

1. Mina (site web) 14/02/2014

Cède donc à cette délicieuse tentation. ;) Tu y retrouveras le jeu théâtral, très présent chez Crébillon. C'est aussi bien une marque du libertinage (le monde est une scène où chacun joue son rôle et adopte divers masques selon la circonstance) que de l'auteur, dont le père était dramaturge.
Merci encore de m'avoir accompagnée lors de ce premier rendez-vous libertin avec cet intéressant article.

2. Marilyne 14/02/2014

Avec plaisir. Comme dirait monsieur Oscar Wilde " Je résiste à tout sauf à la tentation " :)

3. lounima (site web) 16/02/2014

Voilà qui me tente, je note. Ce n'est pas mon genre de lecture habituelle mais je pense que cela pourrait me plaire... ;-)

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