Los boys - Junot Diaz

Los boys

- 10/18 -

- Traduit de l'américain par Rémy Lambrechts -

Dans les barrios de Saint-Domingue et les communautés urbaines du New Jersey, le narrateur de ces dix nouvelles donne à voir son univers : celui d'une famille chaotique où le père est parti, et où l'argent manque cruellement. alors, pour ne pas craquer, on deale de la drogue, on vit de petits boulots et on drague.

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Ce livre est conçu comme un recueil de nouvelles bien qu’il n’en soit pas un dans la mesure où l’on retrouve le même personnage principal narrateur dans chacun des récits.  Ce sont les «  histoires » de Yunior ( Ramon comme son père ), sa vie d’enfant dominicain sans père, de jeune homme immigré avec sa mère aux Etats-Unis. Parce que le père est parti aux Etats-Unis. Aucune histoire n’est simple.

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«  … mais vous savez, une fois que quelqu’un a acquis une certaine vitesse de libération, il n’y a pas un truc au monde qui l’empêchera de partir. »

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Alors ce recueil, c’est la République Dominicaine d’après 1965 ( guerre civile puis occupation par l'armée américaine ), encore dans le souvenir des adultes – «  quand Abuelito était là ( et réveillé ) il me parlait du bon vieux temps, quand un homme pouvait encore gagner son pain sur sa finca [ ferme ], quand les gens ne tiraient pas des plans sur les Etats-Unis » -, c’est la famille, la relation au père qu’il soit absent ou revenu ( la dernière nouvelle lui est consacrée, la plus longue nouvelle pour son départ, son installation à Nueva York via Miami, son retour, cette figure, cette histoire,  en filigrane des précédents récits ),  l’enfance dans les rues de Saint-Domingue, dans le barrio «  qui n’était pas un endroit des plus sûrs ». Une enfance de misère et de rue, l’adolescence violente et précaire qui suit, les bagarres, les filles, le deal, les boulots, les combines, que ce soit dans un pays ou dans l’autre. Portrait d’une famille en dérive, tableau de l’immigration dominicaine, de l’immigration avec toutes les origines qui se mêlent dans certains quartiers de grandes villes américaines.

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«  Pruitt. La plupart de nos clients portent des noms de ce genre, des noms de cisions de la Cour suprême : Wooley, Maynard, Gass, Binder, mais les gens de chez moi, nos noms, on les voit sur les bagnards, ou par deux sur les programmes de boxe. »

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Les récits ne suivent pas la chronologie, se passent d’explications. Le contexte, l’époque, le lieu, se saisit au fil de la lecture des premières, le décor est planté avec brio en quelques lignes, les personnages bien campés, c’est en cela qu’il me semble retrouver l’art de la nouvelle. Le genre est au noir servi par un formidable sens de la formule et de l’oralité, une plume aiguisée, colorée de mots espagnols ( un «  argot hispano-dominicain »  selon l’éditeur, dont les termes sont répertoriés en fin d’ouvrage )

La prose de Junot Diaz est à la dérision et l’ironie, le sourire, il l’arrache à son lecteur, parce que pourtant, il n’y a pas grand-chose à sauver face à Yunior qui a parfaitement conscience d’ « à quel point il vit mal » et qu’il « ne peut pas rester éternellement nulle part. »

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«  Tu es de la capitale ? je demande.

Non.

Je suis né là-bas. A Villa Juana. Je suis arrivé ici quand j’étais gosse.

Elle hoche la tête en contemplant la circulation. Comme nous passons le pont, je laisse tomber ma main sur sa jambe. Je l’y laisse, paume en l’air, doigts légèrement recourbés. Parfois, on ne peut pas s’empêcher d’essayer, même si on sait que ça ne marchera pas. Elle détourne lentement la tête, examinant Manhattan et l’Hudson à travers les câbles du pont.

Tout est dominicain à Washington Heigts. On ne peut pas faire cent mètres sans passer devant une boulangerie quisqueya ou un supermarché quisqueya ou un hôtel quisqueya. Si je garais le camion et que j’en descende, personne ne me prendrait pour un livreur ; je pourrai être le type qui vend des drapeaux dominicains au coin de la rue. Je pourrai être un type qui rentre chez lui retrouver sa nana. Tout le monde est dans la rue et le mérengué coule des fenêtres comme de la télé. Quand nous atteignons son pâté de maisons, je demande quel immeuble c’est à un gosse affalé et il désigne l’entrée de son petit doigt. Elle descend du camion et lisse le devant de son sweat-shirt avant de suivre la ligne que le doigt du gosse a dessiné en travers de la rue. Cuidate, je dis. »

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Junot Diaz a reçu le Prix Pulitzer dans la catégorie fiction pour son premier roman La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao. Je crois que je vais le lire… ^-^

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- Souvenir de Festival America avec Jérôme :) -

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Commentaires (2)

1. jérôme (site web) 10/10/2014

Tu m'étonnes que l'on va lire son prix Pultizer !

2. Marilyne 10/10/2014

Je veux :)

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