Une nuit de chien - Juan Carlos Onetti

 

Onetti

- Christian Bourgeois Editeur -

- Collection poche Titres -

- Traduit de l'espagnol ( Uruguay ) par Louis Jolicoeur -

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Juan Carlos Onetti ( 1909 - 1994 ) est un journaliste et écrivain uruguayen. Il publie son premier ouvrage " La Bataille " en 1939. En 1962, il obtient le Premio Nacional de Literatura, puis le Prix Cervantès en 1980, et le Premio de la Unión Latina de Literatura en 1990. Il est condamné à la prison en 1974, pendant la dictature militaire de Bordaberry. Il s'exile à Madrid en 1975, après sa libération.

Une nuit de chien est un roman noir. Il relate une nuit de coup d'état après une guerre; une nuit dans une ville comme un huis-clos sans que le contexte historique ou géographique soit précisé. Une nuit de chaos et d'intrigues, de trahisons, d'exécutions et de trafics autour des locaux du Parti, du poste de la police politique, du ministère de l'armée; une nuit de confusion et de tension, de violences et de désespérance autour d'un bateau qui partira à l'aube, un bateau de réfugiés. Qui a des billets, qui cherche à en avoir, qui doit partir ? " Un gouvernement provisoire en exil " ? " des gens que nous ne voulons pas ici et qui peuvent être utile dehors " ? , ces questions face au " désir animal de fuir ".

Tout se joue, tout commence et tout se finit cette nuit sur une narration en interne, resserrée sur le personnage d'Ossorio, l'un des responsable du Parti, en cavale et pourtant en combat, en perte de repères mais agissant. Puisque tout se finit. Les chiens prennent le pouvoir. Autant cette narration est resserrée sur les hommes - ces hommes puissants ces heures-là et ces nombreux hommes sans noms, ceux en pardessus sombres ou ces " civils " dont on ne sait rien que leurs réponses dans l'espace d'une scène - s'attache à eux, colle à leurs paroles et leurs silences, à leurs attitudes et à leurs actes, à leur solitude et à leurs âmes; autant ce temps nocturne semble s'étirer, se déliter. L'impression de lire en temps réel, avec parfois un pas en arrière pour un changement de champ de vision, le même moment, au même endroit ou ailleurs, un autre homme, d'un autre " camp ". Chacun sa dernière nuit, d'avant, hantée.

Les jeux de lumières sur les corps impressionnent, dans tous les sens du terme, marquant le récit en fractions, obscurité dissimulatrice, éclairage cru, ombres, lune lointaine et froide... Ce que traque l'auteur, c'est ce qui est au fond, derrière, dessous. 

Si Une nuit de chien est sans le moindre doute un roman politique, il n'est pas un roman engagé par rapport à des évènements socio-politiques sud-américains. Il a été écrit en 1942. La dictature frappera plus tard sur ce continent. En prologue, Juan Carlos Onetti explique que " lorsque ce roman fut écrit, des gens, en plusieurs endroits du monde, défendaient avec leurs corps certaines convictions de l'auteur. [...] Ce livre est issu du besoin - satisfait de façon mesquine et non compromettante - de partager les douleurs, les angoisses et l'héroïsme des autres. C'est, par conséquent, une tentative cynique de libération. "

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" Il poussa la porte avec l'épaule et le poing, glissa le bras dans la lumière et retourna la tête pour regarder la rue solitaire du faubourg, le trottoir d'en face avec les chaumières entourées d'arbres et les maisons aux vieux porches, la clôture de fil de fer et les haies de troènes qui se perdaient sinueuses dans le silence de la nuit couleur cendre. Il avança dans l'odeur mobile de légumes pourris, referma les battants de la porte avec le dos et regarda, cherchant l'endroit d'où était venue la voix, la main collée au pistolet dans la poche, sentant sa détresse dans la lumière, soustrait au monde nocturne de l'extérieur, seul et perdu dans le cercle de lumière blanche de la lanterne devant lui ( lumière agressive et joyeuse, sans pitié, comme un froid sourire intensément dirigé vers lui, immobile, dépensant à peine son incalculable capacité d'agression, comme pouvait sourire, en le regardant depuis l'impunité de la pénombre, l'homme qui avait dit Entrez ), et sentant comme son désarroi devenait accablant au-delà de la blancheur de la lanterne. "

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Commentaires (2)

1. Kathel (site web) 17/02/2015

Je n'aurais pas dû passer par ici ce matin... encore un livre que je DOIS lire !

2. Marilyne 17/02/2015

Tiens, je me disais les mêmes choses à propos d'un billet sur " Naufrages " de A.Yoshimura... ;)

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