Sauf les fleurs - Nicolas Clément

Sauf

- Editions Buchet-Chastel -

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Je souhaitais lire Sauf les fleurs depuis que je l’avais repéré dans les programmes de parutions de rentrée littéraire. Premier roman, texte court. Et je dois avouer que je me le suis offert dès sa publication. Je l’ai feuilleté, de nombreuses fois, et à chaque fois quelque chose m’a arrêtée. Ce n’était pas le sujet qui m’agressait mais ces quelques phrases glanées qui m’égratignaient. J'ai été plus que déçue par cette lecture et ça me fait mal au cœur d’écrire d’un premier roman qu’il est le livre qui m’a le plus dépitée, avec l’impression même d’avoir été trompée, depuis des mois. Ne comptez pas sur moi pour user de formules consensuelles, des je suis passée à côté, ce n’était pas une lecture pour moi et autres ce n’était pas le bon moment . Cette chronique est maintenant publiée parce que la variété des avis, c’est aussi l’honnêteté de l’échange.

L’auteur multiplie sur ces moins de 80 pages les effets stylistiques qui accaparent la lecture sans lui donner du sens. Nous n’avons pas le même dictionnaire, certaines phrases n’ont eu pour moi aucune signification. Ce n’est même pas que les mots ne m’offraient aucune émotion, aucune image, c’est simplement que la phrase n’avait aucun sens. Simplement n’étant absolument pas le terme qui convient pour ce récit. Et je ne crois pas que l’on puisse me qualifier de lectrice insensible à une prose  » poétique « , à des univers d’écriture singuliers.

 » Dans la chambre apprivoisée, ses mains me trouvent après m’avoir cherché caresses. J’oublie le filet percé qui me juge. Des paroles me poussent dans la bouche, que ne trompe plus mon vœu de silence. La douceur de ses hanches me suspend à la barre de ses yeux, puis je retombe sur ses jambes plus légères que le vide. A l’odeur de ses mots fous dans mes cheveux, je sais que Florent a souci du puzzle que je suis, tandis que s’estompe l’image clouée à l’envers de ma boite. Nés d’un fil entre deux paysages, nous vivons d’une bouchée d’équilibre, notre envol, notre saut rattaché. «

 » Je ne dirai rien à Maman car Maman diffuse sous mes pieds son énergie voilée, sève de croissance édentée.«

Je suis persuadée que la force d’un texte court, c’est sa densité, sa puissance évocatrice par, justement, son économie de mots, sobres, choisis par ce qu’ils sous-tendent en échos, en vibrations que perçoit, que reçoit, le lecteur qui laisse résonner en lui la lecture. Il y a quelque chose de brut dans cette finesse. Une profondeur, un univers, une humanité et le regard de l’auteur sur celle-ci qui se dévoilent, en creux, en relief, en éclats. Comme dans Monde sans oiseaux de Karin Serres ou Pendant les combats de Sébastien Ménestrier. Et je suis convaincue que ce type d’écriture relève d’une maîtrise narrative, pas de l’exercice de style.

Par cet excès, qui décrit, non le contexte, mais les sentiments, sans leur donner de réelle dimension ou d’épaisseur à la narratrice, ces mots m’ont semblé dresser un mur entre la lectrice que je suis et le récit. Et le récit… c’est une force et non pas un tour que d’écrire sur un sujet difficile sans jouer avec les sentiments du lecteur. En l’occurrence ici, l’enfance martyre, battue, jusqu’au meurtre, d’abord de la mère tombée sous les coups. Bien-sûr, comment condamner un texte qui traite d’un tel sujet. Et c’est bien ce qui me hérisse dans ce type de lecture, la corde sensible alors que les phrases ne le sont pas. La petite phrase qui clôt chaque chapitre en annonçant l’âge tendre de la narratrice m’a exaspérée. Cet effet émotionnel est à la fois mièvre et déplacé, ça atteint peut-être le lecteur mais pour moi, ça n’atteint rien de littéraire. Tout dans ce texte m’a paru décalé, le ton inadapté, tellement appuyé. Un sujet lourd, ça se porte, avec une écriture qui se doit d’être forte mais pas lourde également. Et ce sujet, il s’apporte aussi. Alors que je n’ai eu que la sensation de lire un fait divers soumis à une application systématique. Pas une composition. Sans façon, trop de façons.

Si, après les deux titres cités précédemment de premiers romans courts, singuliers et marquants, je peux me permettre de vous conseiller deux autres premiers romans magistraux sur l’enfance, le dur des enfances sacrifiées servi par l’émouvant et le puissant de l’écriture, je cite avec admiration La Sauvage de Jenni Fagan et Si tu passes la rivière de Geneviève Damas.

- Liens sur les titres en bleu -

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