Lucia Antonia, funambule - Daniel Morvan

Daniel

- Zulma -

Ce roman pourrait être le journal d'un deuil en notes éparses – « courts paragraphes numérotés en chiffres romains » -, reliées par ces fils tissés entre les souvenirs de l'absente et l'histoire familiale, rédigées par une narratrice en exil dans une presqu'île de marais salants : « Je me suis posée ici, au milieu des oiseaux du sel. ». Mais il est troublant ce roman, il semble (em)porter plus que ça. Et cette narration ainsi que l'écriture sont à la fois prenantes et distanciées, alternant une sobre rigueur à des voltiges oniriques, à l'image de l'exercice du funambule peut-être.


Si les mots de Lucia Antonia s'élèvent et vibrent sans conteste au-dessus de la profondeur du gouffre, si j'ai perçu sa voix qu'elle croyait brisée, si j'ai vu la beauté de son regard à travers les personnes qu'elle côtoie, les images et les paysages, je n'ai pas reçu son émotion, perdant l'équilibre lors des virevoltes lyriques et égarée par les réflexions du personnage qui joue en écho le rôle du peintre, celui autant voué à immortaliser qu'à perdre son modèle. Ce peintre, seconde lecture troublante.


Peut-être trop en filigrane, le cirque, la fascination des spectateurs, les réfugiés d'Afrique, les liens qui se créent, qui créent une famille; trop de reflets et de miroirs ( déclinant la » gémellité » autant que la perte et l'inconsolable – se laisser regarder, aimer, par ceux qui ont regardé avec amour l'autre, l'autre que j'aime, qui est une part de moi, en moi – ) dans ce déroutant récit déroulant pourtant des thèmes universels et intemporels. J'ai eu l'impression que ce roman racontait plus une quête identitaire au sens identité à se réapproprier malgré le vide, le chemin de deuil que mena Lucia Antonia, l'adieu pour reprendre son envol, le nouveau départ d'une funambule dont les attaches se sont rompues. Au-dessus de cet abîme intime, l'air m'a paru tellement dense.

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