Les Déferlantes – Claudie Gallay

 

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- Editions du Rouergue -

La Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d’hommes. C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l’automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d’un certain Michel. D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Envoûtée ! Je connaissais la plume de Claudie Gallay par son livre Dans l’or du temps qui m’avait déjà impressionnée ( et que je recommande chaudement ). Celui-ci s’invite dans la catégorie grand roman. L’auteur y donne toute la mesure de son talent.

Il est simplement magnifique, cinq cents pages de délicatesse et de beauté. Claudie Gallay mêle descriptions et portraits avec une force et une pudeur impressionnantes, une émotion prégnante.

Atypique, à l’atmosphère intimiste, ce roman dense est une voix, une présence, un lieu, un amour. Les mots, pourtant bruts, parfois arides comme ces terres qu’ils subliment, parviennent à raconter les silences, les tourmentes, l’ineffable.

Il se dégage de ce texte une lumière subtile, une étrange poésie, un charme troublant, un rythme hypnotique.

Roman de la renaissance à la vie, il dépasse son intrigue tant la pureté du style emporte le lecteur.

Etourdie, émerveillée, j’ai tourné à regret la dernière page de ce livre précieux.

 » La Hague est une terre de légendes, un lieu de croyances. On dit que certains disparus reviennent la nuit, incapables de se détacher de cette terre. De s’en séparer.

J’ai longé le quai. Les mouettes s’étaient regroupées sur la digue. Certaines dormaient déjà, le bec replié sous l’aile. La brume absorbait le bruit de mes pas, celui de ma propre respiration. Le clocher de l’église au loin.

Les nuits de pleine lune, il paraît qu’on peut voir un homme qui parcourt la lande montée sur un grand cheval. Les femmes rêvent de le rencontrer. Elles sortent la nuit, s’éloignent des maisons. Elles s’enfoncent en suivant l’un des petits sentiers très étroits qui se perdent dans la lande. Elles rentrent au matin, personne ne peut dire ce qu’elles ont fait.

Un cri tranchant soudain, et puis rien. Le silence, à nouveau.

Un lapin a détalé devant moi, sur le chemin. J’ai marché. Marché encore, cette nuit-là comme les premières nuits, quand je voulais te distancer. J’ai marché, marché jusqu’à épuiser mon corps. Même quand il a été épuisé, j’ai marché encore.

J’ai fait cela.

Cette nuit-là, encore.

J’ai mal dormi, empêtrée dans mes draps. Ou dans mes rêves. »

*

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