La nuit - Ivan Bounine

Nuit bounine

- Éditions des Syrtes -

- Traduit du russe par Boris de Schloezer -

Un recueil de neufs nouvelles au titre évocateur, des récits de crépuscules qu’ils se déroulent en mer, en forêt, dans une isba, une maison de maître, dans un village ou le long de la perspective Nevski.

Traduit pour la première en français en 1929, ce recueil raconte la Russie, les émotions profondes en scènes pourtant universelles. Il y a de l’immense et de l’intime. Ces nuits, ce ne sont pas l’obscur et les ténèbres, ce sont les creux; une dimension, une épaisseur sur ces pages pénétrantes, des personnages singuliers, de chair et d’âme, le déconcertant, le bouleversant de la nature humaine. Et des paysages. Au cœur des récits, les miroitantes descriptions en écho, en reliefs, en nuances, cette troublante évidence des caractères et du génie des hommes et des lieux, la conscience et l’ensorcellement du joug et des solidarités entre ces hommes et ces lieux. Une peinture, une prose vivantes.

Chaque nouvelle est à relire. La dernière au titre éponyme est relue. Parce qu’il est impossible d’écrire, de la décrire, réflexions nocturnes de l’auteur. Réflexions.

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 » Mais la nuit parut interminable à l’impatience de Rostovtzeff. Il se réveillait continuellement et observait avec angoisse la lumière rosâtre toujours au même endroit, sur ses grosses bottes. Et lorsqu’il se rendormait, il avait de brusques sursauts : il revoyait la masse sombre de la sapinière et, baignant dans une lumière douteuse, la rangée de chiens étranglés. Il ne cessait de se retourner, tantôt sur un côté, tantôt sur l’autre, tout en souriant, agacé, de son inquiétude. « 

 » … j’entends un léger froissement, le vague soupir de la vague dormante, qui s’étale lentement quelque part sur le rivage, heureuse, assoupie, soumise et qui meurt sans le savoir. Elle s’est déroulée, frémissante, et, ayant couvert le sable d’un scintillement azuré – le scintillement de vies innombrables -, elle s’est retirée aussi lentement qu’elle est venue, et est rentrée silencieusement dans la mer, son berceau et son tombeau. « 

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Ivan Bounine ( 1870 – 1953 ), auteur de poèmes, de nouvelles, de romans, traducteur et voyageur, quitta la Russie en 1920 et s’installa en France où il condamna le bolchévisme et s’engagea contre le nazisme. Il a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1933.

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