Ton avant-dernier nom de guerre - Raul Argemi

Nomdeguerre

- Editions Payot - Rivages/Noir 2013 -

- Traduit de l'espagnol ( Argentine ) par Alexandra Carrasco-Rahal -

Victime d'un accident de la route, le journaliste Manuel Carraspique se retrouve hospitalisé au coeur de l'Argentine profonde. Il partage sa chambre avec un Indien Mapuche, que les infirmières appellent Marquez mais qui ne s'appelle peut-être pas ainsi, comme le soupçonnent les policiers qui viennent lui rendre visite. Manuel a plus ou moins perdu la mémoire, mais pas ses réflexes de journaliste. Dans le silence de la chambre, il entreprend de faire parler le blessé. Ce dernier raconte des choses terribles, des histoires à dormir debout dont il serait le héros. Délire ou vérité ?

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Du roman noir, du vrai, du bon, sans trash-gore, de ce tout bon aux racines du polar, témoigner, déployer la noirceur, des individus certes, mais d'abord de leur société.

Il s'agit d'une double enquête immobile avec deux grands blessés sur un lit d'hôpital et un agent fédéral, l'enquête du journaliste, l'enquête de l'agent. Et les passés des trois sur cette atmosphère lourde et trouble, une atmosphère de doutes, de craintes de ce qui va être raconté aussi lorsqu'on s'enfonce dans les récits, une atmosphère de paranoïa et pertes. Les récits se mêlent sur cette narration tendue qui ne lâche pas son lecteur. Ils se mêlent par le jeu identitaire et le jeu de mémoire, c'est bien là que tout se joue avec des scènes pour chacun des personnages qui se croisent, qui ne sont peut-être que de multiples identités...ce qui semble fragmentaire est évidemment un puzzle que nous reconstituons avec le narrateur. Une histoire de Caméléon et l'on se demande, tout en savourant l'ironie du ton, lequel des deux hospitalisés nous balade le plus, lequel balade l'autre ? Et la dernière page tournée, on ne peut s'empêcher de s'interroger, quel sera le dernier nom de guerre de...

Les guerres, ce sont les guerres civiles d'Argentine; les violences racontées dans ce court roman ( à peine 150 pages ) ne relèvent pas tant du crime individuel que de l'histoire de l'Argentine jusqu'en Patagonie, violence sur les Indiens Mapuche, violence des années de dictature. Et sur les mots et les morts de ces mémoires noires, cette quête identitaire de tous ces Argentins. 

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Raul Argemi ( né en 1946 ) était un homme de théâtre ( dramaturge et comédien ) lorsqu'il entre dans la clandestinité pour participer à la lutte armée contre la dictature militaire en 1969. Arrêté en 1974, il est emprisonné une dizaine d'années. A sa libération, il part vivre en Patagonie, il y exerce en tant que journaliste, correspondant de presse ( Le Monde Diplomatique ). Son premier roman paraît en 1997 ( traduit en français en 2005 ). En 1999, il quitte l'Argentine pour s'installer à Barcelone. Ton avant-dernier nom de guerre est son quatrième roman. Parmi d'autres prix, il a reçu le Prix Dashiell Hammett. Raul Argemi est également l'auteur de l'aventureux Patagonia tchou-tchou ...

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Si vous appréciez le roman noir, si je peux vous le servir argentin, je ne peux que vous recommander ceux de Mempo Giardinelli ainsi que son récit de voyage, lui aussi perdu en Patagonie.

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- Semaine argentine avec Anne qui vous présente Dernier train pour Buenos-Aires de Hernan Ronsino -

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Commentaires (4)

1. martine (site web) 04/09/2015

Ce n'est pas mon jour, entre Anne et toi... Je guette demain. ;)

2. Marilyne 04/09/2015

@ Martine : demain ne sera pas le jour des découvertes pour toi... ( et puis, quoi, un p'tit polar, t'y pense ? ;) )

3. Anne (site web) 04/09/2015

Moi je suis ferrée ! Encore un titre attirant grâce à toi ;-)

4. Marilyne 04/09/2015

@ Anne : je me demandais si tu serais intéressée, parce que si tu as adoré " Le chanteur de tango ", tu devrais bien (t')accrocher à celui-ci :-)

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