Le Golfe des Peines - Francisco Coloane

 

Golffcoloane

- Phébus - Libretto -

- Traduit de l'espagnol ( Chili ) par François Gaudry -

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Rien de tel que l'air du grand large lorsque l'on souhaite respirer ailleurs ( et recevoir son super badge Grand Aventurier du Mois de la Nouvelle :)). Les éditions Phébus ont eu la bonne idée au printemps de cette année 2014 de publier en collection poche Libretto pas moins de quatre romans et ce recueil de nouvelles de l'auteur chilien Francisco Coloane ( né en 1910 dans un petit port de pèche de l'île de Chiloé, il vit avec sa mère à Punta Arenas dans l'extrême sud du Chili après le décès de son père, capitaine baleinier. Orphelin à 17 ans, bien qu'ayant reçu un prix pour une première nouvelle, il renonce aux études et exerce divers métiers " qui lui permettent de cotoyer la population cosmopolite des régions antarctiques ... mais aussi de bien connaître les moeurs des Indiens, dont il sera un grand défenseur ", et qui inspireront ses récits. Dès les années 30, installé à Santiago, il reprend l'écriture en plus de professions qui se succèdent alors veuf après trois ans seulement de mariage avec un petit garçon. Il fréquente les écrivains latino-américains, se lie avec Pablo Neruda. Auteur de récits d'aventures inscrites dans l'histoire de cette Amérique Latine, il reçoit en 1964 le Prix National de Littérature et est élu président de la Société des écrivains du Chili en 1966. Il est comparé à Jack London. Francisco Coloane s'est éteint en 2002 à Santiago ).

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Dans ce recueil, dix-huit récits marins, des récits virils - sans pour autant que les femmes y soient oubliées - de tempêtes et de naufrages, en mer, à terre, mêlés aux légendes indiennes. Ce sont des histoires de vie et de mythes des pécheurs, des chasseurs, d'îles en îles dans les canaux de Patagonie, " dans les contre-courants et les remous qui bouleversent, sous la pression fluctuante du Pacifique, la surface des chenaux les plus calmes et les mers intérieures des archipels "; " les Magellanes où les gens, dit-on, viennent de partout et de nulle part ", des histoires d'hommes dans lesquelles résonnent encore les origines et les siècles espagnols, un esprit des lieux. 

Une littérature d'aventures, de dépaysement au Grand Sud avec laquelle le lecteur embarque la proue aux vents, aux vagues. Et ces pages sont aussi pour ce lecteur récit de voyages sur d'autres rivages dont les descriptions de faune, de flore, de paysages, de lumières océanes s'offrent avec mille couleurs sous une plume sans lyrisme particulièrement évocatrice. Ce Grand Sud, personnage à part entière.

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" Il contempla la vieille chapelle, construite sur une langue de terre basse et verdoyante, au bord de la mer, si vieille et si rongée d'humidité que les lichens du rivage se mêlaient à la mousse sylvestre grimpant sur les murs, couvrant la toiture d'un tapis végétal marbré et rampant jusqu'à la croix du clocher où les barbas de palo [ mousses en forme de barbe qui poussent sur l'écorce des arbres ] cendrées flottaient dans la brise matinale comme la chevelure du temps. 

Alentour, par les collines et les bois, étaient semées les maisons de la petite communauté de Compu, composée d'Indiens Huilliches, de métis et de quelques individus qui se prétendaient espagnols de souche à cause de leurs noms - Barrientos, Barria, Vera, etc. -, lointains descendants des troupes de Gamboa, qui avaient débarqué à Castro sans une seule femme à bord. "

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" On ne sait rien d'un marin tant qu'il n'a pas affronté une tempête, un naufrage, un sauvetage, la mort. L'abîme franchi, l'homme devient plus obscur, plus opaque. Alors, seulement, on peut espérer le connaître. Après ses bagarres avec la nature, semblables à celles qui éclatent entre les hommes. Et les hommes sont ce qu'ils sont. Un capitaine est bien forcé d'accepter ceux que recrute la compagnie. Il ne les choisit pas. Il y a vraiment peu de choses que l'homme choisit dans sa vie. Le plus souvent, c'est lui qui est choisi. "

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Naik a présenté Le passant du bout du monde, une histoire de sa vie.

Mois de la nouvelle avec Flo -

- Pour poursuivre le voyage en littérature chilienne du Grand Sud, je ne peux que vous recommander Le monde du bout du monde de Luis Sepulveda -

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Commentaires (10)

1. Kathel (site web) 25/11/2014

Des nouvelles du bout du bout du monde, ton commentaire et des extraits qui me parlent... je suis cuite ! ;-)

2. Kathel (site web) 25/11/2014

Je ne te dispute même pas ton badge d'aventurière, pfff...

3. Anne (site web) 25/11/2014

Quel titre et quelle couverture !!

4. Lili (site web) 25/11/2014

Hmm tout cela est bien inspirant !

5. Naïk (site web) 25/11/2014

Merci pour le lien Marilyne :) Je le lirai après "Le sillage de la baleine"! Une plume sans lyrisme et évocatrice, oui, c'est exactement ça, et c'est ce que j'aime dans son écriture.

6. Marilyne 26/11/2014

@ Kathel : je suis même étonnée que Francisco Coloane ne soit pas déjà ton ami :)

@ Anne : ce titre est réellement le nom d'un golfe. Quant à l'illustration de couverture, elle m'a interpellée aussi, j'ai donc regardé la référence : une peinture, la Terre de Feu par Rockwell Kent.

@ Lili : et inspiré :)

@ Naïk : il n'y avait que l'embarras du choix pour les liens, j'ai choisi la chronique avec toutes les autres ^-^

7. Soukee (site web) 26/11/2014

Je découvre cet auteur avec ton billet et je ne peux que le noter ! :)

8. Marilyne 26/11/2014

C'était une lecture découverte pour moi aussi. Bon voyage :)

9. Flo (site web) 03/12/2014

A lire les extraits, c'est bien écrit, je dis pas mais les sujets, le contexte, non je n'y arrive pas (j'ai une amie qui souhaite que je lise cet auteur depuis pas loin de dix ans donc il figure sur ma LAL mais j'ai un peu peur qu'il y passe encore dix ans :S)

10. Marilyne 03/12/2014

Je miserai sur le fait qu'il y reste encore au moins une décennie... pour le contexte peut-être plus que le sujet ( parce que si tu pourrais accrocher aux portraits et paysages, je ne crois que le monde des chasseurs-pécheurs soit pour toi :))

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