Le soleil des morts - Ivan Chméliov

Chm

- Éditions des Syrtes -

- Traduit du russe par Denis Roche -

- Préface de Thomas Mann – Postface de René Guerra -

« La vérité du Soleil des morts est telle qu’elle déborde le cadre de la littérature » – Alexandre Soljénitsyne.

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Un chef d’œuvre. Terrifiant. Éprouvant. Bouleversant.

Ivan Chméliov a écrit ce livre en 1923 en exil en France. Il raconte la Crimée en 1921, la désolation après la Révolution bolchévique. Ce texte est un chant d’adieu, un chant funèbre, la fin d’un monde, d’un monde et des vies devenus chaos et désert, la douleur et le vide qui s’entrechoquent dans l’esprit brûlé par ce soleil des morts malgré la foi orthodoxe et l’amour de la Russie traditionnelle, de ses compatriotes et de ses paysages, si profondément enraciné au cœur.

 » Derrière bleuit le Tchatyr-Dag chauve, puis la Palate-Gora… là-bas, le seuil du Col… et, encore plus loin, dressé comme un toupet le Démerdji, dans les crevasses duquel habitent les aigles. Plus loin, la lumineuse chaîne des monts Soudak, nus, ensoleillés, vaporeux…

D’ici, la ville semble belle, perdue dans ses jardins, ses cyprès, ses vignes et ses hauts peupliers. Beauté trompeuse ! Ce sont ses vitres qui rient. Ses blanches petites maisons sont avenantes, modestes; la vie y est calme, et la maison de Dieu, blanche comme neige, bénit de sa croix son humble troupeau : il semble que l’on doive y entendre à l’instant le psaume des vêpres : « Douce lumière… »

Je le connais ce faux sourire des lointains… Approchez, et vous verrez ! C’est le soleil qui rit; rien de plus ! Il rit même dans les yeux des morts. Ce n’est pas là un calme heureux; c’est le calme mort d’un cimetière; sous chaque toit, il n’est qu’une seule et même pensée : du pain !

Et la maison, près de l’église, n’est plus le presbytère : c’est un caveau de prison… « 

Loin de Moscou et des réformateurs, Ivan Chméliov raconte la généreuse région devenue enfer, le jardin redevenu terre sauvage. C’est la terreur rouge, les exécutions sommaires ( intellectuels, propriétaires, militaires revenant au pays après la première guerre mondiale condamnés par leurs uniformes de l’armée du Tsar ), les confiscations, le pillage, la famine, la curée.

La mort d’une époque, l’extrême détresse d’une terre et d’une population, chantées dans ce roman que l’on pourrait presque qualifier de choral. Sans scènes épiques, le narrateur de ce récit, dont nous ne saurons rien, regarde et écoute tout et tous, reçoit l’écho de ce qui disparaît.  » Ne pas penser « , se gorger encore de ce qui est beau, s’y laisser vagabonder avant qu’il n’en reste rien.  Faut-il se résoudre à partir, à abandonner ce tout et ces tous, ou survivre en résistance pour cette terre avec pour seule espérance d’y être enfoui ?

Un texte en prière, hymne et litanie, d’une écriture qui repousse l’aridité, une magnificence; un texte en retenu du cri de désespoir qui déchire l’âme en larmes.

 » La vie, dit-elle avec douleur, ne veut pas mourir. Il faut l’aider, l’aider à persister… « 

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